>Histoire

16 / 01 / 2026

Chronique des envahisseurs.

Marc Prévotel rédige de 1976 à 1989, ses « chroniques des envahisseurs ». Il y montre comment l’Eglise catholique, officiellement ralliée à la République, prétend infuser dans toutes les veines de l’Etat, comme une sève et un sang réparateur, la vertu et l’influence de la religion catholique ». (Pape Léon XIII, en 1895). Il met en évidence le rôle assigné à la CFDT et au courant personnaliste chrétien désormais installé – par « effraction », certes – à la tête de la Vème République lors du 1er quinquennat Macron, pour le plus grand plaisir de la « finance » et des va-t-en-guerre.

Nous sommes en janvier 1966. Les directions confédérales CFDT et CGT signent un pacte qui se prétend d’unité d’action.

L’évènement peut surprendre.

La CGT plonge ses racines dans la « vieille » CGT. Les statuts de la CGT ne font pas la promotion de l’association capital-travail, bien au contraire.

A l’inverse, la CFDT se revendique de « l’humanisme chrétien ». Certes, les références à l’encyclique rerum novarum de 1891, « sur la condition des ouvriers », devenues un peu gênantes, trop voyantes, ne sont plus de mise, elles sont rayées des statuts confédéraux. Mais cela ne change rien sur le fond. Héritière de la CFTC, la CFDT place au centre de son action beaucoup plus politique que syndicale, la conciliation des classes.

La CFDT est par nature, un « syndicalisme de conclaves ».

Conclave ? Le mot « conclave » (du latin cum clavis, « [fermé] à clé », se déroule à huis clos. Le « troupeau » en attend, tout haletant, les divines décisions.

La CFDT ne « trahit » pas, jamais. Elle applique sa doctrine réactionnaire. Les dirigeant(e)s CFDT respectent leur mandat.

Frachon CGT, (le moustachu) et Descamps CFTC-CFDT, sur sa droite ou sa gauche, c’est selon. (Photo : début des années 60).

Des nostalgiques d’aujourd’hui de « l’unité » CFDT-CGT ont publié une tribune qui affirme «  … un sursaut unitaire est possible … » Parmi les signataires illustres ou pas : Bernard Thibault, (ex SG CGT) Pierre Héritier (ex dirigeant CFDT) Gérard Aschieri (ex dirigeant FSU) et un certain Jean-Louis Moynot (ex dirigeant confédéral CGT) dont le parcours d’ « envahisseur » fièrement revendiqué, mérite d’être connu, JEC, JOC, Delors  … une vraie caricature. Voir ici :

http://force-ouvriere44.fr/chronique-des-envahisseurs-de-lebrun-a-moynot/

Pour appâter les gens les plus confiants, nos ex gloires disent que leur objectif serait de combattre l’extrême droite ; ça peut rassurer. La ficelle est peut-être un peu grosse. Parmi ce petit mode, Gérard Filoche.

Pourquoi ce pacte ? Deux ans avant la grève générale.

En 1963, c’est la grève des mineurs. L’ordre de réquisition du général ne donne pas les résultats escomptés : mettre la classe des exploités à genou.

La classe ouvrière relève la tête, mettant en cause la stabilité du régime gaulliste (1), la sacro-sainte stabilité de la Vème République du-coup-d’état-permanent.

(Voir la brochure de l’UD FO 44 sur mai 68).

Les directions confédérales de « gauche » – de gauche puisqu’elles s’en revendiquent – se mettent d’accord, mais pour quels objectifs ?

S’agit-il de préparer la classe ouvrière et la jeunesse où pointe la révolte, l’ensemble des salariés au choc frontal avec l’Etat gaulliste qui semble désormais inévitable ?

Ou s’agit-il de tout autre chose ?

CFDT-CGT : 60 ans !

 

« Les travailleurs veulent l’unité » ? Mais de quoi parle-t-on, précisément ?

Après avoir fait le voyage au Vatican, Eugène Descamps, dirigeant historique de la CFTC avait mené à bien la mue cfdtiste. La « nouvelle » confédération, parfait produit du concile Vatican II (octobre 1962-décembre 1965) parlait désormais de « socialisme démocratique ». Il existerait donc un socialisme qui ne le serait pas ?

Descamps se déclarait partisan de « l’unité d’action » avec la CGT.

Mais sur quelles bases ? Sur quelles revendications ?

Il écrit : « les travailleurs sont heureux de voir Benoît (Frachon, dirigeant PCF de la CGT) et moi (Descamps) manifester bras dessus, bras dessous ».

La photo, le casting seraient plus importants que le contenu ?

En réalité l’accord CFDT-CGT finalisé en janvier 1966 ne propose pas de coordonner une action syndicale efficace sur des revendications syndicales claires (salaires, défense des statuts et conventions collectives, défense de la sécu, sécu que le pouvoir gaulliste a dans le viseur … ) mais d’imposer des ribambelles de journées d’actions qu’il faudrait rendre « joyeuses » … jusqu’à épuisement des « joyeux », jusqu’à épuisement de leurs maigres finances (2).

Benoît Frachon, sur ordre du Bureau politique du PCF se soumet.

Pourtant, il avait fort bien mis en garde :

Frachon : contre les journées d’action saute-moutons.

Source : « mémoires de luttes », Frachon, 1902-1939, page 89).

« ( … ) pour la direction de la CGT, ce qui importait, c’était de désamorcer la poussée du mouvement ouvrier ( … ) ; ils (Frachon parle des « réformistes » de la CGT) recoururent à une honteuse tactique. Puisqu’ils ne pouvaient pas empêcher les grèves, ils les feraient échouer. Ce fut la tactique des grèves « par vagues d’assaut ». Elle consistait à lancer dans la grève les Fédérations les unes après les autres, à les isoler dans le combat et à les faire battre séparément. Cette tactique suscita chez les travailleurs une colère qui dans les meetings, s’exprimait avec virulence ». Incompréhension, colère, rejet …

Bien vu. Mais ces lignes datent de 1919.

Ces questions restent d’une actualité brûlante (3).

En signant l’accord « historique » de 1966, l’appareil dirigeant cgtiste enclenchait un processus dévastateur pour la CGT qui finit même par adopter après quelques contorsions de circonstance la logique du syndicat d’entreprise opposé inévitablement à l’action confédérale qui unifie le combat syndical. Et ce fut, en décembre 1968 par la grâce d’un Pompidou radieux, la création miraculeuse de la fameuse « section syndicale d’entreprise » présentée comme la grande victoire du « mouvement » de mai. Enfumage complet.

Rappelons que le régime de Vichy avait immédiatement procédé (par l’intermédiaire de Belin) à la dissolution de la CGT, de ses instances confédérales, mais avait conservé intact le syndicat d’entreprise, un « syndicat » désormais inoffensif.

Ce qui permettait au maréchal de commencer ses discours du 1er mai, jour de « concorde » nationale, par un étonnant, étonnant pour les plus naïfs : « ouvriers, mes amis … »

Bien sûr, pour nous, militants ouvriers, fidèles aux meilleures traditions de la CGT, il ne peut y avoir d’accommodements avec les responsables de telles accointances, ni hier, ni aujourd’hui.

Mais, bien sûr, nous ne confondrons jamais l’immense majorité des militants cgtistes avec ceux qui aujourd’hui encore prônent, notamment au CESE, la politique de « co construction de réformes » (4).

Les résistants.

Dans son « histoire de la CGT » publiée en 2015, la direction confédérale doit admettre : « De la fin de 1967 à décembre 1970, le rapprochement CGT-CFDT connaît une éclipse, pour repartir ensuite dans un processus de controverses-compromis jusqu’en septembre 1980. Au sein de la CGT, des doutes s’expriment sur une démarche, qui, pour certains, ne paraît guère profitable à leur centrale dont l’audience électorale pâlit ».

Certains militants s’inquiètent aussi à juste titre d’un processus d’ « institutionnalisation » de la CGT.

Et puis, il y a eu le plan Notat-Juppé de 1995, le soutien CFDT au plan Fillon de 2003, le soutien de toute la « gauche » politico-« syndicale » au OUI lors du référendum de 2005, la promotion de la « retraite par points » etc ; ça fait beaucoup de « trahisons » et rien ne permet de dire que tout ceci devrait cesser, à moins de croire aux miracles.

Les résistants, les militants et leurs syndicats de base mettront en échec les projets destructeurs des partisans « modernes » de l’ « unité CFDT-CGT ».

Thibault-Chérèque.

Le « collaborateur » de Nicolas Sarkozy, François-le-pieux-de-Mayenne, François Fillon, disait souvent : deux syndicats suffisent : un grand méchant mou qui signe tout et un grand méchant loup qui accompagne, à gôche.

Certains se plaisaient à rêver d’un flirt qui aurait pu déboucher sur une fusion organique. C’était sans compter sur la résistance des syndicats de base, des militants et adhérents pas disposés à avaler n’importe quelle couleuvre, fut-elle « unitaire ».

 

Marylise Binet et Sophie Léon. Avec le sourire en prime …

Sophie Binet intègre le Bureau confédéral CGT sous l’ère (courte, heureusement) Le Paon. Le Paon a été éjecté de la direction confédérale comme un corps étranger après avoir écrit ceci : « Il n’existe à la CGT aucune opposition de principe face au patronat. L’entreprise est une communauté composée de dirigeants et de salariés – là encore, je regrette que les actionnaires fassent figure d’éternels absents – et ces deux populations (sic) doivent pouvoir réfléchir et agir ensemble dans l’intérêt de leur communauté ». (Source : le Nouvel Economiste, en 2014. Une feuille patronale discrète … )

Le maréchal Pétain et son ministre du travail, René Belin, n’auraient pas mieux dit.

Ils s’en vantent eux-mêmes.

« Les mouvements d’action catholique, centre de formation des figures syndicales ?

Publié le 30 avril 2023. Source : le quotidien officieux du Vatican : LA CROIX.

LA CROIX titre : « Sophie Binet et Laurent Berger, le 5 avril 2023. Tous deux ont appartenu à des mouvements de jeunes catholiques avant de prendre des responsabilités syndicales.  

( … ) Parmi les figures du mouvement, à l’instar de la nouvelle secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, un certain nombre de responsables syndicaux ou de politiques de gauche ont été formés au sein des mouvements d’action catholique » Il s’agit notamment de la JOC. C’est là qu’ils ont découvert tous les mystères de la doctrine sociale de Léon XIII et de ses successeurs ».

Ce petit monde aime se retrouver avec quelques patrons éclairés au collège des Bernardins, fief des jésuites pour y bavarder sur le thème inépuisable : « changer le travail ». Chez les jésuites, ouvertement … ou à défaut, au CESE …

Pour conclure : Lorsque madame Léon souhaite que le conclave II de monsieur Lecornu mette au centre de la « discussion » la « retraite à la carte, par points », elle ne trahit pas les millions de grévistes (et surtout, seulement manifestants, hélas) qui exigent toujours : le retrait du plan Macron-MEDEF ; elle applique le mandat d’un corps intermédiaire – une décision de congrès confédéral – qui a une ligne directrice ferme : réinventer un nouveau corporatisme du XXIème siècle, présentable. Tâche bien compliquée.

  1. De Gaulle a écrit des milliers de pages. Si une seule phrase doit être retenue, n’est-ce pas celle-ci ?

« La politique sociale de Vichy n’était pas sans attraits ».

Le N°2 de la CGT, René Belin, et le N°2 de la SFIO, monsieur Faure (Paul) ont « co construit » les « réformes » de Pétain.

  1. La question de l’unité ou pas traverse aussi tous les échelons de notre confédération CGT-FO. Certains estimaient qu’elle n’était pas souhaitable et même que : « notre isolement nous protège ». D’autres avaient un point de vue fort différent. En mai 1968, à Sud Aviation Bouguenais, les militants FO bureaucratiquement exclus de la CGT dirigée par H. Krasucky, combattent pour la grève totale et non pour les « journées d’actions » et autres « temps forts ». (Voir brochure UD).

  1. La « grande presse », y compris celle des mercenaires des milliardaires a largement relayé l’appel à une « journée d’action » le 2 décembre. Sophie Binet avait dit : « J’espère que Marylise (Léon, SG de la CFDT) sera là, avec nous. Cette triste journée a encore une fois confirmé le rejet par la grande majorité des salariés du dispositif réactionnaire des « journées d’actions ».

Précisons que le rejet compréhensif des journées d’ « actions » sert dans certains cas à justifier l’inaction et la poursuite du soi disant « dialogue social ».

  1. Intervenant devant le CESE en 2022, Fabien Roussel parle de la CGT pour se féliciter de ce que la délégation CGT y co construit des propositions de « réformes », y compris avec la délégation patronale (MEDEF). Il affirme aussi : « Avec une nouvelle majorité de gauche, chaque avis du CESE, chaque travaux (?) du CESE sera intégré dans la loi … », le CESE devenant une nouvelle Chambre « au même titre que sont les deux autres Chambres, sénat et Assemblée nationale ».

Loin de  ces magouilles, des millions de travailleurs ont combattu en 2023 au coude à coude pour l’abrogation de la contre réforme des retraites ; dans l’unité, militants et sympathisants CGT, FO, FSU, Solidaires …

ET c’est bien ce qui inquiète les « magouilleurs ».

JM. 20-12-2025.

chaud ! chaud ! chaud !

leurs revendications concernent la réforme des retraites: Appel à la grève dès le 5 décembre

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