>Histoire

20 / 11 / 2020

Chronique des envahisseurs. De Lebrun à Moynot …

Les « envahisseurs » sont les cléricaux qui militent au sein des organisations ouvrières avec l’espoir d’en changer la nature. Evidemment le contexte est aujourd’hui bien différent. Le mur de Berlin est tombé.  Si les protagonistes ne sont plus les mêmes, les confédérations ouvrières restent pour les gouvernements des obstacles à contourner, à intégrer, voire à détruire. Ces questions concernent plus que jamais, tous les militants syndicalistes.

Jean-Louis Moynot a publié en 2017 « s’émanciper, une vie de recherches ». (Editions du Croquant, 560 pages). Il y raconte son action à la direction confédérale CGT.

 Le 25 mai 1968, il accompagne, Benoît Frachon, Georges Séguy, Henri Krasucki, les trois principaux dirigeants de la C.G.T. aux  négociations  de Grenelle destinées, d’abord et avant tout, comme le dit en introduction le 1er ministre, G. Pompidou, à mettre un terme à la grève générale. Moynot n’est pas un second couteau.

Au sommet de « l’appareil », J.L. Moynot applique consciencieusement la « ligne » ; aujourd’hui encore, il écrit, en commentaire de l’intervention de Georges. Séguy devant les ouvriers en grève de Renault (1) :

« Quand Georges est arrivé au 213 rue Lafayette de retour du meeting, il était rayonnant et m’a dit : ces ouvriers de Renault sont magnifiques. Ils ont tout compris, applaudi ce qu’il fallait applaudir, rejeté ce qui doit l’être et voté la poursuite de la grève ».

Ils ont voté la poursuite de la grève contre l’avis de « l’appareil », contre l’avis de la direction nationale du PCF. Moynot et ses amis peuvent bien dénoncer les « pamphlets haineux et les racontars frelatés des éternels adversaires de la CGT », les faits sont têtus.

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J.L. Moynot a été membre du bureau confédéral de 1967 à 1981.

Extraits du livre :

Page 422 : « Jacques Delors est celui dont j’ai été le plus proche de 1984 à 1995 ».

Page 446 : « En 1969, J. Delors recevait discrètement à Matignon la petite délégation CGT (R. Buhl et moi) pour se mettre d’accord sur les négociations en cours avec le patronat ».

Page 459 : « J’ai voté OUI au référendum français de 2005 sur le traité constitutionnel pour donner une base politique à l’Union » (européenne).

A quoi bon s’obstiner à les nier ? D’autant que Georges Séguy lui-même a admis « dix ans après les faits, un jour où nous déjeunions côte à côte entre deux réunions du bureau : tu sais, ce n’était pas facile de conduire le mouvement de grève, car Waldeck (dirigeant PCF) était contre ». (Moynot, page 17). Au moins, c’est clair. Le PCF agissait en défenseur du régime gaulliste, considéré comme un moindre mal (2).

La direction PCF était contre. C’est évident. L’objectif n’était pas de « conduire » la grève mais de l’arrêter (3) en se soumettant au calendrier électoral de De Gaulle.

(Voir le pourquoi de cette attitude dans la brochure de l’UD-FO 44 consacrée à la grève générale de mai 68).

Jean-Louis Moynot confesse :

« J’ai mis si longtemps à perdre ma croyance chrétienne et à quitter l’Eglise catholique … »

Personne ne peut lui en tenir rigueur.

Etudiant, il est membre de la J.E.C. (la Jeunesse Etudiante Chrétienne) où l’on bavarde des « dégâts du progrès », thème cher aux encycliques et à la CFTC-CFDT. On y bavarde aussi des « voies nouvelles » pour lutter contre la « financiarisation » immorale, thème incontournable de toutes les encycliques dites « sociales ».

Moynot raconte y avoir côtoyé et apprécié « Yves Chaigneau, expert au Commissariat général du PLAN, que j’ai bien connu plus tard dans l’entourage de Jacques Delors. C’est aussi l’époque où j’ai découvert le mouvement Vie Nouvelle, porteur d’un humanisme chrétien inspiré par le personnalisme chrétien d’Emmanuel Mounier … »

C’est le temps béni, avoue Moynot, des « prières en commun » sans doute plus citoyennes que « la liturgie traditionnelle ».

Membre du syndicat étudiant U.N.E.F. Moynot y rencontre Michel Praderie, issu de la J.E.C. et de l’A.C.G.E. (Action catholique des grandes écoles).

En 1982, Praderie sera chargé par Jean Auroux, figure du gouvernement d’union de la gauche, d’expliquer aux patrons, dans un premier temps sceptiques, les bienfaits de la loi de novembre 82, qui incite le patronat à déroger aux conventions collectives. Du pain béni pour tous les cléricaux.

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Jean Auroux, à l’extrême droite sur la photo communie en l’église Saint Eustache en souvenir de ses lois, si sociales.

L’historien  Stéphane Sirot résume parfaitement les enjeux :

 « 82-83, c’est le tournant de la rigueur … et puis il y a les lois Auroux, on en parle souvent, il y en a quatre. Il y en a une qui est du 13 novembre 82 qui instaure l’obligation de négocier dans les entreprises sur les salaires et le temps de travail mais qui introduit également pour la 1ère fois dans notre droit social la notion d’accord dérogatoire ce qui signifie donc la possibilité de signer dans les entreprises des accords moins bons que ceux du niveau supérieur.

C’est le début de la remise en question en profondeur de cet acquis de 36 qui établit la hiérarchie des normes.

C’est 36 qui établit cet acquis-là. C’est la loi Auroux du 13 novembre qui va l’ébranler et qui va être suivie par toute une série de lois … si on ne prend que les dernières, la loi El Khomri et les ordonnances Macron ne sont que les lointains enfants de cette loi Auroux du 13 novembre 1982 et, en effet, le résultat, il est simple : vous prenez tout simplement quelque chose de très concret entre la période qui a suivi mai 68 et la période qui commence à partir du début des années 80 ; tous les gouvernements se sont sentis obligés d’accorder par exemple des coups de pouce au salaire minimum et, quand on regarde, le pouvoir d’achat du salaire minimum a augmenté de 30% entre 1968 et 1983.

C’est à partir de 83 que les choses ont changé. Tournant de la rigueur, mais encore une fois, ce sont les lois Auroux qui ont déporté la négociation vers l’entreprise au niveau où le monde du travail a souvent le plus de difficultés à se faire défendre. Les lois Auroux ont bien été de ce point de vue là un tournant

( … ) «  ceux qui réfléchissent à comment contourner le syndicalisme, comment faire en sorte qu’il y ait plus de syndicalisme d’accompagnement, ceux qui réfléchissent à cela sont pour la plupart des gens qui s’inspirent d’une philosophie qui est revenue au goût du jour avec l’élection de Macron qui se réfère à ce philosophe, Emmanuel Mounier, philosophe qui a développé une théorie qui s’appelait le personnalisme. Eux, en matière de relations sociales, ils ont appliqué cette idée du personnalisme en considérant qu’il fallait tout réduire au plus petit atome, l’entreprise d’abord, puis l’individu avec toujours cet objectif d’individualiser toujours plus les relations sociales. Ainsi, on parviendra à faire croire que l’entreprise est une communauté d’individus qui vivent ensemble et qui ont le même objectif et que le syndicalisme de lutte ait moins de moyens pour mobiliser … »

 C’est cette politique profondément réactionnaire que défendra JL Moynot. Il offrait toutes les garanties puisque dès 1970 « j’ai reçu ma première carte du parti des mains des membres du bureau politique à l’issue de leur réunion hebdomadaire. Roland Leroy était comme de coutume chaleureux et moqueur. Et Raymond Guyot pleurait d’émotion ». (Leroy et Guyot sont alors deux des principaux dirigeants du PCF).

 Moynot en Loire-Atlantique.

 En 1963, Moynot est membre du syndicat national des cadres et ingénieurs de la métallurgie. Il intègre l’entreprise Carnaud à Basse-Indre. Il indique que « les cadres techniques de cette usine étaient majoritairement, sous-directeur compris, des chrétiens sociaux, militants de l’Action catholique, voire proches de la CFDT ». Avec eux, dieu merci, « la surprise passée, tout s’est bien arrangé ». Qui pouvait en douter ?

 

Rappelons le contexte : 1963, c’est la grève des mineurs qui porte un premier coup au bonapartisme gaulliste avec lequel la direction PCF-CGT s’accorde si bien. 1964, c’est la grande grève des traminots nantais, menée par les militants de l’UD FO.

Voir à ce sujet l’article: http://force-ouvriere44.fr/decembre-1963-traminots-nantais-ouvrent-voie/

 A Sud-Aviation Bouguenais, la direction C.G.T. pourchasse les militants qui refusent la chape de plomb de l’appareil et son corollaire, l’accord CFDT-CGT contre les revendications ouvrières. C’est le temps des grèves à répétition disloquées qui favorisent les desseins patronaux.

 J. L. Moynot est semble-t-il très vexé de cette innocente taquinerie d’Alexandre Hébert :

 « Seul A. Hébert, secrétaire général de l’UD Force ouvrière, a déclaré que j’étais sans doute un agent de la CIA … » (page 130). C’est que le combat « pour l’amitié sociale » que revendique l’actuel patron du Vatican est semé de multiples embûches …

 Moynot tisse des « liens de confiance et d’amitié » avec Roger Rousselot et Georges Prampart qui était secrétaire de l’Union syndicale des travailleurs de la métallurgie (USTM) de Loire-Atlantique. Il confie benoîtement (page 127) :

 « En décembre 1965, Pierre Le Brun (4) … a démissionné du bureau confédéral en raison de trop de désaccords politiques. Benoît Frachon et le Bureau confédéral étaient chargés de le remplacer ».

 Moynot fut l’heureux « élu », coopté, l’homme du concile Vatican II au bureau confédéral. L’appareil PCF le charge de représenter la C.G.T. au Conseil économique et social. Lourde tâche … puisque « le groupe de la CGT ne jouait un rôle politique constructif (certains diraient aujourd’hui : un rôle de « co-construction ») que lorsqu’un de ses membres était chargé d’un rapport et d’un projet d’avis, ce qui était fort rare », malgré les efforts du clérical Le Brun.

Moynot se veut rassurant : dieu soit loué, « tout cela a évidemment beaucoup changé depuis, et mai 68 a été le point de départ de toute une évolution ».

 Henri Krasucki (SG de la CGT de 1982 à 1992) à la manoeuvre :

 « ( … ) Enfin, la C.G.T. avait montré sous la responsabilité d’Henri Krasucki, que, tout en restant opposante (?), elle était capable de participer utilement aux travaux du PLAN, notamment le Vème, mis à mal par la grève de mai et juin 68 … Krasucki m’a transmis dans des conditions satisfaisantes, au cours des travaux du VIème PLAN, la responsabilité des travaux de la C.G.T. dans les différentes commissions ». Moynot est selon l’expression de l’actuel Haut-commissaire au PLAN, F. Bayrou, le « sherpa » désigné par l’appareil confédéral pour coopérer à la régulation (illusoire) de l’économie capitaliste (5).

 La chute de De Gaulle :

 Moynot ne cache pas son dépit.

 « De Gaulle a tenté de faire adopter par référendum une réforme institutionnelle  comme un progrès et une modernisation. Elle était certes critiquable, notamment dans le projet de fusionner le Sénat et le Conseil économique et social qui avait un parfum de corporatisme (comme c’est bien dit !) mais elle instaurait aussi une régionalisation qui aurait pu induire une certaine décentralisation ».

 A sa manière jésuitique, il nous dit que le NON de la C.G.T. qui faisait suite au double NON de notre C.G.T-FO, un NON sans ambiguïté, celui-là, était, pour la fraction cléricale de l’appareil cégétiste, bien embarrassant.

 « La bande à Moynot » : la C.F.D.T. dans la C.G.T.

 Moynot avoue :

 « J’ai mené un travail quasi clandestin avec un collectif de jeunes économistes travaillant dans des fédérations C.G.T.  des comités centraux de grands groupes et des cabinets d’expertise comptable  ( … ) cet outil a fonctionné utilement quelques années et a nourri l’expérience d’une modernisation  de l’expertise au service des salariés , via les comités d’entreprise, (6) à laquelle les lois Auroux ont ouvert la voie » ; tout ceci, en collaboration étroite avec les « experts » de la C.F.D.T. « Sur l’unité d’action C.F.D.T.-C.G.T. J’ai dit qu’à l’expérience de quatorze ans, j’étais convaincu que les deux organisations y gagnaient chacune en qualité … » (page 262).

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La gauche politico-syndicale en 1973 : Edmond Maire (C.F.D.T.), Georges Séguy (C.G.T.), Georges Marchais (P.C.F.) François Mitterrand ((PS). En 1982, c’est sous la houlette de Delors que commence la « parenthèse de la rigueur » jamais refermée.

 En guise de conclusion :

Les orientations de Moynot sont étrangères aux traditions syndicales, contradictoires aux principes de la Charte d’Amiens.

 Pourtant, c’est bien la direction confédérale de la C.G.T. qui l’a propulsé, en toute connaissance de cause, comme un corps étranger, au sommet de « l’appareil ».

 Le « retrait » de Moynot du bureau confédéral n’aura rien réglé sur le fond. D’autres ont pris le relais. Ceux-là militent pour modifier les statuts de la Confédération, modification synonyme de remise en cause des prérogatives des unions départementales. Ils « revendiquent » aussi la sacro-sainte « Europe sociale » à laquelle personne ne croit.

 Les gouvernements de la Vème république  poursuivent l’œuvre entreprise par de Gaulle : tenter d’intégrer les deux confédérations ouvrières à la « gouvernance » pour les détruire et mener à son terme le programme défini il y a treize ans déjà par le représentant patronal, Denis Kessler : détruire toutes les conquêtes ouvrières de la période 1944-1946. (Et celles de la grève générale de juin 36).

 Bien sûr, il n’est pas possible de composer avec ces gens-là.

 Il est par contre indispensable de tout mettre en œuvre pour réaliser l’unité d’action syndicale sur des revendications conformes aux intérêts spécifiques des salariés.

Car, faut-il encore le préciser : que des éléments étrangers gangrènent les organisations ouvrières, notamment les syndicats,  ne nous émancipent pas du combat pour l’unité d’action pour le succès des revendications ouvrières. Ce devrait être évident. Il semble bien que ce ne soit pas acquis partout.

 Le CCN de notre CGT-FO réuni en septembre dernier a, de ce point de vue aussi, rappelé l’essentiel.

 (1) Ce n’est pas la 1ere fois que les « magnifiques » ouvriers de Renault perturbent les plans de l’appareil. En mai 1947, ils votent contre l’avis des chefs staliniens, la grève totale pour l’augmentation des salaires, ce qui heurte de front le mot d’ordre central de l’appareil PCF-CGT : « produire d’abord … » La grève menace de s’élargir à toute la métallurgie. Au « sommet », c’est la panique. Les « magnifiques » ouvriers sont honteusement calomniés. Mais rien n’y fait. Les ministres « communistes » quittent en catastrophe le gouvernement pour reprendre le contrôle des évènements. Pour y parvenir, l’appareil CGT n’hésite pas à « organiser » des grèves ultra minoritaires, disloquées mais dures.

(2) Aujourd’hui encore quelques nostalgiques de l’époque du stalinisme tout puissant pensent  que :

« La grande bourgeoisie l’a utilisé (de Gaulle) comme un citron qu’on presse et puis qu’on jette, donc c’est un personnage que je ne goûte guère car il est pour moi la représentation de la réaction, de la lutte anti populaire mais pour lequel j’ai quand mêmebeaucoup de tendresse parce qu’il est quand même quasiment le seul représentant de sa classe à avoir dit NON ou à avoir tenté de dire NON au tuteur (l’impérialisme US) et ça lui donne un caractère tellement exceptionnel … qu’il faut bien reconnaître ses mérites particuliers. » De Gaulle pour qui la « politique sociale de Vichy – la charte du travail – n’était pas sans attraits », De Gaulle l’ami de Franco, De Gaulle, l’homme avec Debré, des lois anti laïques. On pourrait poursuivre presque à l’infini …

(3) L’accord « historique » CFDT-CGT de janvier 1966 s’est traduit par l’organisation méthodique de  journées d’actions disloquées ayant pour fonction principale de contenir le mouvement vers la grève générale. Ce sont les ouvriers de la Sud-Aviation-Bouguenais, exclus bureaucratiquement de la CGT par H. Krasucki qui, par leur courage et leur ténacité, ont les premiers débordé l’appareil et permis la signature de « l’accord société ».

 A propos de ces journées saute-moutons, J.L. Moynot affirme que Benoît Frachon lui aurait confié ceci :

« Ces grèves à répétition n’étaient pas suivies. Et l’Humanité publiait des bulletins de victoire. Aussi, quand j’allais déjeuner au Bureau politique, je leur disais : encore deux ou trois victoires comme celles-là  et il n’y aura plus de C.G.T. dans les entreprises ». (Page 165).

(4) Pierre Le Brun, l’homme du Vatican II à la direction confédérale de la C.G.T. voir l’article : « le Plan contre l’indépendance syndicale ».

(5) Le jésuite décroissant G. Giraud, organisateur en chef des « marches vertes et citoyennes pour le climat » affirme lui aussi : « La finance, ça se régule ». L’humour jésuite, c’est assez particulier …

(6) Les comités d’entreprise … voici ce qu’en dit de Gaulle. Janvier 1948, discours de Saint-Etienne).

« L’association (capital-travail), qu’est-ce à dire ? D’abord ceci que dans un même groupe d’entreprises, tous ceux qui en font partie,  les chefs, les cadres, les ouvriers, (on retrouve le « patrons, ouvriers, techniciens » … de la Charte du travail de Vichy) fixeraient ensemble, entre égaux, avec arbitrage organisé, les conditions de leur travail …C’est dans ce sens que j’ai naguère créé les comités d’entreprise ». Autrement dit, c’est le prolongement des comités sociaux de Vichy. D’ailleurs, l’exposé des motifs portant création des CE (février 1945) indique : « Les CE ne sauraient avoir un caractère revendicatif ». Par la suite, une plus grande représentation a été généreusement accordée aux représentants des salariés, ce qui ne change évidemment rien au problème.

J. M   Novembre 2020.

chaud ! chaud ! chaud !

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