>Histoire

16 / 04 / 2026

Robert Bothereau face à la marche à la guerre. Les syndicats et la guerre (22).

« La guerre n’est rien d’autre que la poursuite de la politique par d’autres moyens ». Carl von Clausewitz).

Robert Bothereau, Secrétaire général de la CGT-FO de 1948 à 1963, a écrit après-guerre une petite brochure intitulée : « le syndicalisme dans la tourmente, 1940-1945 » sous-titrée, « récit rapide de temps qui nous furent longs ». Un texte à relire attentivement.

Les libertés publiques menacées (1).

R. Bothereau rappelle : « Si l’Europe avait ses problèmes, la France avait les siens propres. De grosses tensions se manifestaient sur le plan national dont les conséquences allaient se répercuter au sein même de l’organisation syndicale … Bothereau rappelle les évènements de février 1934.

( … ) Il faut ici en quelques mots rappeler l’existence et puis l’action des « ligues ». Les ligues ? Un faisceau d’organisations fort diverses mais unies dans la prétention d’imposer à la France un gouvernement « fort ». En vérité, une entreprise factieuse menaçant les libertés publiques ».

Notre CGT, celle de Jouhaux, refusant une coupable « neutralité », avait su en accord avec la SFIO et sans violer les statuts confédéraux – bien au contraire, en les appliquant à la lettre – prendre ses responsabilités (2).

La marche à la guerre. Bothereau écrit : « Chacun sait que le syndicalisme français s’est toujours voulu pacifiste. Il fut même à ses origines violemment antimilitariste » et il indique :

« A son congrès de Rennes en 1898, la CGT demandait « un désarmement général … » (3).

Bothereau rappelle les grandes dates de la résistance syndicale à la marche à la barbarie. Puis,

« ( … )  En 1933, l’Europe et avec elle le monde entier entraient dans la période sombre qui préparait de nouveau la guerre. »

« En 1933, le Japon et l’Allemagne quittaient la Société des Nations. La course aux armements s’accélérait ».

Le budget de guerre, trois, quatre, cinq (ou plus encore) % du PIB ?

«  En Espagne, où la république allait s’effondrer sous Franco, intervenaient les puissances étrangères. L’Europe fasciste s’y faisait les griffes ». Les « démocraties » regardaient ailleurs. L’Empire britannique secondé par les milices sionistes, était tout occupé à réprimer la grève générale en Palestine.

Ouvertement, la guerre …

Bothereau : « En 1938, les choses se précipitent. Les dictateurs ne prennent plus la peine de déguiser leurs intentions ». Après Munich (les 29 et 30 septembre 1938), la Commission administrative de la CGT se réunit :

« L’accord ne peut se faire entre ses membres. Une majorité accepte un texte bâtard par lequel elle se félicite que ces accords aient évité le pire dans l’immédiat en suspendant la course à la guerre ».

Bothereau explique le rôle des « néos syndicalistes », les futurs collaborateurs du maréchal Pétain.

« En 1935 naissait animé par une équipe de militants de l’ancienne CGT groupée autour de René Belin, l’un des secrétaires adjoints, un nouveau journal intitulé «syndicats », … il visait en particulier à être l’organe des plus farouches partisans de l’indépendance syndicale. Sa ligne d’action reposait sur une double plateforme : l’indépendance et le pacifisme. Ceci n’avait à vrai dire rien d’original et répondait à la pensée profonde de nombre de syndicalistes … »

Ce sont ces militants de syndicats, champions d’une curieuse « indépendance syndicale » radicalement opposée à la Charte d’Amiens qui se placèrent au nom du « réalisme » à la remorque de Pétain, de sa « révolution nationale », de sa politique brutalement anti ouvrière et d’une politique raciste et antisémite totalement débridée.

Certains venaient de secteurs réputés très à gauche. Par exemple Hubert Lagardelle, successeur de Belin au poste de ministre du travail à Vichy, Lagardelle, admirateur de l’ex socialiste, Benito Mussolini. Son successeur, Jean Bichelonne était lui, un homme de droite ordinaire, qui a « glissé » comme beaucoup d’autres à la droite extrême. Son boulot ? accélérer la déportation en Allemagne dans le cadre du STO.

Le Comité confédéral national au pied du mur.

« Le Comité confédéral national (réunion des secrétaires d’unions départementales et de fédérations) réuni peu après Munich consacre six séances à l’examen de la situation internationale, l’Allemagne ayant envahi le territoire des Sudètes et vote une motion approuvant les instances confédérales d’avoir su traduire le souci du pays d’assurer la paix par les négociations et les pourparlers ».

« C’était, écrit Bothereau, une manière de colmater nos désaccords internes devant les lourdes responsabilités qui pesaient et allaient peser plus encore sur les militants confédéraux ».

(La fraction dirigée par le PCF se soumettait en toutes circonstances aux directives de la diplomatie du Kremlin, comme lors de la signature du pacte germano-soviétique).

Tout ceci dans un contexte où la préparation à la guerre se combinait inévitablement avec une violente offensive du gouvernement du radical Daladier, contre les acquis ouvriers, notamment ceux arrachés par la grève générale de mai et juin 1936 (4).

« Les choses peuvent aller vite dans un monde où triomphe la raison du plus fort. Elles allèrent vite en effet, et loin ».

Voilà un constat pertinent, et plus que jamais d’actualité.

Peut-il d’ailleurs en être autrement tant que durera le règne des impérialismes, fauteurs de guerres et de misère?

Les militants syndicalistes ont-ils d’autres alternatives que de se rassembler au plan international pour mettre en échec les politiques de guerre sociale et de guerres de la classe capitaliste ?

Le meeting de Londres le 20 juin sera une étape à ne pas manquer dans le combat syndical pour fédérer toutes les résistances.

  1. Vers « un nouveau régime d’exception ? » en complément du projet de loi liberticide Yadan. Source : vie publique. « un projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions », notamment quelques autres milliards supplémentaires – 36 milliards – non pour la « défense », mais pour la guerre prévoit aussi ceci : Selon vie publique, l’Assemblée nationale « doit examiner le projet de loi à partir du 4 mai 2026 ». de quoi s’agit-il ? 

« Un état d’alerte de sécurité nationale, un nouveau régime de défense et de sécurité nationale sera activable par décret du conseil des ministres sur toute partie du territoire national en cas de menace grave et actuelle pesant sur la sécurité nationale, notamment :

(Si) La continuité des activités essentielles à la vie de la Nation … »  est menacée.

Autrement dit, si des grèves – ou une grève générale – venaient à perturber l’effort de guerre, le « conseil des ministres » se réserverait le droit de déclarer l’état d’urgence, « un nouveau régime d’exception » comme le dit ouvertement « vie publique ».

  1. En Allemagne la politique de division forcenée de la direction du parti stalinien tout au long de l’année 1932 (au moins jusqu’à la grande grève des transports à Berlin en novembre) arrangeait bien les affaires de la direction social-démocrate qui ne voulait d’action commune réelle contre le fascisme, ni à la base ni au « sommet ». Les dirigeants de la grande confédération syndicale avaient eux, choisi de participer au 1er mai nazi en 1933 avant d’être les premiers occupants des premiers camps de concentration, dès le 2 mai. Le parti dit du Centre, parti catholique (il est toujours utile de ne pas le cacher), aura sans surprise voté les pleins pouvoirs à Hitler puisque désigné meilleur rempart au « judéo-bolchévisme ». Tels sont les faits. Il n’y a pas de « responsabilité collective » du peuple allemand. Par contre il y a bien une responsabilité collective de l’ensemble de l’ « arc » des « élites » réactionnaires

  2. Peut-être un vœu pieux ? Pour le moins une question discutable. Demander à l’impérialisme de cesser de planifier des guerres ? Et les chefs de guerre diraient : « oui, c’est vrai, vous avez raison, on arrête tout : les guerres, les conquêtes coloniales, les attaques contre la sécu, les retraites, le saccage des services publics, les lois anti immigrés et tout le reste et on négocie sur vos revendications ». Qui peut encore réellement y croire, en 2026, avec tout ce que l’on sait du passé ? et ce que l’on observe du présent …

  3. Et non des acquis octroyés par la grâce du gouvernement, comme le rappelle si justement André Bergeron :

« On ne peut pas dire que la CGT ait été à l’origine du mouvement (la grève générale) de juin 36 ; ça s’est fait spontanément. On a beaucoup parlé des quarante heures et des congés payés, mais cela ne figurait pas dans le programme du Front populaire. Blum les a proposés à la fin de la conférence de Matignon en espérant que cela calmerait le jeu.

Les évènements étaient tellement imprévus qu’il a fallu, je ne veux pas dire supplier, parce que le terme ne convient pas, mais il a fallu convaincre Jouhaux de rentrer à Paris ; il était à une réunion du Conseil d’administration du Bureau international du travail à Genève et, manifestement, il ne se rendait pas compte de la gravité de la situation ». (Source, interview dans : annales des mines, N°83, mars 2006).

Le patronat était affolé et suppliait Blum de faire le nécessaire pour stopper la grève comme le rappelle Blum lui-même lors du procès de Riom, en 1942 ; procès interrompu à la demande de l’occupant nazi. Tels sont les faits.

JM. 16-04-2026.

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