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10 / 09 / 2019

1982 : Loi Savary, loi scélérate.

Les gouvernements de la IVème république, ceux de la Vème, ont multiplié les lois anti laïques. La principale, la loi Debré est bien sûr toujours en vigueur.

Mais la traditionnelle politique d’étranglement budgétaire menée par tous les gouvernements depuis la Libération, aggravée en 1959, ne suffisait pas au gouvernement d’union de la gauche de 1981. Il lui fallait ouvrir un second front : celui de la destruction du service public, de l’intérieur.

Le programme commun de gouvernement stipulait : proposition 90 : « Un grand service public, unifié et laïque de l’Education nationale sera constitué. Sa mise en place sera négociée sans spoliation ni monopole. Les contrats d’association d’établissements privés, conclus par les municipalités, seront respectés ».

« Des conseils de gestion démocratiques seront créés aux différents niveaux. »

L’hebdomadaire Témoignage Chrétien qui en toutes circonstances soutenait sans retenue les « réformes progressistes » de gauche, militait pour la loi Debré couplée à une politique de décentralisation toujours plus « audacieuse ».

La revue Esprit si chère à l’actuel président accueillait l’ouverture de ce deuxième front avec enthousiasme : « Cette revue se doit de saluer la publication récente des propositions d’Alain Savary pour rénover l’ensemble du système éducatif français ». (Editorial, décembre 1983).

Mai 81, le 1er ministre, Pierre Mauroy nomme Alain Savary ministre de l’Education Nationale. Nombreux sont les militants syndicalistes qui pensent que le service public, dont l’école, recevra enfin les moyens nécessaires à son bon fonctionnement. Les illusions ne durent pas longtemps. Les lois de décentralisation contribuent à semer le doute. Les syndiqués désertent la Fédération de l’Education Nationale, la F.E.N. qui, en 1947, avait refusé de choisir entre la C.G.T-F.O. et la C.G.T. au profit de « l’autonomie ». Certains ont cru, sans doute de bonne foi, que l’autonomie était un gage d’indépendance. C’était l’inverse.

La politique de rigueur salariale (la fameuse « parenthèse » de la rigueur jamais refermée) imposée dès 1982 par le gouvernement C.F.D.T-PS – P.C.F. est vivement condamnée par notre confédération qui juge aux actes. Le champion de l’austérité, le chef de la CFDT, Edmond Maire, affirme en mars 1984 : « La rigueur est un levier pour faire accoucher les changements du travail et de la vie ». En somme, un don de la Providence. La C.F.D.T a un projet politique global, cohérent qui inclut la destruction des services publics, dont l’école laïque.

Alain Savary 1918-1988. Ministre de l’Education nationale de 1981 à 1984.

« Une chance historique  » ?

Le plan gouvernemental était simple :

1  Pas de moyens supplémentaires. Il suffit nous dit la F.E. N. chargée de populariser les directives ministérielles de « travailler autrement ». Le ministre résume en affirmant que travailler avec 25 ou 30 élèves ne change pas grand-chose.

2  Ouverture d’un second front contre le service public. Sous prétexte de bâtir « un grand service public unifié », le gouvernement s’engage dans une politique dite de « rénovation du service public » ; traduction concrète : généralisation des bidules de gestion tripartite qui remettent inévitablement en cause et le statut de la fonction publique avec toutes les garanties qui en découle et la laïcité de l’enseignement (1).

Les responsables les plus éclairés de l’épiscopat ne cachent pas leur satisfaction. Monseigneur Lustiger, ami très cher du président de la république se confie au quotidien Ouest-France :

« ( … ) Il me semble qu’aujourd’hui, il existe une chance historique pour que la question scolaire soit non pas enterrée, mais réglée positivement ( … ) ; si l’on parvenait à une acceptation mutuelle dans ce domaine, ce ne serait une victoire ni de droite ni de gauche mais des français eux-mêmes ».

Le père Guiberteau renchérit :

« Il serait bien que la reconnaissance d’un pluralisme de structures dans le cadre d’une organisation nationale soit réalisé par un gouvernement de gauche ».

Le père Madelin, jésuite, souligne l’apport du « rocardisme » : la décentralisation, la régionalisation …

Ils y croient.

En somme, le gouvernement de « gauche », c’est, pour cette fraction dirigeante de l’Eglise, une seconde « divine surprise » (2).

Les réactions confédérales.

Seule notre confédération, la C.G.T-F.O et ses syndicats de l’enseignement adoptent une position claire de refus du plan Savary (cf résolution du comité confédéral national).

(http://force-ouvriere44.fr/instituteurs-retrouvent-chemin-bourses-travail-2eme-partie/

« Les instituteurs retrouvent le chemin des Bourses du travail » ; publié par l’UD C.G.T-F.O. le 12-10-2018).

André Bergeron, secrétaire général de la C.G.T-F.O avait parfaitement raison d’établir le lien entre la gestion tripartite du service public et les dispositions liées à l’application des lois Auroux visant à promouvoir « l’expression directe des salariés » dans l’entreprise.

Il faut également noter la position nette de la Fédération des services publics et de santé FO :

« Du budget global des hôpitaux aux conseils d’atelier, ou pourquoi FO rejette la départementalisation … la départementalisation va conduire inéluctablement à une balkanisation des hôpitaux par la mise en place de structures plus administratives que médicales … » Balkanisation de l’école, des hôpitaux, tentatives de « pulvérisation » des deux confédérations ouvrières via « l’expression directe des salariés ».

Nous étions confrontés à une politique d’ensemble d’inspiration purement corporatiste.

Le cardinal Jean Marie Lustiger (1928-2007) est nommé archevêque de Paris, en même temps que son compère F. Mitterrand accède au sacre suprême : 1er président « socialiste » de la Vème république.

Bien que généralement hostile, sinon plus, aux positions de F.O. ; la presse ne peut cacher la réalité du terrain. Ouest-France du 5 mars 1984 avoue :

« Dans un communiqué, l’union départementale F.O. 44 indique qu’était présentée pour la première fois une liste nationale F.O. pour les élections au comité technique paritaire de l’enseignement supérieur. Cette liste arrive en tête dans l’académie de Nantes avec 38,7 % des voix … »   ainsi se désole l’honorable quotidien, les personnels entrent en résistance.

La presse confédérale, FO-HEBDO, consacre plusieurs articles à montrer concrètement les dangers de la contre-réforme Savary. En février 84, un article évoque le cas d’une directrice d’école qui vient de se syndiquer à FO. Les gens du conseil d’école s’étranglent d’indignation et engagent une guérilla visant à obtenir son départ « volontaire ». Ces néos pétainistes prétendent « transformer les établissements scolaires en véritables communautés autonomes » (3).

Dans FO MAGAZINE, Evelyne Salamero montre toute la nocivité du rapport Legrand qui s’attaque brutalement au second degré. « Le rapport Legrand, les projets d’action éducative, c’est une opération de camouflage. Ils veulent masquer la rigueur. Ils vont rendre les établissements tributaires des dominantes politiques locales ».

Pourtant, les feuilles « syndicales » et politiques de « gauche » (et « d’extrême gauche ») s’égosillent sur le thème :

« La droite veut privatiser l’école publique ! »  (4). Les personnels qui de la maternelle à l’université s’organisent avec F.O. ne sont pas dupes. La privatisation, c’est maintenant !

Notons que la direction confédérale de la C.G.T. s’engage sur une pente savonneuse. Ouest-France du 3 mars 84 indique avec satisfaction :

« Pour la CGT, rénover l’enseignement public est une urgence pour briser l’offensive de la droite ».

Lustiger, Guiberteau, la C.F.D.T. Savary … semblent disposer de nombreux atouts. Pourtant rien ne se passera comme ils le pensaient.

Mauroy mouille la chemise.

Face aux résistances à l’instauration du grand service public unifié, le 1er ministre se rend à Rome voir le pape. Autant s’adresser au bon dieu plutôt … Le président Mitterrand l’avait précédé dès février 1982. Il s’agissait alors, notamment, d’assurer la promotion du plan d’austérité à venir. L’affaire n’avait pas si mal débuté puisque l’épiscopat de France s’était fendu d’une belle déclaration (« la plus belle … » avait déclaré Delors dans Ouest-France) pour fustiger la culture des « avantages acquis », l’impérieuse nécessité de « partager », le travail et les revenus etc bref, tout le programme de la C.F.D.T. La « plus belle déclaration » invitait au passage les femmes au travail à regagner le doux foyer qu’elles n’auraient jamais dû abandonner avec tant d’empressement et de frivolité. 1940 … 1982 … la divine surprise …. Dans tous les domaines.

Le Saint-Siège, avait donné par l’intermédiaire de Mgr Casaroli une idée assez précise de la teneur de l’entretien. Pierre Mauroy avait ainsi plaidé sa cause :

« Tout au long de ma vie militante et aujourd’hui en tant que chef du gouvernement, je n’ai cessé de travailler au rapprochement du monde chrétien et de la gauche française, je n’ai cessé de lutter contre les malentendus … » Après cette profession de foi éloquente, le 1er ministre du Culte aurait déclaré :

« L’ensemble des forces éducatives du pays doivent concourir au service public dans le respect de la spécificité des divers projets éducatifs ».

Pour prouver sa bonne foi, Mauroy n’a sans doute pas manqué d’expliquer au Souverain pontife tous les avantages qu’une Eglise moderne, plus ouverte sur la vie, plus avisée, pourrait retirer de « communautés éducatives autonomes ».

Hélas, hélas, ce pauvre Jean Paul II n’a pas les qualités de Lustiger, sa souplesse d’esprit. Il ne comprend pas qu’un « chance historique » se présente à lui et qu’il faut la saisir.

Mauroy regagne Matignon sans la bénédiction papale.

L’heure des grand-messes, des manifestations « monstres ».

Manifestation des défenseurs de l’école « libre ». (juin 1984).

Privés des encouragements du pape, les leaders « modernistes », Lustiger, E. Maire de la C.F.D.T., flanqués de Jacques Pommateau de la F.E.N. (apôtre du « travaillez autrement ») peinent à jouer leur petite partition.

Les militants de la catho qui croient sincèrement que le « pouvoir socialiste » veut détruire « leur » école descendent massivement dans la rue.

Les « laïcs » (c’est généralement l’orthographe retenue par les partisans de la « rénovation ») processionnent eux-aussi à qui mieux mieux. C’est le bal des dupes.

Ceux-là manifestent à Nantes le 24 avril 1984 (5) en passant par la rue du Calvaire. Ouest-France note la présence de la « C.F.D.T. du privé, qui revendique une vraie rénovation pédagogique ». En janvier le Syndicat National des Instituteurs (S.N.I-F-E-N.) avait appelé à une journée de grève pour « arracher … une avancée pédagogique » sans doute pour la première fois, peu suivie ! à la suite de quoi, notre pauvre 1er ministre, au lieu de se faire tout petit, déclare, martial :

« Ce n’est pas la rue qui décide … »

C’est pourtant bien ce qui se produira.

L’offensive cléricale en Loire-Atlantique.

C’est « au lycée expérimental » de Saint-Nazaire » dirigé par Gabriel Cohn-Bendit (qui occupa quelques responsabilités au SNES-FEN et qui « n’a jamais fait grève pour les salaires » …) que les choses sont allées le plus loin.

Le député de Redon, le très « libéral » Alain Madelin résumait à sa façon les enjeux dans un livre paru en 1984. Il y décrit avec un certain enthousiasme le fonctionnement « révolutionnaire » de l’établissement. Ici, pas de programme national, pas de contrôle des connaissances acquises, du « tutorat » – les plus âgés prennent en charge les plus jeunes – pas de personnel d’entretien à rémunérer ; de l’autogestion, encore de l’autogestion, que de l’autogestion. La petite communauté éducative n’a besoin de rien ni de personne … sauf des subventions de l’Etat.

Madelin, dans son « il faut libérer l’école » indique cependant les limites de « l’expérience » :

« ( … ) La décentralisation n’aurait vraiment de sens que si le nouveau pouvoir local pouvait s’exercer sur les programmes et sur le recrutement des enseignants. On en est loin. ( … ) Les enseignants gardent un mauvais souvenir des périodes antérieures à Jules Ferry, pendant lesquelles ils étaient placés sous la dépendance plus ou moins forte d’un pouvoir politique local qu’ils jugèrent abusif, tatillon, mesquin, attentatoire à leur liberté … »

Bien sûr ! Pas plus en 2019 qu’en 1983, les personnels de l’enseignement ne sont disposés à faire une croix sur leur statut.

En mars 1987, l’ex ministre Savary vient encourager « l’équipe éducative » qui inclut désormais les « apprenants ». Quelques enseignants sans doute mal intentionnés rappellent les résultats pratiques de « l’expérience » : 14 « enseignants » sont mobilisés pour 90 à 140 « apprenants ». 15 % obtiennent le bac, cet odieux diplôme bourgeois qui ouvre les portes de l’enseignement supérieur. 15 % ! Un peu moins que dans le service public …

Mais c’est surtout la colère qui pointe dans les propos de ces enseignants nazairiens parus dans La Tribune du 1er juin 1987 :

« Alain Savary vient les 29 et 30 mai souhaiter longue vie à son enfant, le lycée différent. En 1982, le camarade-ministre a en effet attaché son nom à une offensive sans précédent contre l’école laïque et le droit à l’instruction visant à lui substituer l’idéal de la communauté éducative à caractère propre chargée d’autogérer les lieux de vie, dans le cadre de la grande œuvre du septennat : la décentralisation, idéal incarné par le lycée différent. Sous la présidence de l’ancien ministre, s’impliqueront en bonne cohabitation, Claude Evin, (figure historique de la « deuxième gauche » à Saint-Nazaire) un représentant d’Olivier Guichard (un « baron » du gaullisme historique basé à La Baule), des représentants du SGEN-CFDT, de la FEN, de l’UNEF (trois « corps intermédiaires », domestiques un jour, domestiques toujours …).

«  Tous ces messieurs et dames, de droite comme de gauche, viendront communier autour de leur exigence œcuménique : une gestion tripartite, école ouverte sur la vie, pluralisme etc. c’est-à-dire de la meilleure forme pour livrer les jeunes, sans instruction, sans qualification reconnue à la Divinité-Entreprise, si ce n’est aux TUC (« emplois » précaires de l’époque) et autres petits boulots ».

On ne saurait mieux dire.

Avec le « lycée expérimental », on se rapproche de l’idéal du prêtre obscurantiste Ivan Illich, partisan d’une société sans école (sans sécu, sans code du travail …). On se rapproche de l’idéal des pédago-uriagistes reconvertis à la Libération dans « l’éducation populaire ».

« L’école de la confiance » de M. Blanquer a pour fonction principale, comme la « réforme » Savary, de briser le statut de la fonction publique. Ils le disent maintenant ouvertement. Ecouter ici :

 https://www.collegedesbernardins.fr/content/scenarios-pour-une-nouvelle-ecole

Monsieur Blanquer est membre du « comité de Parrainage, du « collège » auprès de M. Delors et de quelques-unes des plus grosses fortunes de France dont le patron du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux.

Bilan d’un fiasco.

D’une « chance historique », nous sommes passés à une farce historique. L’historien catholique René Rémond, favorable à la « réforme » avait écrit dans le quotidien La croix du 22 juin 1984 :

«  Il faut bien voir d’où l’on vient. La doctrine officielle de la gauche entre 1879 et 1981 était que l’Etat ne peut subventionner un enseignement confessionnel sans contrevenir à la laïcité. Or, en inscrivant et sans doute de façon irrésistible, le principe de l’aide publique à l’enseignement privé, la gauche a consenti à la maxime qui résume (qui résumait !) depuis un siècle sa doctrine : A écoles publiques, fonds publics, à écoles privées, fonds privés.

« Il ne faut pas oublier non plus qu’en 1960 l’ensemble des partis de gauche ont donné leur accord au serment du Comité National d’Action Laïque (C.N.A.L.) d’abroger la loi Debré.

« Or la loi Savary ne l’abroge pas et même, elle s’inscrit dans son prolongement, puisque, sans parler du caractère propre, qui est une périphrase, elle reconnaît la possibilité d’un projet confessionnel et spirituel » au sein du grand service public unifié.

« Je trouve que du point de vue des rapports entre l’Eglise et la société, c’est un pas considérable ».

René Rémond ne boude pas son plaisir. De son point de vue, il n’a pas tort. Mais il se désole de l’incapacité du front uni de gauche à mener l’estocade jusqu’à son terme.

Les plus chauds militants de la cause communautaire et rénovatrice cités plus haut, Lustiger, Guiberteau, Madelin déversent eux-aussi leur amertume.

Le chanoine Guiberteau : interview au quotidien, le 22 mai 1984 :

Question : revenons à cette chance historique dont vous avez parlé. Pensez-vous qu’elle existe toujours ?

Réponse : J’avais parlé de chance historique dans la mesure où un gouvernement de gauche pouvait régler, et il était peut-être le seul à pouvoir le faire, étant le mieux placé pour convaincre les laïcs. Il s’est avéré que les résistances ont été beaucoup plus vives que je ne l’escomptais ».

Résistance … elle s’est traduite par la constitution des syndicats F.O. dans l’enseignement.

Les vaincus de Vichy ont cru en 1982, à une seconde chance. Ils ont pensé faire passer le corporatisme par la « gauche » (6). Ils ont échoué, mais pas renoncé. Ils endossent désormais, pour faire nouveau, pour abuser notamment les plus jeunes, le treillis du corporatisme vert.

Le 14 juillet, Mitterrand annonce l’abandon du projet Savary. Mauroy s’en va, remplacé par Fabius. Savary est remplacé par Jean Pierre Chevènement le 19 juillet 1984.

Celui-ci, pour calmer le jeu, multiplie les déclarations rassurantes. Le mot « instruction » remplace même à l’occasion le terme « éducation » cher aux totalitaires. Pourtant, le ministre s’empresse d’aggraver les prérogatives des conseils d’école …

Les universités ne sont pas épargnées. Dans le Monde du 1er mars 1986, Chevènement écrit :

« Les universités, en accroissant leur ressources propres – contrats avec les entreprises, droits d’inscription etc – pourront conquérir une plus grande autonomie ». Voilà une orientation qui s’inscrit dans le prolongement de la loi E. Faure d’après mai 68 ; ce qui marque bien, au-delà des professions de foi des uns et des autres, la continuité des politiques des ministres de la Vème république.

Nul doute que la fermeté, la clarté des positions affirmées à l’époque, tant au plan confédéral qu’au niveau des différentes fédérations et syndicats, ont contribué au développement d’une fédération FO de l’enseignement à qui il revient maintenant d’occuper la première place.

Document : Alexandre Hébert.

Il est dans l’article ci-dessous, question de Michel Bouchareissas, responsable national du C.N.A.L. (Comité National d’Action Laïque) qui restera celui qui aura intégralement « viré sa cuti » en un temps record. C’est lui que l’appareil de la F.E.N charge de mettre la section S.N.I 44 au pas lors d’une mémorable assemblée générale aux Marsauderies. Il reprend à son compte les pires vieilleries pétainistes opposant « éducation » à instruction. Les adeptes de la « révolution communautaire » réunis au Mont-Dore en avril 1943 affirmaient eux-aussi :

« Le but de l’enseignement sera moins d’inculquer des connaissances que de découvrir et de développer la possibilité de chacun, c’est-à-dire de favoriser le développement de chacun et d’orienter le caractère » … pour le … bien commun.

L’Ouest-syndicaliste 15 février 1984 Union départementale CGT-FO de Loire-Atlantique

POUR QUI SONNE LE C.N.A.L.?

Notre organisation a condamné sans la moindre ambiguïté la politique scolaire développée depuis 1981 par Savary (et qui reprenait en les aggravant les projets de l’ancien gouvernement). Elle a dénoncé le contenu des rapports Savary-Legrand qui tendent à organiser la destruction de la laïcité de l’État et de l’École.

Il ne s’agit pas simplement d’un problème «idéologique» mais, comme diraient les néo-socialistes, d’un: «choix de société». L’école de Jules Ferry s’assignait comme objectif et comme seul objectif la transmission du savoir en dehors de toute considération politique, philosophique et religieuse. La gestion tripartite de l’école, prévue par MM. Savary-Legrand et qui, de fait, place l’école et les enseignants sous le contrôle d’un cartel d’organisations et de personnalités chargées d’élaborer un «projet éducatif» incluant notamment la «dimension spirituelle» auquel l’enseignant serait tenu individuellement d’adhérer, est aux antipodes de l’idéal laïque auquel des générations d’enseignants ont consacré leur existence. Il ne faut pas se le dissimuler: la laïcité de l’État et de l’École, compte tenu des traditions historiques de notre pays, constitue le fondement même de la démocratie. Y toucher, comme veulent le faire MM. Savary-Legrand, c’est remettre dangereusement en cause l’équilibre démocratique.

Nous assistons aujourd’hui à une sorte de perversion des institutions, notamment les institutions laïques et c’est ainsi que le Comité National d’Action Laïque (C.N.A.L.), dont le secrétaire général est Michel Bouchareissas, devient le champion de projets qui tendent à détruire purement et simplement l’enseignement laïque en France. Certes, nous savions déjà qu’on peut trahir le socialisme au nom du socialisme, la laïcité au nom de la laïcité, mais lorsque Michel Bouchareissas, au colloque organisé par le Grand Orient de France déclare:

« (…) Ne sont pas innocents ceux qui prônent une école pour l’instruction mais non point pour l’éducation. Ils existent toujours, regardez autour de vous. Pas plus que n’étaient innocents ceux qui depuis 20 ans, comme l’a fort bien dit Alain Moussoux, ont aseptisé programmes et objectifs et ont peu à peu réputé subversif voire politique donc inacceptable et nocif, ce qui ne touchait pas strictement à l’instruction, c’est-à-dire aux idées reçues et aux images rassurantes et, le plus souvent flatteuses, pour un nationalisme étroit en matière d’histoire, c’est-à-dire la seule transmission des savoirs. Car, ainsi, l’éducation échapperait à la responsabilité de l’école publique et serait le domaine exclusif de la famille, de l’État ou de la religion et, dans ces domaines, d’une école confessionnelle».

On remarquera qu’il oppose très consciemment éducation à transmission du savoir et que cette éducation, dans la bouche de Michel Bouchareissas, serait de la «responsabilité» d’une école qui, à la rigueur, pourrait être publique mais qui, diversifiée selon des projets «pédagogiques propres» ne serait plus laïque. En réalité le C.N.A.L., construit autour de la F.E.N. et des organisations qui en dépendent, se conduit aujourd’hui comme l’instrument privilégié de la mise en œuvre de la politique du pouvoir. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant qu’au moment où le gouvernement de «l’Union de la Gauche» doit affronter la classe ouvrière en lutte pour la défense de ses conditions de vie et de travail, Michel Bouchareissas propose: «de rassembler tous les responsables d’organisations laïques, celles du C.N.A.L. et celles des organisations de soutien, politiques, syndicales et philosophiques, en une réunion nationale. Autrement dit l’équivalent du tripartisme pour la gestion et la main-mise des entreprises».

Rappelons que jusqu’à une date récente, notre organisation faisait partie des organisations «de soutien». La manœuvre est évidente… Michel Bouchareissas vole au secours du gouvernement en essayant de rassembler, par le biais du C.N.A.L., une force de soutien à l’ensemble de la politique gouvernementale et, pour ceux qui en douteraient, il suffit de savoir que, pour ânonner cette réunion, le secrétaire général du C.N.A.L. a choisi (et ce choix n’est assurément pas innocent!) «Révolution», organe «théorique» du P.C.F. (1) qui nous apprend que, selon Michel Bouchareissas: «Le C.N.A.L. est une force de réflexions et de propositions autour de la recherche de ce qui rassemble alors que tout est fait pour diviser les Français. Le C.N.A.L. est donc tout le contraire d’une citadelle. Ses propositions sont connues, elles vont dans le sens de la compréhension mutuelle, de la paix sociale, de la paix scolaire. Heureusement que la France a le C.N.A.L.».

Autrement dit, alors que les travailleurs de la Fonction Publique se préparent à manifester le 16 février devant le Ministère des Finances, Bouchareissas leur oppose le C.N.A.L. et sa «paix sociale». Les militants F.O. ne sont pas des va-t-en-guerre mais ils savent que la classe ouvrière ne se contentera pas de l’idéologie frelatée que lui propose Bouchareissas avec son union nationale, «son école ouverte sur la vie», ses «projets éducatifs» débouchant sur la «paix sociale». Avec notre organisation, elle s’apprête à engager le combat contre la politique scolaire du gouvernement, contre sa politique économique et sociale et ce n’est pas le misérable bouclier brandi par Michel Bouchareissas qui pourra faire obstacle à la volonté de millions et de millions d’hommes condamnés par la politique de déflation du gouvernement, à se battre pour leur survie! Il faut dire également qu’en dépit des manœuvres d’approches dont elle aurait fait l’objet de la part du C.N.A.L. et de son secrétaire général, il serait impensable que notre organisation puisse se déjuger en participant à la mascarade pro-gouvernementale que le C.N.A.L. et ses alliés du P.C.F. organisent pour le 18 mars 1984.

Alexandre HÉBERT.

9 mai 1982. Meeting du Bourget. Bouchareissas au micro. Des dizaines de milliers de militants, syndicalistes notamment attendent des responsables des organisations censées mettre en œuvre les résolutions du serment de Vincennes, des engagements fermes. Mauroy déclare : « je savais bien que nous nous comprenions tous ici ! ».

  1. C’est le ministre de l’Education nationale René Haby (de mai 1974 à avril 1978) qui avait institué les comités de parents. La F.E.N. et toute la « gauche » politique trouvaient son projet trop timoré. La revue du S.N.I « l’école libératrice » s’illustre tout particulièrement, à la stupéfaction de nombreux syndiqués.

Le quotidien clérical Ouest-France annonce le 9 juin 1984 :

« Le ministère de l’Education Nationale a présenté à la presse deux avant-projets de décrets relatifs à la participation dans les écoles (…) les conseils d’école devraient ainsi être expressément consultés sur toutes les questions intéressant la vie de l’école ». Pour la C.F.D.T.  la F.E.N, et une partie de l’appareil confédéral de la C.G.T., c’est bien, mais ça ne va pas encore assez loin.

C’est la loi scélérate d’orientation Jospin de 1989 qui rend obligatoire la participation des enseignants aux réunions des conseils d’école.

  1. La première, c’était le régime de Pétain.

  2. Le dernier quarteron de Vichystes réunis au Mont-Dore du 10 au 14 avril 1943 édite un document intitulé : « vers la révolution communautaire ». On y dit que « la personne » n’existe pas en dehors de l’appartenance aux « communautés » : la famille, l’entreprise, les régions, (et les « pays »), la patrie, l’Empire. Et bien sûr les « communautés éducatives », auxquelles « il faut une liberté accrue, dégagées des contraintes administratives et des institutions contraires à leur épanouissement », d’où la décentralisation et le  régionalisme forcené de Vichy, (incarné plus tard par la « deuxième gauche » de feu monsieur Rocard) « Seuls, les ordres religieux » semblent des communautés « parfaites ». (P. 128).

C’est probablement l’avis de l’actuel ministre de l’Education nationale impliqué avant sa nomination dans les travaux de « recherche » du collège des Bernardins.

  1. Le 9 mars 84, Ouest-France titre : « Le PS 44 exclut ses déviationnistes ». Les gens de la C.F.D.T (et ses succursales) restent, en apparence, maîtres du terrain devenu depuis lors, un vrai champ de ruines.

  2. Ouest-France, 20 avril 1984 : « M. Edmond Maire, secrétaire général de la C.F.D.T. participera à la manifestation de défense de l’école publique et de la laïcité organisée à Paris par le Comité national d’action laïque, le 15 avril. De son côté, la C.G.T. a également annoncé la présence de son secrétaire général, M. Henri Krasucki à cette manifestation ».

Ce sont les militants du PCF de la F.E.N. qui étaient dès la fin des années soixante les plus farouches partisans de l’entrée de la C.F.D.T au C.N.A.L. Une position qui a eu des conséquences déplorables dans les rangs de la C.G.T.

  1. L’itinéraire du corporatiste colonel de la Rocque situé à « droite », voire, à « l’extrême droite » de l’échiquier politique, mérite d’être connu. En 1936, il dit : « nos idées sont à gauche ». après-guerre : « il ne peut être question pour nous d’appuyer des partis qualifiés de droite, encore moins de fusionner ».

Barre à gauche, donc : « Il fallait viser à constituer « un tiers parti, franchement républicain, très hardi au point de vue social ». autrement dit, à la libération, cette orientation pouvait conduire soit :

  • Vers le MRP où étaient recyclés nombre d’ex pétainistes.

  • Vers l’UDSR où se trouvait alors l’heureux titulaire de la francisque François Mitterrand. En juillet 42, l’individu écrivait à propos des Auvergnats qu’il avait croisé à la «messe dominicale» : « Quelle différence les sépare des porcs, sinon ce qu’ils ratent? », et de s’écrier: «Au diable les écoles communales!». (Cité par A. Hébert).

  • Ou, vers une nouvelle troisième voie : le ralliement au gaullisme « de gauche » porteur du principe de la « participation » et de « l’association capital-travail ». 

Autant d’orientations qui paraissaient dans la ligne exacte des orientations dessinées par La Rocque (Selon les termes de Jacques Nobécourt : de La Rocque ou les pièges du nationalisme chrétien, page 940).

La marche en avant vers la « révolution communautaire » et corporatiste s’est pour l’instant heurtée à la résistance du mouvement ouvrier.

Les « marcheurs » du XXIème siècle ont pour fonction de réussir là où leurs prédécesseurs ont échoué.

En 2019 comme en 1982, les militants syndicalistes n’ont rien à faire avec ces gens-là, sauf à bafouer les principes les plus élémentaires des fondateurs de notre C.G.T. des congrès de Limoges (1905) et d’Amiens (1906).

J.M septembre 2019.

chaud ! chaud ! chaud !

Pour la sauvegarde de tous nos régimes de retraites, tous à Paris le 21 septembre 2019

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