>Histoire

27 / 10 / 2018

« La sécu, elle est à nous … ! » (Novembre-décembre 1995) pour le retrait du Plan Notat (CFDT)-Juppé. 1/4

La Sécurité sociale consacre la mort de l’action charitable, c’est le triomphe de la solidarité ouvrière, c’est aussi la reconnaissance de l’existence de classes sociales aux intérêts contradictoires et irréconciliables.

Ambroise Croizat, le « père » de la Sécu ? Histoire d’une falsification (1/4).

Introduction

Simple propagande ou histoire véritable du mouvement ouvrier ?

« On lui devait tout : le Sécu, les retraites, les conventions collectives, la prime prénatale, le statut des mineurs et des électriciens et gaziers, les Comités d’entreprise, la médecine du travail … »

Diable ! Tant de choses méconnues, quelle injustice !

Ce florilège, on le trouve dès la page 16 du livre de Michel Etiévent : « Ambroise Croizat ou l’invention sociale ». (250 pages, éditions GAP). Qui est Ambroise Croizat ?

Militant de la CGT, Croizat est un dirigeant de la Fédération de la métallurgie. Comme quelques autres plus ou moins illustres, il abandonne le combat syndical pour se consacrer au service exclusif de son parti, le PCF.

Bien sûr, chacun est libre de ses choix. Notons quand même que les militants syndicalistes qui se découvrent une vocation ministérielle accompagnent toujours cette conversion de quelques reniements de plus ou moins grande ampleur. Le champion en la matière reste incontestablement René Belin, ex « N° 2 de la CGT », pourfendeur de la Charte d’Amiens qu’il estimait « dépassée », Belin co auteur de la Charte du Travail de Vichy.

Le 1er juillet 1945, la CGT annonce 5 400 000 adhérents dont 912 000 pour la fédération de la métallurgie. : 40 fédérations, 92 UD et … 8 Unions dites « coloniales » … Cette force considérable, la confédération entend la mettre au service de l’Etat en reconstruction. Une déclaration commune CGT et CFTC du 18-07-1944 proclame : « Lorsque votre localité ou votre région est libérée, reprenez le travail selon les instructions qui vous seront données par les autorités françaises nommées par le gouvernement provisoire de la République … présidé par Charles de Gaulle ».  L’appel se caractérise par ce fait majeur qu’il ne contient aucune revendication conforme aux intérêts particuliers des salariés.

Parmi les faits d’armes de Croizat, M. Etiévent note : les Comités d’entreprise. Voilà une indication intéressante. Les Comités d’entreprise furent installés par de Gaulle. De Gaulle considérait que « l’œuvre sociale » de Vichy « n’était pas sans attrait » … il précisait : la « Révolution nationale, la Charte du travail et la politique de la famille ». Il l’écrit dans ses «Mémoires ».

Les comités d’entreprise avaient pour vocation de prolonger les Comités sociaux de Vichy. Qu’ils n’aient finalement pas assumé cette fonction est une autre histoire. Alors, placer sur le même plan la sécu etc et les Comités d’entreprise, il faut oser !

Sur le site  » memento CE, le guide pratique, CE, DP, CHSCT /CSE », on lit :

« Si le CE, et désormais CSE a deux rôles, social d’un côté, économique de l’autre, il a aussi deux dates de naissance ; le 4 octobre 1941 (Charte du travail) et le 22 février 1945 (jour de parution de l’ordonnance relative à la création des CE). Le CE est ainsi le reflet d’un des nombreux paradoxes de l’Histoire de France ». Paradoxe ? Non, continuité voulue par de Gaulle.

Loi portant sur la création des CE, exposé des motifs « ( … ) L’institution de Comités d’entreprise est une réforme économique et sociale importante. Elle doit être le signe de l’union féconde de tous les éléments de la production pour rendre à la France sa prospérité et sa grandeur » … c’est l’association Capital-travail, entreprise par entreprise.

Les conventions collectives « oubliées ».

La généralisation des conventions collectives est, on le sait, l’une des grandes conquêtes de la classe ouvrière arrachée par la grève générale de mai-juin 36. Dès la déclaration de guerre, en 39 les conventions collectives sont « suspendues ». En Allemagne, elles le sont depuis janvier 1934. Selon le gouvernement Daladier, leader du parti radical (un des piliers du Front populaire), la guerre des classes n’existe plus en temps de guerre. Seule, reste la guerre, tout court.

Les libertés démocratiques, essentiellement les droits syndicaux sont suspendus. C’est une première version de « la France (unie) qui gagne » … ou pas.

Il faut bien admettre que les commentateurs les plus divers omettent de signaler qu’à la Libération, le gouvernement d’union sacrée a soigneusement « oublié » de rétablir ces conventions collectives qui permettent d’unifier dans une même branche les revendications des travailleurs.

Le 30 juin 1946, un décret prolonge même la suspension des conventions collectives pour un délai de 6 mois ! Voilà de quoi réjouir les patrons, qu’ils soient « patriotes » à la mode du PCF ou d’anciens collaborateurs avérés.

Cela n’empêche pas la multiplication des grèves partielles. « Dans la plupart des cas, elles sont rapidement victorieuses ». (Source : Daniel Renard, cinq ans de luttes de classes, 1944-1949, brochure de 80 pages éditée par le C.E.R.M.T.R.I.).

Certes, le patronat apprécie les efforts des directions PCF et PS pour contenir les revendications ouvrières, notamment salariales, mais n’en demeure pas moins sur ses gardes. Mieux vaut intelligemment lâcher du lest afin d’éviter l’explosion sociale que les ministres ex syndicalistes ne pourraient pas contrôler.

Et bien sûr, six mois supplémentaires sans convention collective, c’est autant de gagné ! En Allemagne, à la même époque, une grande partie de l’effort des militants syndicalistes qui reconstituent le D.G.B porte précisément sur le rétablissement des conventions collectives. Notons qu’Annie Lacroix-Riz indique dans son livre, la CGT, de la Libération à la scission, page 108 : « La tendance minoritaire, « réformiste » revendique bruyamment le retour aux conventions collectives ». Bruyamment, est-ce si gênant ?

Thorez : « il est impossible d’approuver la moindre grève ». (21 janvier 1945, discours de Waziers devant l’assemblée des mineurs en grève.

Le dirigeant CGT-PCF ; Gaston Monmousseau applique la consigne : « Il ne se retrouve plus personne pour revendiquer des thèmes anarcho-syndicalistes ( … ) c’est à la lumière de la théorie marxiste-léniniste-stalinienne que la classe ouvrière a pu organiser … la guerre de libération nationale ( … ) en plaçant au premier plan la question de la renaissance française et de la démocratie ». (Source : « Servir la France », septembre 45).

Le secrétaire général du PCF M. Thorez, multiplie les meetings devant les mineurs. Il faut produire pour reconstruire l’Etat : « un seul Etat, une seule armée, une seule police ». L’heure n’est pas à revendiquer. « La grève, c’est l’arme des trusts ». Une brutalité qui réjouit le journal patronal les échos.* A l’occasion du décès de Thorez (1964), de Gaulle lui rend cet hommage : « A une époque décisive pour la France, Maurice Thorez a, à mon appel et comme membre du gouvernement, contribué à maintenir l’unité nationale ». 

Thorez, « le guide clairvoyant et ferme du parti communiste et du peuple français » selon une brochure de propagande destinée aux mineurs, consacre l’essentiel de son énergie à dénoncer les mineurs qui ne triment pas avec enthousiasme. Mais les Renseignements généraux du Nord déplorent « le manque d’ascendant et d’autorité des dirigeants communistes » sur les mineurs. Il est vrai que les travailleurs subissent le retour du travail à la tâche. « Dans certaines tailles, sur 15 ouvriers, 5 ou 6 travaillent au salaire individuel … les mineurs se dressent les uns contre les autres ».  A la grande satisfaction des chefs PCF de la CGT. (Source : l’espoir, journal local de tendance « socialisante »).

  • Hélas, Michel Etievent ne cite pas cet extrait du quotidien patronal du 7 février 1946, pourtant si révélateur : « Il n’y avait pas de mauvais défenseurs de bons principes. Si les communistes prennent partie contre le désordre, contre les grèves, contre les folles dépenses, le pire qui puisse arriver, c’est que tous les bourgeois deviennent communistes et les masses ouvrières anti-marxistes … »

Annie Lacroix-Riz affirme : « le mot d’ordre travailler d’abord, revendiquer ensuite, suscite des pratiques syndicales souvent peu nuancées … devant l’incompréhension des mineurs, le manque d’enthousiasme face à l’allongement de la journée de travail, une impuissance réelle amène les dirigeants cégétistes à affronter leurs mandants et à brandir parfois les foudres de la répression … certains délégués syndicaux auraient menacé de la prison les mineurs qui ne voudraient pas travailler ». (La CGT, de la Libération à la scission, page 77).

Croizat, « Ministre des travailleurs » ? (P. 111 à 170).

Il n’est pas possible dans le cadre de cette brève présentation de relever toutes les inexactitudes de ce chapitre, encore moins tout ce qui est consciencieusement passé sous silence.

On note (page 111) que Croizat « parcourt le territoire algérien » (les dates ne sont pas précisées, 1943, 1944 ?) afin « d’aider le parti communiste et les syndicats du Maghreb à se reconstituer ». En réalité, les staliniens mènent depuis le milieu des années vingt, une politique de plus en plus agressive à l’encontre des militants algériens syndicalistes qui militent aux côtés de Messali Hadj pour l’indépendance de l’Algérie. En 1937, c’est le PCF qui se montre le plus acharné à exiger l’interdiction de l’Etoile Nord-Africaine, interdiction qu’il obtient. Le 8 mai 1945, lorsque survient le massacre colonial de Sétif et Guelma, (45 000 morts) les dirigeants du PCF placent très loin le curseur de l’ignominie : les manifestants algériens, qui brandissent le drapeau de leur pays sont accusés d’être des agents hitlériens. M. Etiévent ne l’a pas remarqué. (Pour plus de précisions : voir, l’UD CGT-FO44, A. Hébert et la question coloniale).

Dans ce contexte où le PCF s’affirme comme le gardien de « l’Empire », M. Etievent n’hésite pas à citer, sans la moindre critique, ces propos éloquents de De Gaulle :

« ( … ) La France aura subi trop d’épreuves pour n’être pas résolue à de profondes transformations », c’est-à-dire, on l’a vu, une Charte du travail adaptée à la situation nouvelle.

( … ) Elle veut (la France unie !) que la conduite des entreprises (s’effectue) avec la participation des organisations de travailleurs ». (Page 115).

Cette nouvelle mouture du corporatisme que de Gaulle baptise « association Capital-Travail » ne semble pas gêner M. Etievent. Peut-être partage-t-il cette appréciation du Duc d’Elbeuf, « c’est avec du vieux qu’on fait du neuf » ? (J. Brel).

Puis l’auteur évoque la bataille de la production. Pour mettre l’économie capitaliste en marche, de Gaulle peut compter sur le PCF qui exerce sur la CGT une véritable chape de plomb.

Le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez multiplie les discours pour exhorter les mineurs à trimer toujours plus. Les salaires ne suivent pas. « Travaillez plus pour gagner moins ! » telle est la doctrine du gouvernement d’union sacrée de Gaulle-PS-PCF. Le mécontentement grandit. (De Gaulle démissionne début 1946). Les militants qui rechignent, contestent, ou même simplement, font part de leurs doutes, sont accablés de toutes les injures : « provocateurs » est le terme le plus souvent employé. M. Etiévent ne l’a pas remarqué.

Le « Programme » du C.N.R. concernant la Sécu revendique : « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’Etat ».

Gestion par l’Etat ? Ce n’est pas ce que revendiquent les militants syndicalistes …

Deuxième partie : Les salaires : de la rigueur, de l’austérité, de la patience … (2/4)

J. M Octobre 2018

chaud ! chaud ! chaud !

Arguments: ÉCOLOGISME ET « BIEN COMMUN »

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