C’était un secret de polichinelle. Sans surprise, le groupe coréen STX Offshore et Shipbuilding, au bord de la faillite, a confirmé le 8 septembre la mise en vente du chantier naval de Saint-Nazaire, dont il est l’actionnaire majoritaire (66,6%) depuis 2008. La maison-mère, qui croule sous 243 millions d’euros de dettes, a un besoin urgent de liquidités.
Son objectif est d’avoir bouclé la vente avant la fin de l’année. STX recevra les offres des acheteurs potentiels en octobre et choisira son candidat en novembre. Ce sera la troisième cession du site en dix ans.
Trois repreneurs potentiels
Le chantier naval de Saint-Nazaire, qui emploie 2500 salariés, a un savoir-faire convoité. En mai dernier, il avait livré l’Harmony of the Seas, le plus gros paquebot du monde. Et avec quatorze paquebots à construire, son carnet de commandes est plein pour dix ans.
L’État français, actionnaire minoritaire (33,3%), a un droit de regard sur tout changement d’actionnaire et une minorité de blocage. A la recherche d’un repreneur, il serait notamment en négociation avec trois candidats potentiels : l’italien Fincantieri, le néerlandais Damen, et le groupe asiatique Genting Hong-Kong.
Le dernier chantier naval de France
« Nous ne voulons d’aucun d’entre eux », prévient Nathalie Durand-Prinborgne, déléguée FO au chantier naval de Saint-Nazaire. L’italien, un concurrent direct de STX, a passé un partenariat avec la Chine en lui cédant une partie de son savoir-faire. Le candidat asiatique fait, lui aussi, courir le risque d’un transfert de technologies qui condamnerait à terme le chantier naval français. Quant au Hollandais, qui intervient également dans le domaine de la défense, il entrerait directement en concurrence avec le groupe français DCNS, spécialiste des navires militaires et avec qui STX collabore depuis des années. « Si nous ne pouvons plus travailler avec DCNS, ça pose problème », ajoute la déléguée FO.
Pour assurer la pérennité du site et de tous les emplois, FO revendique sa nationalisation, ou au moins une prise d’actionnariat majoritaire de l’Etat, même temporaire. « Il faut sauver l’entreprise, nous sommes le dernier chantier naval de France, alors que nous avons la deuxième surface maritime au monde après les Etats-Unis », poursuit la déléguée FO.
Les salariés inquiets
Dans un courrier daté du 25 août 2016, (voir article ci-dessous) la section syndicale FO du chantier naval, avec l’union départementale de Loire-Atlantique et le syndicat de la métallurgie de Saint-Nazaire, demandaient à être reçus dans les meilleurs délais par le Premier ministre Manuel Valls. Toujours dans l’attente d’un rendez-vous, ils ont réitéré leur demande début septembre auprès du préfet.
« Il nous a assuré que le dossier est suivi de très près par le gouvernement, mais nous voulons dire de vive voix à Manuel Valls ce que nous pensons, ajoute Nathalie Durand-Prinborgne. Nous voulons aussi avoir des pistes, nous avons besoin de rassurer les salariés, ils sont très inquiets pour l’avenir. »
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Le 25 août 2016
FO appelle à la nationalisation du chantier naval STX de Saint-Nazaire

L’Harmony of the Seas est actuellement le plus grand paquebot au monde, sorti des chantiers STX France en mai 2016. Photo de kees torn (Harmony of the Seas) [CC BY-SA 2.0],via Wikimedia Commons
Le groupe coréen STX, actionnaire majoritaire du chantier naval de Saint-Nazaire, est au bord de la faillite. Il a jusqu’au 9 septembre pour présenter son plan de sauvetage à la justice de Séoul. Selon la presse coréenne, il serait en train d’organiser la vente de STX France. FO tire la sonnette d’alarme et en appelle à l’Etat.
Le carnet de commandes du chantier naval STX de Saint-Nazaire a beau être plein jusqu’en 2023, les salariés sont terriblement inquiets. La maison-mère, le groupe coréen STX Offshore and Shipbuilding, qui possède les deux tiers du site, a jusqu’au 9 septembre pour présenter un plan de sauvetage crédible à la justice. Placé en redressement judiciaire en juin dernier, il risque la mise en liquidation.
Selon le site d’information Business Korea, le groupe, lourdement endetté, aurait été autorisé par la justice à mettre en vente STX France, dont l’État français est également actionnaire à hauteur de 33,3 %. Il devrait nommer d’ici à la fin du mois d’août un spécialiste de la fusion-acquisition pour gérer l’opération.
Des savoirs-faire convoités
« C’est la troisième fois que nous sommes mis en vente en trois ans, explique Nathalie Durand-Prinbrogne, déléguée FO au chantier naval de Saint-Nazaire. Mais de plus en plus de créanciers se manifestent auprès de STX Corée, il lui faut des liquidités. Le groupe sera peut-être moins regardant que précédemment sur les propositions et pourrait favoriser une vente rapide, quel que soit le repreneur. »
Plusieurs noms d’acquéreurs potentiels circulent, notamment une entreprise chinoise. « Nos savoirs-faire sont convoités, s’alarme la déléguée FO. Les repreneurs potentiels pourraient être tentés par des transferts de technologie qui condamneraient à terme les chantiers navals français. »
Un droit de regard de l’État
Le chantier naval, fleuron économique de la région, a le vent en poupe. En mai dernier, il avait livré l’Harmony of the seas, le plus gros paquebot du monde. En quatre ans, les effectifs sont passés de 2000 à 2500 salariés. L’armateur américain RCCL a notamment signé au printemps pour trois paquebots, représentant 22 millions d’heures de travail et 2 milliards et demis d’euros.
En tant qu’actionnaire minoritaire, le gouvernement a un droit de regard sur tout changement d’actionnaire et une minorité de blocage. « Mais il ne peut pas tout refuser, ou c’est à lui de trouver un repreneur », poursuit Nathalie Durand-Prinborgne.
FO demande à être reçue par Manuel Valls
La section syndicale FO du chantier naval, avec l’union départementale de Loire-Atlantique et le syndicat de la métallurgie de Saint-Nazaire, exigent une « intervention urgente » de l’État pour assurer la pérennité du site et de tous les emplois.
Dans un courrier qui devait être adressé le 25 août au Premier ministre Manuel Valls, ils demandent la nationalisation ou, à défaut, une prise d’actionnariat majoritaire pour garantir l’avenir du chantier naval. Ils souhaitent également la mise en place d’« une véritable politique industrielle permettant de maintenir le niveau de commandes actuel ». Ils demandent à être reçus dans les meilleurs délais.
