15 / 02 / 2026
Comment le leader des socialistes italiens est-il devenu le chef de guerre des fascistes ?
Comment des « syndicalistes révolutionnaires » sont-ils devenus de fervents fascistes, bellicistes forcenés ?
Pourquoi s’intéresser à toutes ces vieilleries ? « La connaissance du passé serait inutile si elle ne servait à éclairer le présent ». (Alexandre Hébert, mai 1983).
Evacuons tout de suite cette « explication » : « Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds, et ça continue à cause des cons » (Guy de Montherlant, 1895-1972). Bien sûr, tout n’est pas faux là-dedans. Mais prétendre expliquer le fascisme par la seule folie d’un individu ou d’une poignée d’individus tarés ou mégalos relève d’une grossière supercherie, involontaire ou pas, qui en arrange beaucoup ; aujourd’hui encore, aujourd’hui surtout. On va voir pourquoi.
Inutile de préciser que la situation de l’époque n’est plus celle d’aujourd’hui. Il serait pourtant stupide de se priver de noter quelques points communs.
Dans ses mémoires politiques parues après-guerre, l’ex numéro 2 de la CGT, le second de Léon Jouhaux, René Belin tentait de répondre à cette épineuse question : comment un homme de gauche comme moi, a-t-il pu être le premier ministre du travail du maréchal Pétain et procéder à la dissolution de la CGT ? Eh bien, c’est simple, il assume tout, au nom du « réalisme ». Ce document, « du secrétariat de la CGT au gouvernement de Vichy » devrait être étudié dans les stages de formation syndicale. Pour l’instant, ce n’est toujours pas le cas.
B. Mussolini n’a pas eu le loisir d’écrire ses mémoires politiques. Il a été pendu par les pieds avant. Dommage pour des mémoires qui n’auraient pas manqué d’intérêt.
On peut quand même, sans l’aide des confidences du Duce, essayer de s’y retrouver.
Quand survient la guerre impérialiste, il n’est plus possible de se cacher.
Les guerres impérialistes (comme les révolutions) provoquent toujours au sein des organisations ouvrières des reclassements qui parfois peuvent surprendre.
C’est le cas en Italie, à l’approche de la grande boucherie.
Au début du XXème siècle, la classe ouvrière d’Italie est fortement organisée.
Dans les syndicats, différents courants, tendances, ou fractions s’affrontent ; c’est aussi le cas dans le PSI, le Parti socialiste italien. A l’époque, le chef incontesté de toute la « gauche socialiste » s’appelle Benito Mussolini.
Les noms des leaders syndicaux qui ont co-construit la « révolution fasciste » sont pour la plupart passés aux oubliettes.

Mussolini en 1903.
Grèves et grèves générales.
Il serait fastidieux d’en dresser la liste.
La grève générale de 1904 illustre bien la situation.
En Sardaigne, loin des grands centres ouvriers du nord de l’Italie, des ouvriers déclenchent la grève. La misère y est considérable. Les raisons de revendiquer et de se révolter sont nombreuses.
Mais l’organisation ouvrière est déficiente.
Pourtant « le mouvement de masse surprend par son ampleur ». (Source : Maia Asheri, Mario Sznaijder, Zeev Sternhell « naissance de l’idéologie fasciste » (1).
Les grévistes, les « insurgés », les « rebelles » – les autorités, l’Etat n’emploient pas encore le terme passe-partout de « terroristes » – s’exposent à une violente répression.
Ces révoltes sans fin provoquent dans le mouvement ouvrier international de grands débats. Que faire ? :
Au VIème congrès de l’Internationale socialiste (la IIème internationale : 1er congrès à Paris en 1889 ; dernier congrès avant le basculement dans l’Union sacrée, à Bâle en novembre 1912), une partie des congressistes estime que la grève générale mène obligatoirement à la catastrophe.
En Italie même, une fraction s’organise qui se revendique du « syndicalisme révolutionnaire ». Elle reprend la thèse inverse. Les discussions se mènent librement mais dans la plus grande confusion.
Certains, véritablement syndicalistes cherchent à structurer et renforcer les syndicats et répugnent à lancer « leurs troupes » à l’ « assaut de l’ordre bourgeois », n’importe où, n’importe comment. Eux, n’agissent pas pour témoigner dans le siècle.
D’autres enfin, s’appuyant sur les discours hallucinés du français Sorel (2) prônent la « violence révolutionnaire » contre l’Etat, toujours et partout, et rêvent d’une « élite » ouvrière dirigeante, c’est-à-dire eux-mêmes ; autrement dit, une avant-garde éclairée … ou plutôt prétendument éclairée.
Selon eux, l’émancipation des travailleurs ne peut pas être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. Ceux-là sont très tôt en lien avec Mussolini.
D’autres grèves éclatent en ordre dispersé – « dans la durée », diraient aujourd’hui certain(e)s – qui prennent parfois le caractère de grève générale comme à Parme en 1908.
Le fossé se creuse entre partisans de l’action directe et d’autres militants qui récupèrent l’étiquette de « réformistes » (3).
Le déclenchement de la guerre coloniale de Libye en 1911 va provoquer des ruptures et des trajectoires en apparence étonnantes.

L’Empire ottoman s’était emparé de Tripoli dès 1551.
Mars 1911, déclaration de guerre. Le Président du Conseil, Giovanni Giolitti (1842-1928) est un homme politique représentatif du monde des « démocraties », donc, pro impérialiste. Il mène la guerre coloniale en Libye de 1911 à 1914. Il est à nouveau président du Conseil de juin 1920 à juin 1921. Ces gens-là sont tenaces. Le site wikipédia nous instruit, à sa façon : « il ne pouvait pas faire face aux troubles sociaux qui agitent l’Italie ». Traduction : le « démocrate » Giolitti, colonialiste forcené ne parvient pas, seul, à défaire le processus révolutionnaire commencé en Italie. Donc, « il se rapproche de Mussolini … qu’il pousse vers le pouvoir ». Qu’en termes aimables ces choses-là sont dites …
Guerre de Libye, le contexte.
En 1911, l’Afrique suscite toutes les convoitises. En 1911-1912 les appétits impérialistes sur le Maroc – particulièrement les gisements de fer indispensable à « l’économie de guerre » – entraînent le monde au bord de la guerre.
L’Italie impériale qui végète cherche à regagner une partie du terrain perdu d’où son expédition militaire commencée dès 1911 et poursuivie par le régime fasciste. « L’Italie » (ses classes dirigeantes) rêvait de s’emparer de la Tunisie mais la « France » y était déjà installée.
Ce seront plus de vingt ans de guerre et de résistance acharnée du peuple libyen (4).
Le principal impérialisme concurrent, la Grande-Bretagne est déjà installé, par exemple, en Iran où un « accord » signé en 1901 autorise le gros capitaliste William Knox D’Arcy a exploiter l’or noir pendant … 60 ans ; 16 % des revenus du pétrole devant revenir à l’Iran ; « accord » obtenu à coups de pots de vin, accord non respecté, évidemment … les 10 % qui restent en réalité engraissent la caste monarchiste de corrompus qui dirigent l’Iran. (Voir à ce sujet le très intéressant : « L’Iran de Mossadegh » de Nader Vahabi).
Les militants syndicalistes qu’ils se disent « réformistes » ou « syndicalistes révolutionnaires » ou tout simplement syndicalistes ont un premier réflexe salutaire, digne : non à la guerre ! Non au militarisme ! Internationale ouvrière pour la paix, le pain et la liberté ! Ils restent sur le terrain de Jaurès : « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ».
Et surtout, ils se prononcent pour la défaite de leur propre impérialisme et soutiennent la résistance du peuple de Libye.
Le premier réflexe de Mussolini vis-à-vis des syndicalistes ralliés à l’union sacrée est correct :
« Aujourd’hui, le syndicalisme est au service du nationalisme … de l’impérialisme, du mysticisme, des fauteurs de guerre et du cléricalisme ; quelques fois, il se met au service des propriétaires terriens tout comme les articles appelant à briser les grèves … »
Très bien, mais ces positions de principe sont vite abandonnées, Pourquoi ?
Mussolini qui se situe en principe à « gauche » du PSI est secrétaire de la section de Forli ; il est proche de nombre de syndicalistes dits « révolutionnaires ».
Pour bloquer l’offensive capitaliste-guerrière, Mussolini et son étroit cercle de disciples proclament la « grève générale ». Sortie de nulle part, mal préparée, c’est l’échec. Mussolini est arrêté et condamné à un an d’emprisonnement. « Commencent à percer en lui de sérieux doutes sur la capacité du prolétariat à mener à bien son rôle historique … Mussolini entre dans un lent processus de rupture avec les idées traditionnelles du socialisme … jusqu’au fascisme » (Maia Asheri … p. 355)
Suivront déceptions, incompréhensions, recherche effrénée du bouc émissaire parfait mêlées de rodomontades stupides dont il a le secret … pour lui, les coupables parfaits ne seront pas les juifs très peu nombreux en Italie. D’ailleurs, plus tard, les adeptes du très fascisant sioniste Jabotinsky, minoritaires mais qui existent bel et bien avec leur milice, marcheront avec Mussolini, fièrement. Ses héritiers politiques n’en finissent pas de sévir en Palestine occupée.
Ce ne sont pas non plus les musulmans trop peu nombreux en Italie. Les musulmans, on se contente de les massacrer dans leur pays.
Ce ne sont pas non plus les protestants … personne ne pourrait faire semblant de les croire coupables des malheurs de l’Italie. L’Italie du début XIXème siècle n’est pas France de Charles VI le fou ni de Louis XIV … et tous les autres.
Il ne reste comme « explication » aux échecs des « grèves générales » et aux malheurs de l’Italie que celle-ci : le coupable serait le peuple italien lui-même, un peuple jugé immature qui aurait bien besoin d’une main ferme pour le faire rentrer, de gré ou de force, dans le droit chemin … et l’éloigner, ce foutu peuple – le « troupeau » comme on dit au Vatican – de l’influence pernicieuse des mauvais bergers restés fidèles au socialisme, fidèles à l’internationalisme ouvrier.
Vive la guerre !
Très vite, un des penseurs des syndicalistes « révolutionnaires » (un certain Labriola) en arrive à proclamer ceci :
« L’action menée en Libye est probablement la tentative la plus importante et la plus sérieuse entreprise jusque-là en faveur du Mezzogiorno (le sud de l’Italie où se concentre la misère paysanne et ouvrière) … Si l’Italie ne prend pas Tripoli, une autre puissance s’en chargera qui utilisera le territoire conquis, dans le meilleur des cas, au détriment des intérêts économiques italiens. Le prolétaire sera inéluctablement le premier et le plus durablement touché ». Plus tard, les colonialistes hostiles à l’indépendance de l’Algérie tiendront le même type de discours, en particulier le Parti « communiste » très français.
Certains rêvent déjà (comme Mussolini un peu plus tard) de reconstituer une « Rome antique », de contrôler toute la Méditerranée. Un projet certes moins ambitieux que celui des Yankees qui, eux, veulent contrôler, tout le Pacifique … et par ce biais, la Chine et le monde entier.
Pour ces nouveaux croisés de la guerre impériale, Il n’y a plus de classes sociales qui s’affrontent, il n’y a plus que des italiens contre … pratiquement le reste du monde.
C’est le début d’une longue dérive vers le fascisme.
Un syndicaliste très de gauche déçu, sans boussole (De Ambris qui deviendra un piler du fascisme) s’en prend aux militants ouvriers qui ne sombrent pas et fustige « Les traitres du PSI et de la CGL » (centrale syndicale) qui restent fidèles aux principes élémentaires du mouvement ouvrier.
« Même la notion de prolétariat est abandonnée pour être remplacée par celle de producteurs … Les producteurs viennent de toutes les classes sociales … ils représentent l’Italie nouvelle » (Maia Ashéri … p. 392).

Octobre 1911. Le gouvernement Giolitti expédie 36 000 soldats en Libye. Bientôt, ils seront plus de 100 000. L’armée italienne emploie les méthodes de la « France » en Algérie, de l’ « Espagne » au Maroc … c’est la barbarie coloniale. Les années 1911 et 1912 sont deux années noires. En France, « en 1912, la vieille CGT, c’est-à-dire la nôtre avec Jouhaux, organise conjointement un grand rassemblement aux Buttes-Chaumont contre la guerre, conjointement avec les militants SFIO de la Seine (section française de l’internationale ouvrière) qui deviendra parti socialiste ». (Extrait de l’intervention de Michel Le Roch au congrès fédéral de la FNEC-FPFO en décembre 2025).
Il y a ceux qui résistent et ceux qui capitulent.
1911 … 1914.
« Aimons et hâtons la guerre, seule hygiène du monde, superbe flambées d’enthousiasme et de générosité, noble bain d’héroïsme sans lequel les races s’endorment dans l’égoïsme paresseux, dans l’arrivisme économique dans la ladrerie de l’esprit et de la volonté ». (Propos cités par Maia Asheri … p. 418), publiés dans une revue dite, « syndicaliste révolutionnaire » en février 1910.
En Libye.
En janvier 1912, après les premiers massacres coloniaux, un avion italien largue des tracts destinés à rassurer les musulmans par ailleurs qualifiés de : « fanatiques ». Extraits :
« ( … ) Ne croyez pas ceux qui pourraient vous dire que nous sommes venus pour confisquer vos biens afin de les donner à nos propres colons. Jamais ! … Nous reconnaissons les droits de tous les hommes et en particulier des Arabes … » Puis, c’est la menace « Ne savez-vous pas qu’un Etat faible ne peut pas résister à une nation puissante ? ». Voilà un cynisme trop grossier qui se retourne en son contraire.
Désertions, insoumission …
« Il y eut des incidents, des protestations contre la guerre et même des mutineries dans tout le pays. Les troupes voulaient rentrer chez elles … le moral des troupes italiennes est au plus bas et tous veulent la paix ». (Source : T. W. Childs, Italo-Turkish diplomacy).
Peut-être certains soldats se rappellent-ils des mises en garde des syndicalistes et socialistes restés fidèles à l’Internationale ouvrière …
Vers le fascisme.
La dérive s’accélère. A la veille du déchaînement de la « der des ders », Mussolini résume son état d’esprit et celui de ses amis désormais clairement ex « syndicalistes », ex « révolutionnaires » :
« Une autre illusion vient de fondre. Une illusion dont, jusqu’à hier, nous nous bercions, l’illusion qui nous laissait croire qu’aucune guerre ne peut plus éclater entre pays européens ».
Comme quoi cette illusion très actuelle mais qui a du plomb dans l’aile n’est pas nouvelle …
« Neutralité active et engagée ».
Les pressions pour faire basculer le futur DUCE dans le bloc des pays bellicistes deviennent insistantes.
Marcel Cachin (qui deviendra une gloire du PCF) et l’ignoble Jules Guesde, deux furieux va-t-en guerre de « gauche » interviennent auprès de leur collègue et bientôt complice Mussolini pour favoriser l’entrée en guerre de l’Italie. Ce sera fait en 1915. (Voir à ce sujet : Alberto Toscano : « Mussolini, un homme à nous »).
« Le 18 octobre 1914, Mussolini publie dans Avanti (journal socialiste dont le tirage culmine à 90 000 exemplaires) un article qui préconise l’abandon de la « neutralité absolue » (et par voie de conséquence de toutes formes de défaitisme révolutionnaire), en faveur d’une neutralité active et engagée ».
Neutralité active et engagée ! L’individu n’a pas été éduqué par les jésuites. Il en a pourtant bien assimilé les éléments de langage. « Désavoué le lendemain par la direction du PSI, il démissionne dans le courant de la soirée. Quelques jours plus tard, il rejoint officiellement les rangs des chefs syndicalistes qui mènent l’agitation interventionniste ».
Ceux-là se réunissent à Milan le 5 octobre 1914. Ils constituent une organisation nouvelle : le Fascio révolutionnaire d’action internationaliste ». Mussolini y adhère.
Ces curieux syndicalistes vont participer en mars 1919 au congrès de fondation du parti fasciste qu’ils soutiendront jusqu’à l’épisode aussi grotesque qu’effrayant de la république de Salo. Voir à ce sujet :
La bête immonde : la « république » de Salò.
Mais en 1914, les grands capitalistes, futurs financiers du parti fasciste, les Agnelli notamment, n’ont pas encore choisi l’option du recours à l’Etat totalitaire.
Que faire des démobilisés ?
A la fin de la guerre, les soldats italiens démobilisés, moqués, méprisés, vilipendés, sans aucune perspective professionnelle sont engagés dans les milices fascistes sévèrement encadrées par des officiers très réactionnaires et patriotes, xénophobes et racistes. Dès 1919, ces bandes armées sont lâchées pour disperser les manifestations ouvrières. Les dirigeants ouvriers, surpris, ne prévoient aucun moyen de défense.
Les retours du front britanniques sont expédiés par milliers aux Kenya, sur les hauts plateaux qu’on leur présente comme un nouvel Eldorado. Ils ont acquis pendant la guerre, disent les chefs militaires britanniques, des « compétences » certaines qu’ils pourront utilement employer face aux « sauvages » d’Afrique. Sans témoin … bien armés, une bible à la main, on réalise des miracles.
Le très réactionnaire et raciste Max Salvadori commente : « ( … ) Il y avait des indigènes dont le niveau de vie était assez bas pour qu’on puisse leur offrir des salaires de quelques sous par jour, et qui étaient socialement et intellectuellement assez arriérés pour qu’on puisse empêcher parmi eux la formation de syndicats ouvriers et éviter ainsi les agitations en faveur de l’augmentation des salaires … » (Source : « la colonisation européenne au Kenya », livre paru en 1938). Edifiant !
Les survivants, les estropiés, les « gueules cassées » de France » finissent parfois dans les groupes d’extrême droite, Action française, Croix de feu, PSF …
Les battus allemands, humiliés, ruminent la défaite dans une poussière de groupuscules fascisants, tous plus patriotes les uns que les autres.
Chaque impérialisme tente de neutraliser ses « classes laborieuses », les fameuses « classes dangereuses » comme il peut. Car il y a le spectre de la révolution russe …
Dans tous les cas, la cible, c’est le mouvement ouvrier organisé dans ses syndicats et partis, et, bien sûr aussi, toujours et partout, les étrangers … qui sont toujours plus nombreux que « nous » ; mon dieu !

Soldats italiens sur le front. Dès 1915, Mussolini et ses complices « syndicalistes » rivalisent de patriotisme le plus borné avec les mouvements de droite et d’extrême droite italiens. L’Italie est alors dans le camp des « démocraties », Grande-Bretagne et France. Le méchant, c’est l’allemand. Selon certaines sources, environ 650 000 italiens sont morts sur le front. Quelques dizaines de milliers étaient des syndicalistes qui avaient confiance en leur syndicat.
En 1914, il y avait en Italie 35 millions d’habitants.
Etait-ce inévitable ? Certainement pas.
En Russie, les survivants de la grande boucherie participent à la destruction de l’Etat tsariste ce qui sème la consternation dans toutes les chancelleries.
La force du mouvement ouvrier et des classes exploitées en Russie tsariste comme dans les « démocraties » résident dans ses organisations syndicales et politiques qui ont tout intérêt à coordonner leurs efforts au plan international pour ne pas être battues séparément. C’est même la tâche principale.
Les classes exploiteuses sont organisées, elles et ne reculent devant aucune méthode.
Mieux vaut ne pas l’oublier.
(1) On peut se poser la question de savoir s’il existe réellement « une idéologie fasciste » ou même des « idées » fascistes, ou, plus simplement des instruments de terreur – les partis fascistes et les différentes formes de milices – destinés à imposer la pulvérisation des organisations ouvrières, partis et syndicats et la traque des « étrangers ».
Mais poser la question, n’est-ce pas y répondre ?
(2) Sorel Georges (1847-1922), auteur de « réflexions sur la violence ». L’individu se caractérise par une incompréhension absolue des rapports entre les classes. Une référence pour Mussolini.
(3) Aujourd’hui, le terme réformiste désigne tout et son contraire. Se prétendent réformistes les pires contre-réformistes qui accompagnent avec une constance et un cynisme absolus toutes les contre-réformes du capitalisme à bout de souffle. Parfois, ils en sont à l’origine.
« Utilisez-nous mieux » disent-ils s’adressant à leurs maîtres capitalistes car, vous le savez, nous sommes partisans de l’ « apaisement ».
(4) Voir à ce sujet : Zaimeche Al Djazairi, « Libye, colonisation et résistance, 1911, 1932 ».
Extrait : « Tout au long de deux sanglantes décennies entamées par les innombrables massacres de Tripoli et conclues par la guerre totale de Graziani (chef de guerre fasciste), rien ne sera épargné au peuple libyen décimé sans pitié : l’internement massif dans des camps de concentration, l’élimination systématique des institutions et des élites musulmanes, la justice expéditive qui fauche les familles, les barbelés qui font du pays tout entier une gigantesque prison à ciel ouvert où les avions déversent leurs gaz de combat à loisir ».
Et, le film « le lion du désert » sorti en 1981, interdit en Italie par le gouvernement de la Démocratie Chrétienne. C’est une vedette d’Hollywood, Anthony Quin qui incarne le chef rebelle Umar al-Mokhtar. Ce film est une dénonciation de la barbarie impérialiste. Il est vrai qu’il ne concerne la guerre coloniale que sous le règne de Mussolini.
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Document :
Impérialisme « démocratique », impérialisme fasciste, frères jumeaux.
Tripoli sous la botte de la « démocratie » de Giolitti :
« ( … ) Octobre 1911, la capitale Tripoli fut mise à feu et à sang : 1800 habitants peut-être sur les 30 000 que comptait la ville furent fusillés ou pendus. Des milliers de tripolitains furent arrêtés et déportés en Italie. La loi martiale fut proclamée. S’ensuivirent arrestations, procès et exécutions dont les libyens furent les victimes. Mais la politique de terreur ne suffit pas. ( … ) Non seulement les libyens n’avaient pas reconnu les italiens comme leurs libérateurs contre les Turcs mais ils les combattaient avec succès.
Pendant ce temps l’opinion publique internationale (comprendre, les « élites », l’ « opinion » ignore tout des faits réels) et les chancelleries européennes accusaient Rome de commettre des atrocités … » Il y a les bonnes et les pas bonnes « atrocités ». Double langage hypocrite, comme toujours … deux poids, deux mesures.
(Source : « Pour une Italie plus grande » OpenEdition Books).

Tripoli, le 5 décembre 1911. Il n’y a pas d’impérialisme acceptable, « bienveillant » opposable à un impérialisme autoritaire, condamnable, à la rigueur, mais lui seul.
Notons qu’en 1935, les armées impériales fascistes attaquent l’Ethiopie pour la « libérer » de la dictature obscurantiste du Négus.
Les « syndicalistes » fascistes sont tenus d’applaudir. C’est ce qu’ils font.
Mais, prudemment ils restent confinés à l’arrière. Pas si fous que ça, ces fascistes !
En France, la bonne presse qui jusque-là avait les yeux de Chimène pour ce brave DUCE – certes un peu rustre – s’inquiète un peu des velléités expansionnistes de l’Italie fasciste.
JM. 15-02-2026.