>Histoire

23 / 06 / 2019

Unions départementales (et locales) et fédérations toujours dans le collimateur !

Le 16 août 1940 : le sous-ministre du travail René Belin acte la dissolution de la CGT. Vichy ne peut supporter l’existence d’une confédération ouvrière.

Le décret qui promulgue la dissolution a un caractère particulier :

  • Il ne remet nullement en cause l’existence de syndicats d’entreprise.

  • Le sort réservé aux Unions départementales n’est pas défini.

L’article 41 admet l’existence de problèmes ayant un « caractère interprofessionnel ». Mais, il est clair pour les corporatistes de l’époque, toutes nuances confondues – que les questions se règlent :

1 Au niveau de l’entreprise, comprise comme une « communauté » d’intérêts communs.

2 Au niveau local et régional. « Les questions interprofessionnelles sont exclusivement traitées par les bureaux des comités sociaux des familles professionnelles ( … ) il est formé un comité social interprofessionnel dans chaque région ( … ) les comités sociaux interprofessionnels locaux seront créés progressivement par arrêté du secrétaire d’Etat au Travail ».

Déjà, le culte de l’entreprise et des « territoires »

Vichy a fait des émules, à « droite » et à « gauche ».

Les UD : un poison pour vichy.

Officiellement les UD (et UL) existent toujours.

Il faudra attendre une circulaire datée du 28 janvier 1941 pour avoir cette précision :

« Les Bourses du travail continuent à avoir une existence légale. Les militants ne (devant) pas être frappés ». On sait ce qu’il en a été.

Les militants qui n’ont pas accepté le discours ambiant – on désapprouve mais on ne peut pas faire autrement, il faut s’adapter, être pragmatique etc – prennent position. Citons d’eux d’entre eux et non des moindres : Robert Bothereau et Louis Saillant.

Robert Bothereau. Secrétaire général de la CGT-FO de 1948 à 1963. POUR Bothereau, « la revendication, c’est le moteur du progrès ». Pour Pétain et ses corps intermédiaires, « l’esprit de revendication retarde les progrès que l’esprit de collaboration réalise ». (Principe de la Communauté : point v). Les quarante associations, « syndicats » regroupés autour de la CFDT, de la fondation Hulot et du secours catholique, n’ont rien inventé …

Robert Bothereau sera le 1er secrétaire général de la CGT-FO. Louis Saillant est alors un proche de Léon Jouhaux. Ils estiment que le silence de la Charte sur les UD équivaut à leur disparition. « La Charte du travail ne parlant pas des UD pose légalement la question de leur disparition », ce qu’ils n’acceptent pas.

Bien sûr, les sollicitations sont nombreuses. Le ministre du travail Hubert Lagardelle (ex syndicaliste, lui aussi) tente d’approcher Saillant ; sans succès. Saillant écrit :

« Ce que nous réprouvons dans la Charte : soumission discrète mais significative du social à l’économique, assujettissement de la vie syndicale et du syndicat à l’économique, émiettement et dislocation de la vie syndicale ouvrière ; suppression des UL et des UD, confirmation de la dissolution confédérale, affaiblissement accentué des fédérations au profit des comités sociaux nationaux » ((4 juin 1943).

La non-dissolution officielle des UD et fédérations ne peut masquer la réalité de la violence de la lutte des classes. Le secrétaire de l’union locale de Nantes, Gabriel Goudy fut déporté à Dachau.

L’historien Jean-Pierre le Crom a consacré une étude au fonctionnement et à l’activité de l’UL de Nantes pendant la guerre. Il écrit :

« Une partie assez importante de l’activité du secrétaire de l’union locale de Nantes consiste à participer au fonctionnement de diverses commissions consultatives dont on ne sait pas toujours si elles préexistent à la guerre et à l’Occupation ou si elles en émanent ». Différentes sortes de « bidules » sont institués ; il s’agit de bavarder sur l’indice du coût de la vie, les allocations de chômage, la répartition de la main-d’œuvre ou encore, la résorption du chômage … on voit que la méthode a fait sous la Vème république notamment, des émules, à « droite » comme à « gauche ». (Les bavardages sur la « transition écologique » ne sont pas encore à l’ordre du jour).

Mais, nous dit Le Crom, le camarade Goudy, « oppose une fin de non-recevoir aux demandes qui lui sont adressées ». Pas question de jouer au « corps intermédiaire » !

La sanction est immédiate. , le 31 janvier 1944, Goudy est arrêté dans son bureau de la Bourse du travail et déporté à Dachau. (Source : JP Le Crom, « la vie syndicale à Nantes et à Saint-Nazaire pendant l’occupation », P.383 à 400, dans : « le syndicalisme dans la France occupée », sous la direction de Danielle Tartakowsky).

Evidemment l’activité syndicale proprement dite se limite à bien peu de choses. Le courrier est maigre : « quelques demandes de renseignements portent sur la retraite des vieux travailleurs, l’obligation de réembauchage des mobilisés, le paiement des allocations familiales aux femmes de mobilisés, les salaires ou les congés payés ».

A Vichy, Belin se flatte d’avoir obtenu le maintien des unions départementales et des unions locales. En 1978, Georges Lefranc n’hésite pas à affirmer :

« Belin permet à un syndicalisme de se maintenir à un échelon local, fédéral et départemental ». (Source : préface à : du secrétariat de la CGT au gouvernement de Vichy, mémoires politiques de Belin).

« Obligé » de dissoudre la confédération, Belin aurait préservé l’essentiel. On connait la chanson …

A quoi bon ressasser ces vieilles histoires ? Elles ne présenteraient d’intérêts que pour les historiens et quelques curieux si les projets d’antan ne trouvaient, sans cesse renouvelées, de nouvelles applications, dans un contexte évidemment radicalement différent.

Louis Saillant, représenta la CGT (réunifiée) au sein du CNR, dont il prit la présidence.

Raymond Soubie pour une CGT « moderne ».

CONTRIBUTION SUR L’ÉTAT DU MOUVEMENT SYNDICAL (Source site syndicollectif). extrait.

Dans une longue tribune Christian DELLACHERIE, ancienne « plume » de Bernard Thibault, ancien conseiller Cgt au Conseil Économique Social et Environnemental, tire la sonnette d’alarme sur l’état du mouvement syndical français en général et de la Cgt en particulier.

(Dellacherie : « ( …) , en avril 1983, il rejoignit le cabinet du ministre (PCF) des Transports Charles Fiterman comme conseiller technique ». Source : le Maitron). Il y accompagne la politique de « rigueur » du gouvernement CFDT-Delors. Ceci, le Maitron ne le dit pas.

« 13 ans se sont écoulés depuis le congrès de Lille, 7 ans depuis le congrès de Toulouse, mais l’adaptation des structures de la CGT se trouve pourtant sans cesse remise au lendemain, comme en témoigne encore une fois le 52ème congrès avec l’abandon en rase campagne du renforcement du rôle des comités régionaux, pourtant considéré par la direction confédérale comme « une goutte d’eau par rapport aux évolutions nécessaires ». Et la « plume » de B. Thibault note :

« Comme le remarque judicieusement l’officine de Raymond Soubie : Sur cette question de l’organisation interne, les congrès se suivent et se ressemblent, avec une analyse assumée des difficultés mais une incapacité à mettre en œuvre une réforme des règles de fonctionnement.

La « plume » de Thibault estime judicieux l’avis du principal conseiller social de l’ex président Sarkozy, celui qui a monté en 2008 avec la CFDT et la CGT l’opération : nouvelle loi de représentativité, avec l’espoir un peu fou de « sélectionner » les deux syndicats tolérés (cf : interview croisée Berger-Thibault). et seulement deux, que revendique ouvertement le chef de la CFDT : Berger.

M. Soubie, la CFDT et une partie de l’appareil confédéral CGT estiment que, décidément, les UD et fédérations sont trop souvent des empêcheurs de cogérer en famille. Il conviendrait donc de les placer sous la tutelle de bidules régionaux : les comités régionaux. Tel était le plan pour démolir la CGT.

Il fallait modifier en profondeur les structures de la confédération pour la rendre compatible avec les besoins et exigences de l’Union européenne.

« la bande des quatre » : N. Sarkozy, R. Soubie, B. Thibault, au fond, F. Chérèque (CFDT) tout heureux d’avancer ses pions.

Ils voudraient nous faire croire que c’est moderne, que c’est pour s’adapter au « nouveau marché du travail », à l’ubérisation etc.

L’ubérisation en moins, les vichystes de tous bords expliquaient déjà à peu près la même chose.

L’affaire a mal tourné pour ceux-là. …

Les délégués du congrès de la CGT ont remis, sur cette question, les pendules à l’heure.

A l’inverse de M. Soubie et de ceux dont il sert loyalement les intérêts, on ne peut que s’en féliciter.

JM juin 2019

chaud ! chaud ! chaud !

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