Les trois quarts des emplois sont des postes de salariés du privé en contrat à durée indéterminée (59 %) ou des fonctionnaires (17 %) selon les données 2014 de l’Insee. 12,3 % des emplois sont précaires, ce qui représente 3,2 millions de personnes, principalement des contrats à durée déterminée (7 % du total des emplois) et des intérimaires (2,1%).
Ces données sont discutables. Les apprentis et une partie des contrats aidés reçoivent une formation, il est possible de les compter à part, même si leur contrat de travail est bien précaire. En revanche, elles n’intègrent pas les précaires non salariés, dont on sait pourtant qu’un certain nombre vivotent au gré des contrats. Elles masquent aussi le fait que, malgré leur CDI, une partie des salariés les moins qualifiés, notamment dans les PME, sont très peu protégés des fluctuations économiques. Enfin, ces données moyennes cachent l’impact de la précarité pour les jeunes.
Dans une période de chômage de masse, le statut de la fonction publique et le diplôme constituent une protection essentielle, qui permet de se projeter dans l’avenir. La précarisation ne frappe pas l’ensemble du marché du travail. Celui-ci se fissure en deux univers opposés : des instables qui passent de CDD en intérim (surtout des jeunes peu qualifiés) et des salariés qui occupent des emplois stables (fonctionnaires, salariés qualifiés).
L’évolution de la précarité de l’emploi
Le taux de précarité (CDD, intérim et apprentissage rapporté à l’emploi total des 15 ans et plus) a essentiellement augmenté entre 1982 et 1990, avec un taux qui est passé de 5,3 à 7,7 %, puis de 1993 à 2000 (de 8 à 11,9 %). Après avoir baissé d’un point jusqu’en 2003 pour atteindre 10,9 %, il est en 2013 de 12 %. Il faut noter qu’en période de crise conjoncturelle, l’emploi précaire diminue dans un premier temps (11,4 % en 2009) : les intérimaires et les contrats à durée déterminée ne sont pas renouvelés et se retrouvent au chômage. C’est dans les premiers temps des périodes de reprises, ou quand l’emploi se fait rare de façon structurelle, que la précarité se développe : le taux s’élève à 12 % depuis 2011.
Un million de travailleurs pauvres en France
Observatoire des inégalités, le17 décembre 2015 – Un million de travailleurs vivent avec à peine plus de 800 euros par mois notamment du fait du temps partiel contraint.
Les travailleurs dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté
Un million de personnes exercent un emploi mais disposent, après avoir comptabilisé les prestations sociales (primes pour l’emploi, allocations logement, etc.) ou intégré les revenus de leurs conjoints, d’un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, fixé à la moitié du revenu median. On en compte 1,9 million au seuil de 60 %. Au total, si l’on totalise l’ensemble des personnes qui vivent dans un ménage pauvre (dont le chef de famille dispose d’un emploi), conjoints et enfants compris, entre 2 et 3,9 millions de personnes sont concernées.
Même en utilisant la définition la plus restrictive, un million de personnes vivent avec un peu plus de 800 euros par mois pour un adulte seul alors que ces personnes ou leurs parents exercent un emploi. Ce phénomène de travailleur pauvre résulte de plusieurs facteurs. D’abord, de la faiblesse des salaires dans de très nombreux secteurs et notamment du niveau du salaire minimum. Ensuite du temps partiel, qui réduit en proportion les niveaux de vie. Enfin, du fractionnement des emplois : petits boulots, alternance de phases d’emploi et de chômage ou d’inactivité.
