>Histoire

27 / 09 / 2025

Nos très chères guerres de Russie et d’ailleurs (2).

« Le glas du second Empire a déjà sonné à Paris. L’Empire finira, comme il a commencé, par une parodie. Mais n’oublions pas que ce sont les gouvernements et les classes dominantes d’Europe qui ont permis à Louis Bonaparte de jouer pendant dix-huit ans la farce féroce de l’Empire restauré ». 

Extrait de l’adresse de l’Association Internationale des Travailleurs aux membres de l’Association en Europe et aux Etats-Unis. L’AIT avait été fondée à Londres le 28 septembre 1864. Il s’agissait de rassembler sur des bases claires d’indépendance de classe les travailleurs du monde entier pour mettre fin au chaos capitaliste et à toutes ses guerres. Il ne s’agissait surtout pas de rassembler quelques phraseurs sectaires,  ou « professeurs rouges » professionnels … sa devise : l’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes n’est-elle pas plus que jamais d’actualité ?

Première partie.

Le 30 avril le président de la Vème république a prononcé devant la Légion étrangère un court discours injustement passé inaperçu. C’était à l’occasion de la célébration d’un épisode de la guerre napoléonienne au Mexique.

Il avait déjà tenu à célébrer le 250 ème anniversaire de la mort de Napoléon 1er, déclarant notamment : « Napoléon sut incarner l’ordre ». Voir ici :

Les guerres de Russie (1)

Cette fois, il a déclaré ceci :

« Le premier de vos 30 avril a eu lieu loin d’ici, il y a 162 ans, à Camarón, village mexicain où une poignée de légionnaires assiégés par 2 000 ennemis a tenu une position pendant 11 heures. Histoire de courage insensée, écrite au sang des légendes chevaleresques ». 

Plus loin, 

« Sous l’uniforme », écrivait Hélie de Saint Marc, « seul compte le danger partagé. Je ne te demande ni ton nom, ni ta religion, mais seulement quel est ton courage ».

Hélie de Saint Marc était un admirateur et collaborateur des généraux factieux, putschistes, racistes et terroristes (OAS) en Algérie ; c’était un anti Arabe forcené. Les chefs d’état de la Vème république-du-coup-d’état-permanent – tous – lui ont pardonné. Il a été décoré ; Légion d’honneur etc.

Poursuivons :

« La longue cohorte des conflits du Second Empire, la Crimée, la guerre franco-prussienne, le Tonkin, les deux Guerres Mondiales, l’Algérie, l’Indochine, l’Alma, le siège de Sébastopol, Magenta, Solferino, la Provence, Colmar, Strasbourg, toutes les guerres, toutes les batailles d’un pays en quête de liberté.

( … ) Il y eut Diên Biên Phu face au Việt Minh dans la jungle et les marécages… 

( … ) Là, je penserai à tous les combats que la France devra encore mener, éclairés par le courage de Camerone pour que vive la République et pour que vive la France ». C’est sa conclusion.

Les légendes chevaleresques ? Le président de la Vème république « du coup d’état permanent » est sensible, même très sensible au « prestige de l’uniforme ». Mais plutôt que de se moquer, mieux vaut essayer de comprendre.

« L’Empire, c’est la paix »

 avait assuré Napoléon-le petit. (Ainsi qualifié par Victor Hugo).

Notons d’abord que ses guerres font suite à un coup d’état le 2 décembre 1851, suivi de massacres de citoyens, tous civils, à Paris et en province. Victor Hugo en a fait un descriptif que nombre d’historiens ont jugé excessif. Quelques milliers de cadavres dans les rues de la capitale, c’était la condition de l’instauration d’un régime policier « stable » contre les « rouges », les « partageux », la « populace » … on dirait aujourd’hui, les « septembristes ».

Mais il ne faut pas oublier que le coup d’état n’a été possible que parce que les « républicains » dits « modérés » avaient en juin 1848 réprimé avec une sauvagerie rarement vue les ouvriers parisiens : 5000 massacrés, 1500 fusillés sans jugement, 25 000 arrestations, des milliers d’emprisonnés et de déportés aux bagnes. De quoi ravir tous les partisans déclarés ou plus ou moins honteux (les « progressistes ») du parti de l’ORDRE et de la peur.  De Londres, le futur Napoléon III exulte : « Cavaignac (qui aurait « sauvé » la république) a déblayé la route » (1).

Friedrich Engels relate les évènements des 23-24-25-26 juin 1848 « à chaud ». Il rappelle que « jusqu’ici, on n’avait employé le canon qu’une seule fois dans les rues de Paris, en vendémiaire 1795 lorsque Bonaparte dispersa par la mitraille les insurgés ».

Il note aussi à juste titre : « Le peuple n’avait pas eu jusqu’ici l’idée qu’on pouvait en plein Paris faire la guerre comme en Algérie … la bourgeoisie mena en juin avec une claire conscience une guerre d’extermination … la garde mobile ? (recrutée dans le lumpen-prolétariat), il ne fallait alors qu’une chiquenaude pour la faire passer du côté des insurgés » ; mais ça ne s’est pas passé comme cela. 

Les ouvriers brûlent le trône du roi Louis Philippe. Les ouvriers ne veulent plus subir la stabilité des institutions. Ni roi, ni empereur !

A l’opposé, le futur guide écrit dans « idées napoléonienne (1839) : « l’Idée napoléonienne (sic) consiste à reconstituer la société française bouleversée par cinquante ans de révolution ».

Bien plus tard, en 1958, de Gaulle se plaindra lui aussi de « l’instabilité » chronique des institutions, « depuis 169 ans, écrit-il, c’est à dire depuis la grande révolution française cause première de toutes les « instabilités », selon lui. 

Karl Marx note que les ouvriers révolutionnaires n’ont pu compter sur l’aide d’aucune fraction de la bourgeoisie. Et que le prolétariat parisien ne dispose pas des instruments – syndicats et partis indépendants des intérêts de la nation bourgeoise – capables d’organiser efficacement le combat.

Après son coup d’état, l’une des premières décisions de Napo-la-guerre sera d’adopter un décret qui l’autorise – lui seul – à modifier comme il l’entend, les droits de douanes. Ce n’est pas vraiment encore le règne de « la main invisible du marché ».

Les guerres de la France impériale, brièvement.

Algérie, tout au long de son règne : la résistance à l’envahisseur n’ayant pratiquement jamais cessé, l’armée coloniale a toujours laissé sur place quelques dizaines de milliers de soldats. On connait dans le détail les exploits des occupants.

Certains militaristes estimaient qu’ils auraient été plus utiles du côté de la frontière de Prusse. Les militaristes ne sont pas forcément d’accord entre eux.

L’Empereur s’était rendu à deux reprises en Algérie, en 1860 et 1865. L’historien Pierre Milza constate que le pays n’est pas « pacifié ». Napo-la-guerre y tient des propos hallucinants de bêtise. Adolphe Thiers qui lui n’était pas un imbécile le prenait d’ailleurs pour un « crétin », un crétin qui se veut malin et doté de pouvoirs exorbitants comme les présidents de la Vème république.

Un an après les massacres coloniaux de 1864, alors que sévit une terrible famine provoquée par l’expropriation des terres (300 000 morts selon Pierre Milza  soit environ 10 % de la population,   aujourd’hui l’équivalent de sept millions de français), L’empereur évoque son rêve éveillé : 

« L’Empire de la Tunisie à l’Euphrate ! ». 

(Aujourd’hui l’Euphrate traverse la Turquie, la Syrie, l’Irak). S’’adressant à la troupe, il proclame : « Vous n’avez aucune haine … vous êtes les premiers à tendre aux Arabes égarés une main amie … » Il évoque à plusieurs reprises les bienfaits de la « Providence » … qui remplit si vite les coffres-forts.

Bon prince, il dit vouloir associer à l’oeuvre civilisatrice quelques « élites » musulmanes triées sur le volet. « Idée » reprise sept décennies plus tard par le soi-disant Front populaire. Enfumage un jour, enfumage toujours. 

Désigné président de la république le 10 décembre pour 4 ans, le neveu (ou pas) de Napoléon 1e n’est pas rééligible. Pour rétablir l’Empire, il prépare un coup d’état ; le 2 décembre 1851.

Quel est le « programme de guerre des classes de Napo-la-guerre ? Source Pierre Milza : « Napoléon III », p.188.

Défendre la famille et la propriété contre « le pillage des partageux ».

Assurer la liberté des cultes et la liberté de l’enseignement.

Diminuer « les impôts les plus onéreux ».

Diminuer le nombre de fonctionnaires.

Réduire l’ingérence de l’Etat dans la vie économique et la centralisation administrative…. »

Antilles, Guadeloupe, Martinique tout au long de son règne. La seconde abolition de l’esclavage date de 1848. Les colons exigent d’être indemnisés, grassement. Ils ont gain de cause. Sous le second Empire des dizaines de milliers de travailleurs déportés d’Asie, et d’Afrique sont employés sur les plantations des colons à des tarifs ridiculement bas. Les capitalistes blancs, toujours aussi racistes et violents ont su s’adapter.

Le second Empire mène une véritable guerre des classes contre les populations des Antilles ; avec bien sûr, la bénédiction et la collaboration active de l’Eglise catholique.

A l’issue de la guerre en Chine, une convention est signée, imposée, qui autorise le « transfert » – en réalité la déportation – de main d’œuvre chinoise pour remplacer les esclaves récemment affranchis.

Voir à ce sujet :

http://force-ouvriere44.fr/chronique-envahisseurs-22/

Pour « nos amis anglais », l’accord prévoit que les coolies partiront pour les mines et les plantations de Malaisie, d’Australie, d’Amérique latine et des Etats-Unis.

Dans ces conditions, Napo-la-guerre n’a pas jugé utile de rétablir l’esclavage comme l’avait fait Napoléon le Grand (1er).

Ce n’était pas nécessaire.

Novembre 1852 – 1865 : guerre au Sénégal : Le héros de la conquête est Faidherbe. Se voyant comme le Bugeaud du Sénégal, il exige que les militaires envoyés au Sénégal aient une « expérience algérienne » car, dit-il, « c’est en Algérie qu’ils apprennent à dominer et à organiser les peuples barbares et comment on fait la guerre commune en Algérie et au Sénégal » (janvier 1856). « Il faut donner quand il nous plaira quelques preuves de notre munificence aux chefs dont nous serons contents ». Il sous-traite la répression en utilisant les rivalités entre « races ». Il déclare en 1879 : « L’infériorité des noirs provient sans doute du volume relativement faible de leurs cerveaux ». Il ne dit rien hélas, du volume « sans doute » encore plus faible des femmes noires.

En clair, l’individu se hisse au niveau des « savants » – Gobineau et tous les autres – de l’époque. Il est bien vrai que le racisme est d’abord un instrument privilégié de division des classes laborieuses mais relève aussi d’une forme particulière de maladie mentale.

Des historiens sénégalais ont tracé l’individu et établi la liste des villages incendiés, des populations massacrées, des récoltes détruites … », façon conquête de l’Algérie.

En 1945, de Gaulle évoquant l’hypothèse d’une guerre contre  « l’allié britannique » parle de « nos sénégalais » comme force d’intervention efficace au Levant. 

Les dernières troupes françaises viennent d’être évacuées du Sénégal après 173 ans d’occupation. Le journal le Monde commente : « l’armée française a mis fin à sa présence permanente au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Tchad et au Gabon », et donc, au Sénégal. A en croire l’honorable quotidien, ce serait un acte volontaire. Non, elles en ont été enfin chassées. 

1856 ;  Pendant que les troupes coloniales organisent méthodiquement la famine au Sénégal, en métropole, les napoléoniens organisent la charité « not’bon mai’t ». C’est l’époque des « fourneaux économiques », ancêtres des « restos du cœur ». Puisque rien ne « ruisselle » et que les pauvres et très pauvres envahissent la capitale – les enfants dorment à la rue –  les « élites » mettent en place via le préfet de la Seine des aides alimentaires. 

Sinon, que faire de ces s … de pauvres ? Les expédier au bagne quand ils n’ont pas respecté la loi ; leur coller un uniforme sur le dos et les déporter à l’autre bout du monde guerroyer pour l’honneur et la gloire de l’Empire ? Les engager dans les milices (garde nationale, sections d’assaut de Napo-la-guerre) pour réprimer les gilets jaunes de l’époque ? Il y a du choix.

Octobre 1853 – mars 1856 : guerre de Russie  (Crimée). L’enjeu ? Le contrôle des détroits, la route vers l’Inde … le business … Et le partage à venir de l’Empire Ottoman qui tend à se décomposer. Les protagonistes, la Russie des tsars et de l’Eglise orthodoxe, la France de la haute finance, l’Angleterre et ses appétits impérialistes sans limite.

Ce sera l’objet de la seconde partie. 

1853 : la Nouvelle Calédonie devient une possession française et une colonie « ordinaire » (selon le terme employé par Milza) en 1860. C’est aussi un lieu de déportation privilégié pour les réfractaires au PARTI de L’ORDRE. Louise Michel y a été déportée.

Octobre 1856 – octobre 1860 : guerre en Chine. Il s’agit de conquérir le marché chinois, « ouvrir » ses ports au commerce … La « France » et l’Empire britannique, officiellement alliés sont en compétition … Le prétexte à l’intervention ? Des misères que durent subir quelques moines de la part des « indigènes » indifférents aux vertus de la « vraie religion » ; pas très original.

La grande ville de Canton est bombardée en janvier 1858, mais « sans haine », probablement. On ne connait pas l’étendue des dégâts.

Parvenue à Pékin, la soldatesque met le feu au palais d’été et se livre au traditionnel pillage des œuvres d’art … les chinois ont « oublié de dire merci ».

Un traité vient clore provisoirement l’affaire, traité qui ouvrait 11 nouveaux ports au commerce dit, occidental.

« Les Anglais surent tirer un plus grand bénéfice que leur partenaire du moment napoléonien … en prenant en main l’organisation des douanes … » (Milza).

Plus tard, en 1898, un sénateur américain résume la doctrine de « nos amis » : « L’océan Pacifique nous appartient ». Il faudra bien se résoudre un jour, à céder la place.

Premier bilan :

Déjà, à ce stade, trois cibles : Russie, Chine, Algérie. Les classes dangereuses, prédatrices, parasites, c’est à dire les capitalistes ont toujours les mêmes obsessions.

Pékin. Incendie et pillage du palais d’été.

Septembre 1858 – juin 1862 : guerre en « Cochinchine ».

Les premiers envahisseurs, des missionnaires jésuites, débarquent en Cochinchine en 1615, sous le règne de Louis XIII.

« Evangélisation et mercantilisme … peuvent être regardés comme les avant-coureurs de la conquête coloniale » (NGO Van, « Vietnam, 1920-1945 »). En 1787, l’évêque d’Adran, de retour de Cochinchine expliquait déjà à Louis XVI : « La Cochinchine … est d’une richesse et d’une production véritablement extraordinaires ». Il faut s’en emparer sans tarder pour contrer l’ « influence de la nation anglaise … »

En 1857, le missionnaire lazariste P. Huc fait le siège de Napo-la-guerre : « la Cochinchine est un territoire sur lequel la France a un droit incontestable … la population catholique gémit sous la plus abominable tyrannie ».

En 1859, c’est la prise de Saïgon. Le contre-amiral Page, maître d’œuvre du carnage colonial se vante : « A Saïgon, des monceaux de cendre … car nous ne savons que détruire et brûler … »

Les années qui suivent sont celles de la résistance populaire à l’envahisseur décrite par Ngo Van. 

En 1862, « une insurrection générale embrase toute la Cochinchine … »

Plus tard, on y exploitera « l’or rouge », le caoutchouc. La fortune des Michelin ne tombe pas du Ciel mais plutôt des gigantesques véritables camps de concentration à ciel ouvert où triment pour quasiment rien, des dizaines de milliers d’esclaves coloniaux.

Avril 1859 – juillet 1859 : guerre en Italie. Il s’agit de mettre un terme aux prétentions de l’armée révolutionnaire de Garibaldi et de ses « chemises rouges ». Napoléon-la-guerre se dispute un peu avec le pape : qui est le vrai patron ?

Le présumé neveu de Napo-le-Grand avait, selon Milza pensé édifier un palais pour sa Sainteté, près de Notre Dame. Projet ambitieux, mais avorté.

1860, Liban : il expédie un corps expéditionnaire de 7000 hommes pour imposer sa loi. Le prétexte ? Tout simple : des chrétiens (Maronites) seraient maltraités. Entre deux bals masqués, l’Empereur imagine encore d’autres conquêtes …

Décembre 1861 – mars 1867 : guerre au Mexique.

Aristide Briand explique : « Le clergé catholique peu nombreux mais tout puissant par ses immenses richesses possédait au milieu du XIXème siècle un tiers des biens fonciers de la nation (2). Après la guerre d’indépendance qui libéra le Mexique de la suzeraineté de l’Espagne, il ne cessa pas d’intervenir dans les luttes politiques. Le parti fédéraliste de Juarez devint nettement un parti anti clérical. En 1856, ce parti parvenu au pouvoir supprima la mainmorte ecclésiastique … laïcisa l’état civil, supprima la légation mexicaine près le Vatican.

Pour conserver ses richesses, le clergé déchaina la guerre civile, puis la guerre étrangère ». 

« La nouvelle République du Mexique, instable et appauvrie, émergea en 1821 de plus de trois siècles de colonisation espagnole et d’une guerre de libération nationale épuisante ». (Source : Roxanne Dunbar-Ortiz, « Contre-histoire des Etats-Unis ». La République abolit l’esclavage en 1829 ce qui provoqua l’indignation des colons blancs du monde entier et décupla leur arrogance « naturelle ». L’abolition était une offense à la « Providence ».

Des colons « états-uniens », le peuple mexicain ne pouvait raisonnablement attendre aucun soutien. Dunbar-Ortiz note ces propos éloquents de l’ambassadeur US au Mexique (en 1842-1844) : « Que la race indienne du Mexique dût disparaître devant nous, nous est certain, tel fut aussi le destin de nos indiens … »

Lorsque les troupes d’occupation françaises entrent dans Puebla le 19 mai 1863, la ville est dévastée. « Une ville ruinée, quasi morte, une population qui a souffert le martyre, meurtrie et affamée ». Il n’y a « personne dans les rues » pour acclamer les « libérateurs ». Seul le clergé est là. « Ses représentants attendent au grand complet, à l’entrée de la cathédrale, ce brave général d’infanterie qui vient de si loin (il s’agit du général Forey) leur rendre les privilèges du bon vieux temps de l’inquisition … » Ceci est extrait d’un livre d’Alain Gouttman : « la guerre du Mexique ». La référence à l’inquisition est intéressante, d’autant qu’elle émane d’un historien dont l’œuvre a été distinguée par la fondation Napoléon qui continue aujourd’hui encore de chanter les louanges du second Empire.

On sait comment se termina tragiquement le règne éphémère de l’archiduc Maximilien (et et sa tendre et très pieuse impératrice du Mexique, Charlotte) à qui Napoléon avait cru devoir offrir l’appui de l’armée française (et de sa Légion étrangère) : par un fiasco complet et la liquidation par les vilains « insurgés » du grotesque nouvel Empereur de pacotille, Maximilien.

Le profit facile : l’exploitation des mines.

Napoléon-le-petit prétendait aussi s’attribuer quelques parts de marché dans les mines encore largement inexploitées et ne pas tout laisser aux mains avides des « amis états-uniens ».

Mais les « barbares » résistent. Bazaine, le « pacificateur » vocifère, menace : « Plus de prisonniers ! Tout individu pris les armes à la main sera fusillé, c’est une lutte à outrance entre la barbarie et la civilisation ». Ce ne sont pas des menaces proférées à la légère.

L’ « Indien rebelle » Juarez avait eu aussi l’audace de refuser de payer la « dette », « cette dette n’est pas la nôtre ». Il avait évidemment raison.

La guerre de sécession terminée, nos « amis américains » ont froncé les sourcils et « conseillé »  à notre armée (les rescapés des épidémies et des actions de guérilla des « rebelles ») de rentrer chez elle se reposer. Napo-la-guerre a obtempéré, prudemment. C’était préférable.

 En 1848, les EU s’étaient déjà emparés du tiers du territoire mexicain. – Voir à ce sujet le chapitre d’H. Zinn dans son : histoire populaire des Etats-Unis

Pour l’instant, le Mexique n’en exige pas la restitution. Il est vrai qu’avec 3500 kilomètres de frontières communes et un voisin aussi belliqueux qu’imprévisible, mieux vaut rester prudent.                                                              

Haïti :

Notons que le second empire exige d’Haïti le paiement de sa « dette ». Il s’agit de sommes astronomiques destinées à « indemniser » pendant des décennies les colons voyous blancs esclavagistes. Leurs héritiers politiques n’ont toujours pas digéré cette première révolution noire victorieuse.     

Le second empire, c’est la guerre permanente contre les peuples du monde entier, par tous les moyens.    

Pour Napoléon, les peuples ne sont que du bétail dont on peut disposer comme on l’entend.

Peut-être l’épisode le plus pitoyable de l’épopée : l’installation sur le trône du Mexique de l’ « empereur » Maximilien (d’Autriche) et de l’impératrice Charlotte que les mexicains appelleront par dérision,  Carlotta. La malheureuse finira complètement folle. La petite histoire dit que la crise finale eut lieu lors d’un entretien avec le pape à qui elle était venue implorer du secours, (toute seule) … et sans succès.

Octobre 1866 – novembre 1866 : Bien avant « nos amis américains », « intervention » en Corée. Chine, Cochinchine, pourquoi pas en Corée ?

Juillet 1870 – janvier 1871 : Guerre contre la Prusse.

Cette fois l’armada des généraux et maréchaux d’empire ne se couvrira pas de gloire. L’armée prussienne préparée à la guerre « moderne » de longue date règle son compte aux ambitions bonapartistes. C’est la débâcle. Enfin.

Il est plus facile de massacrer des populations aux quatre coins du monde que d’affronter une vraie armée.

Pierre Milza qui n’en finit pas de chercher des circonstances atténuantes à l’Empire, établit pourtant quelques constats intéressants : A l’Assemblée c’est « l’hystérie collective » qui s’empare des plus bellicistes. « Le corps législatif vote les crédits de guerre par 101 voix contre 47 ». Il nous informe que « nombre d’officiers supérieurs et de généraux ne savent même pas lire une carte ». Il note « la totale incurie qui règne dans l’armée ». Mais que fait le parti de L’ORDRE ? »

Il raconte le passage de l’empereur à bonne distance du front. « Il faudra bourrer de serviettes le pantalon du souverain pour cacher les effets de l’incontinence ». Les soldats l’accueillent par des « cris hostiles » et des « injures ». L’impératrice Eugénie lui télégraphie : «  Ne pensez pas à revenir à Paris si vous ne voulez pas déchainer une épouvantable révolution ».

Après la défaite, Eugénie refuse d’abdiquer, en proie à « une véritable crise de nerfs ». Le pouvoir rend fou … le pouvoir absolu …

Le principal « conseiller, Rouher, s’affole : « Il n’y a plus rien à faire, à demain la révolution ». « Courtisans et domestiques ont déserté le palais impérial » ; voilà un signe de décomposition qui ne trompe pas. 

Les prussiens vainqueurs haut la main choisissent d’exfiltrer le chef déchu en Belgique. Très discrètement pour éviter des émeutes.

L’ex souverain est mieux traité que les dizaines de milliers d’estropiés et que les prisonniers de guerre. Il dispose d’ « un appartement de six pièces et d’une nombreuse domesticité, une quinzaine de personnes … auxquelles s’ajoutent les domestiques et le cuisinier que le couple royal de Prusse a dépêchés sur place … la table est excellente … »

Le siège de Paris.

Milza note « l’acharnement des prussiens à faire plier la résistance des parisiens en tirant à l’aveuglette sur des civils». Les hôpitaux constituent des cibles de choix, déjà. IIs sont systématiquement bombardés.

L’arme de la famine.

« Plus déterminante encore (que les bombardements) a été la menace de famine. On réclame le rétablissement de la guillotine pour les accapareurs. On dénonce les ecclésiastiques et les militaires qui mangent de la viande tous les jours … (pendant que) « des notabilités » s’empiffrent, rendant toujours plus insupportables les discours moralisateurs des classes aisées.

Vainqueurs et vaincus, main dans la main.

Vainqueurs et vaincus ont maintenant un souci commun : écraser la révolution qui menace les repus ; massacrer s’il le faut les ouvriers de Paris comme on massacre les bédouins (les arabes en général), les coolies de l’Inde, les noirs du Sénégal ou d’ailleurs, les chinois ou « cochinchinois », les amérindiens …

Sainte alliance contre le peuple, « la vile multitude »

La collaboration Thiers-Bismarck sera parfaite. C’est « Adolphe-le-petit » (un des surnoms de Thiers) qui explique à l’occasion de l’enquête parlementaire sur l’insurrection des communards, en 1872 :

« Malgré le traité qui limitait à 40 000 hommes l’armée de Paris, Bismarck consentit à une augmentation qui fut d’abord de 100 000 hommes, puis de 130 000 (3).

Il nous en fournit lui-même les moyens en nous renvoyant un nombre assez considérable de nos prisonniers … » Il faut écraser la « vile multitude … qui fait courir un risque aux libertés publiques et à la propriété » (Thiers).

Après l’écrasement de la Commune de Paris, les chefs militaires se sentent pousser des ailles. Ils entendent restaurer une « éducation militaire » entendue comme :

« La subordination complète de la volonté (de chaque troufion) à celle de son supérieur, l’abnégation de son libre arbitre qui fait accepter les ordres qui paraissent les plus absurdes » … ou les plus criminels. (Source, Stéphanie Soubrier, « les races guerrières »).

1 Site de l’Assemblée nationale, rubrique, histoire et patrimoine, août 2025, on lit ceci : (A l’Assemblée), les débats (relatifs à la nouvelle constitution) se  déroulent dans un climat politique troublé par une violente révolte d’ouvriers parisiens … » Les ouvriers seraient « violents » …

2 Un descriptif qui rappelle la situation de l’Espagne d’avant l’instauration de la république en 1931. 

3 L’historien Robert Paxton a établi que « l’armée de l’armistice » accordée après la déroute militaire par le IIIème Reich à l’Etat vichyste, 100 000 hommes en métropole, avait pour fonction principale, voire exclusive, d’assurer le « maintien de l’ordre ». Comme Thiers et Bismarck, on redoutait plus que tout, une révolte populaire ou même, une révolution.

 

Seconde partie : La guerre de Crimée pour le business ; souder la nation autour de l’homme de la Providence. La dernière guerre « chevaleresque » en Europe selon Gouttman.

JM 27 septembre 2025

chaud ! chaud ! chaud !

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