>Histoire

26 / 05 / 2018

Pour l’indépendance syndicale, pour la Charte d’Amiens (2).

Les « leçons » de Paul Malnoë.

Paul Malnoë (1918-2007). Chaudronnier aux chantiers de construction navale de Saint-Nazaire, il s’engage dans l’action syndicale, à la CGT, dès 1936, comme de nombreux jeunes ouvriers. Il est convaincu que les travailleurs ont besoin, en toutes circonstances de syndicats véritables, de syndicats qui revendiquent, dans la tradition des militants de la Charte d’Amiens. Le syndicat ne doit pas devenir la courroie de transmission d’un parti, ni d’un gouvernement. Le syndicat n’est pas au service de l’Etat, quel qu’il soit. Fin 1947, il participe à la construction de « la CGT-FO qui continue la CGT » (Robert Bothereau). Il joue un rôle déterminant, notamment lors de la grève de 1955 à Saint-Nazaire. Il est secrétaire de l’union locale CGT-FO de Saint Nazaire.

Paul Malnoë a raconté dans un livre intitulé « de toutes mes forces » quelques-uns des épisodes les plus marquants de son histoire militante.

Il y a beaucoup d’enseignements à conserver de son témoignage.

Je me suis efforcé de rappeler chaque fois que c’était nécessaire que l’on ne doit pas confondre action syndicale et action politique, et de subordonner la première à la seconde comme notamment dans les régimes totalitaires …

Au moment où certains apprentis sorciers rêvent de prendre la tête d’un nouveau – nouveau en apparence seulement – vaste front politico syndical, les avertissements du camarade Malnoë sont tout particulièrement d’actualité.

La CGT colonisée par l’appareil stalinien.

Notre camarade cite ce commentaire de Marcel Dufriche, secrétaire de Benoît Frachon (secrétaire général de la CGT après la scission et dirigeant du PCF). (Source : revue communisme, 1996).

Dufriche : « Je faisais office de secrétaire à l’organisation. Je me rendais dans les fédérations, dans les UD, je n’avais aucun titre particulier, mais, secrétaire de B. Frachon, cela ouvre des portes, et, membre du parti, aussi … Lorsque j’ai eu des responsabilités syndicales, je n’ai jamais changé d’opinion et je dois avouer que l’indépendance syndicale était le dernier de mes soucis ».

Marcel Dufriche met les points sur les I :

« Chaque fois qu’il fallait choisir des dirigeants d’UD et de fédérations, je me rendais au 44 – le 44 désignait le comité central (du PCF) » et le parti décidait en lieu et place des syndicats.

« J’en voyais bien les inconvénients ; celui qui cédait la place n’avait pas forcément démérité … »

Ne restaient à la direction des syndicats que les fidèles entre les fidèles.

1er mai 1947 : la confusion des genres. 

Paul Malnoë se souvient du 1er mai 1947, juste avant le départ des ministres « communistes » du gouvernement de grande coalition : droite-gauche. La scène peut sembler surréaliste et pourtant …

« Le 1er mai, Charles Tillon, ministre de la reconstruction, était venu présider le meeting du 1er mai ».

Imagine-t-on, par exemple, madame Pénicaud parader à une tribune syndicale à Nantes un 1er mai ?

Malnoë explique :

« Jamais je n’avais assisté à un tel spectacle. Sur une estrade tendue de rouge, avaient pris place de nombreuses personnalités, dont le préfet, le sous-préfet, le commandant de gendarmerie (pour embarquer d’éventuels « provocateurs » ?) ; à l’époque, il ne fallait s’étonner de rien ». En effet …

« Le discours (de Tillon) fut essentiellement politique : condamnation du gouvernement … dont il faisait partie … »

C’est la grève générale des 30 000 ouvriers de Renault pour des augmentations de salaire que l’appareil stalinien prétend transformer en primes à la production, qui provoque le départ précipité des ministres PCF du gouvernement.

Paul Malnoë se rappelle :

« En l’espace de peu de temps, de 1945 à 1947, les prix avaient décuplé » mais les salaires ne suivaient pas. (1) «  c’est ce qui expliquait le mécontentement des travailleurs « qui augmentaient au fur et à mesure que les conditions de vie se détérioraient … c’est pourquoi, des grèves éclatèrent dénoncées dans la plupart des cas par les dirigeants du PC et de la CGT comme étant l’œuvre de saboteurs ».

Mais, évidemment, 30 000 ouvriers « saboteurs » chez Renault ! (2) ce n’était plus tenable.

Aux grèves ouvrières, l’appareil dirigeant du PCF oppose déjà une sorte de « convergences des luttes » qui ne peut se traduire, concrètement, que par la subordination du syndicat au parti. Le syndicat n’est plus alors qu’un couteau sans lame.

Cette prétention de transformer le syndicat en subsidiaire du parti et, au-delà, de l’Etat était défendue en 1906 au congrès d’Amiens par les guesdistes dont la doctrine était simple, pour ne pas dire simpliste. Ils s’adressaient avec condescendance aux ouvriers :

« Votez, votez bien, et vous verrez, un jour, un bon gouvernement, soucieux de l’intérêt général, de l’intérêt du peuple – d’autres parlent de bien commun – saura prendre toutes les bonnes décisions pour la classe ouvrière ». Certains héritiers lointains du guesdisme en ont conclu que l’heure du « socialisme réel » ayant sonné, il n’y avait plus besoin de syndicat indépendant du tout et que, surtout, les syndicalistes véritables devaient être empêchés de nuire, par tous les moyens.

La grève exemplaire des ouvriers du livre.

Les ouvriers revendiquent des augmentations de salaire. Les patrons cèdent. Un accord est signé. Pour les ministres « socialistes », « communistes » et bien sûr pour les chrétiens sociaux de la « Machine à récupérer les pétainistes », (M.R.P.) la coupe est pleine. Le gouvernement dénonce l’accord. Le ministre PCF Ambroize Croizat s’illustre tout particulièrement : les ouvriers sont là pour trimer, pas pour revendiquer – « la grève, c’est l’arme des trusts » -, il faut donc mater la classe ouvrière, à tous le moins, les insaisissables « meneurs », « provocateurs » qui bien sûr, agissent « sournoisement », comme il se doit, « dans l’ombre ».

Les grévistes furieux, « ne lâchent rien » et exigent l’application de l’accord.

Paul Malnoë raconte :

« Après avoir menacé d’arrêter les membres du comité de grève et de réquisitionner les grévistes, Louis Saillant (qui fut syndicaliste comme Croizat et comme René Belin) président du Conseil national de la résistance, fut désigné par le gouvernement pour trouver une solution ». Le gouvernement d’union sacrée s’en remet à une procédure d’arbitrage, procédure anti grève utilisée par la plupart des régimes réactionnaires.

Résultat : « Louis Saillant marchande la reprise du travail contre une petite augmentation des salaires et dès que ce compromis fut acquis, le Conseil des ministres (unanime) comme l’écrivait l’Humanité, ne se sentit pas lié par l’arbitrage de Louis saillant ».

Notre camarade conclut à juste titre :

« Pendant toute cette période, le PC s’est signalé par sa participation active à la mise au pas des travailleurs ».Voilà qui est bien dit.

  1. Le très réactionnaire ministre de l’économie en 1945, Pierre Mendès France exigeait des mesures encore plus brutalement anti ouvrières ; Mendès le chouchou, de la CFDT en mai 68.

  2. C’est en lisant l’humanité que les syndiqués apprennent les dernières pensées du chef, Benoît Frachon. En voici un bref florilège : extraits de « au rythme des jours », B. Frachon, tome 1).

  • 10 février 1947, l’humanité : « Nous nous réjouissons de ce que tout le monde aujourd’hui reconnaisse qu’un des problèmes capitaux est ‘augmentation de la production et du rendement ». L’ouvrier trime, le taulier empoche les dividendes …

  • 7 mai 1947 : L’Humanité : Le Comité confédéral national de la CGT « approuve et encourage toute revendication des syndicats visant à obtenir, dès maintenant, l’amélioration des salaires par l’obtention de primes à la production et au rendement ». travaillez, prenez de la peine …

  • 15 mai 1927 : la vie ouvrière. Exceptionnellement, ce n’est pas l’humanité. « Les apprentis sorciers (les grévistes) ont déchainé des forces qu’ils ne soupçonnaient pas ». « le fait marquant qui marquera cette grève, c’est que les provocateurs, les ennemis de la CGT et de la classe ouvrière auront été démasqués ». mais comme Paris n’est pas Moscou, on ne peut leur loger une balle dans le crâne. L’appareil dirigeant de la CGT-PCF doit s’adapter aux dures réalités locales et convenir : « le véritable problème, c’est que la situation de la classe ouvrière devient intolérable ». Tiens donc !

  • 17 mai 1947 : l’Humanité. Frachon dénonce les « gréviculteurs réactionnaires ».

  • 24 mai 1947 : l’Humanité. Frachon déclare : « il faudrait une prime au rendement de 15 à 20 % … la CGT défend les intérêts des masses populaires et de la France » … et de son « Empire » que les staliniens veulent conserver au sein d’une soi-disant « union française ».

  • 24 juillet 1947 : changement de ton. Toujours dans l’Humanité, évidemment, Frachon avoue : « Le gouvernement (avec ses ministres « communistes » !) avait promis au mois de juillet de traiter les problèmes des salaires et des prix. Il n’a pas tenu sa promesse. Les travailleurs dont la situation n’a pas cessé de s’aggraver (merci à Thorez, Frachon, Croizat et compagnie !) se sont fâchés. Les travailleurs ont été contraints d’avoir recours au seul moyen qu’ils leur restait : la grève ».

Ainsi, les « provocateurs », les « gréviculteurs » et autres « agents américains » ont eu le mérite de ne pas se laisser tondre par le gouvernement PCF-SFIO-MRP bien avant que le chef infaillible ne daigne, contraint et forcé, prendre en compte les revendications ; tout au moins en paroles.

Conclusion : en novembre et décembre 1947, la direction du PCF décide d’organiser des « grèves » ultra minoritaires, sans revendications. L’appareil croit-il pouvoir récupérer comme cela son emprise sur la classe ouvrière ?

En réalité,

a / Les salariés dégoûtés quittent massivement l’organisation syndicale qu’ils avaient rejointe deux plus tôt.

B / Les militants syndicalistes, regroupés dans le groupe FO n’ont plus d’autres alternatives que de se préparer à la scission. La CGT-FO continue la CGT …

J. M 18 mai 2018.

chaud ! chaud ! chaud !

Intervention de Michel Le Roc'h au congrès confédéral

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