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Histoire 9 / 04 / 2019

L’hôpital public en danger !

1982, le tournant de la rigueur ! Le gouvernement PS-CFDT-PCF (et quelques autres) entreprend la « modernisation » du pays. Traduction concrète :

  • Blocage des salaires.

  • remise en cause de la pratique contractuelle.

  • Tentative de contournement des confédérations syndicales par l’institution de « l’expression directe des salariés ». (Loi Auroux-Aubry (« loi pourrie »), de novembre 1982.

  • « réhabilitation » de l’entreprise.

  • Octroi de 35 milliards de francs d’ « indemnisation » au titre des nationalisations. Le patronat en profite pour annoncer un plan de 12 000 à 14 000 licenciements dans la sidérurgie que le préfet Chérèque est chargé d’exécuter.

  • Volonté d’instaurer un « grand service public unifié de l’éducation » par l’autonomie des « établissements », avec gestion tripartite. Remise en cause du statut et de la laïcité ; l’un ne va pas sans l’autre ; politique qu’entend mener à son terme M. BLANQUER.

Toutes ces mesures et bien d’autres forment un tout cohérent. Il s’agit déjà de s’attaquer aux acquis ouvriers les plus fondamentaux, ceux arrachés par l’action indépendante de la classe ouvrière et de l’ensemble des salariés.

Ces orientations profondément réactionnaires se heurtent à la résistance qui s’exprime notamment à l’occasion des élections à la sécurité sociale : succès pour notre CGT-FO ; gifle magistrale pour la CFDT, (1) fer de lance de toutes les contre-réformes.

Dans ce contexte, l’hôpital public ne pouvait échapper à la frénésie « réformatrice » de l’alliance des néos du parti « socialiste » et des staliniens  « unitaires » jusqu’en … 1984. (2).

Pour FO fonction publique, pas question d’ « accompagner «  les réformes. Pas de  concertation bidon ! Les « casseurs » sont au gouvernement. Il faut les arrêter ! (photo : Manif à Paris).

« La santé, notre bien commun ».

Tel est le titre d’une « Commission santé et protection sociale » du PCF. Le clin d’œil en direction des cléricaux de la CFDT-PS, les Evin et quelques autres est manifeste.

Désormais, l’hôpital doit être « rentable ». C’est un ministre encarté au PCF, Jack Ralite, qui est chargé d’appliquer le nouveau dogme. Il déclare devant le Sénat le 10 décembre 1982 :

« L’hôpital, nous le voulons enfin adapté aux nécessités d’une gestion moderne et transparente dans le cadre du budget global, actuellement expérimenté par quelques établissements, et qui entrera en application en 1984.

La dotation sera négociée entre l’hôpital, son autorité de tutelle et les organismes de financement.

L’application de la dotation globale doit donc être accompagnée d’un effort de prévision et de gestion, qui sera le fruit du dialogue entre les gestionnaires, les médecins et les autres personnels hospitaliers.

Cette gestion conduira à une gestion plus autonome, par l’hôpital, des moyens qui lui sont attribués ( … ) nous voulons en effet sensibiliser tous les professionnels à cette idée que si la santé n’a pas de prix, elle a un coût … »

« Ni amendable, ni négociable » la loi scélérate Ralite devait être rejetée.

Ce que les ministres précédents n’ont pas osé réaliser, le ministre « progressiste » Ralite prétend l’imposer.

Tout est chamboulé. Jusqu’alors, le financement des hôpitaux était assuré par la Sécurité sociale sur la base d’un prix de journée. Les médecins dont le rôle est, jusqu’à preuve du contraire de soigner, n’avaient pas à se comporter en gestionnaires.

Par la grâce de la « réforme » du ministre converti au dogme du « bien commun » tout ceci doit disparaître.

Comme tout bon ministre de la Vème république, monsieur Ralite n’hésite pas à manier le cynisme : « ( … ) Pour les enfants et adolescents, nous poursuivrons en 1983, l’amélioration du système de santé scolaire … » dont on connait aujourd’hui l’état de délabrement. (JO, séance au sénat, le 9 décembre 1982).

Comme pour la « réforme » de l’école, les médias de l’époque, toutes nuances confondues martèlent l’idée de l’ « urgence de la réforme » pour « sauver » l’hôpital.

« Le budget global de l’hôpital », mère de toutes les contre-réformes.

Le sale boulot effectué, le ministre de « gauche » est parti exercer ses talents ailleurs. Ses successeurs ont poursuivi dans la même voie. On pourrait détailler ministre après ministre. Pour aller à l’essentiel, rappelons simplement que c’est la ministre de « gauche », Marisol Touraine qui « invente » les Groupements Hospitaliers de Territoires que la ministre de « droite » Buzyn s’acharne à mettre en œuvre.

Les conséquences sont dramatiques, tant pour les personnels hospitaliers, souvent à la limite de burn out, que pour les patients. Le quotidien le Monde, toujours partisan des « réformes » modernes, celles qui nous ramènent avant 1945 (avant 45, c’était Vichy), note :

« Le nombre de maternités en France est passée de 1500 à 512 » (édition du 1er février 2018). Espérant sans doute maquiller cette entreprise de destruction systématique qui a maintenant 37 ans d’âge, la ministre pas encore « dégagée » Buzyn a inventé les maternités où les femmes n’accouchent pas ! des maternités d’un nouveau genre …

Après tout, ceux-là ont déjà, et depuis longtemps, prôné « l’école, lieu de vie », où l’on n’enseigne pas.

Résistance !

Les succès remportés par les listes FORCE OUVRIERE à l’occasion des élections professionnelles de décembre 2018 constituent un encouragement supplémentaire à poursuivre l’action syndicale pour gagner sur nos revendications, étant entendu que, bien sûr, la défense efficace de l’hôpital public ne peut être portée par les seuls personnels hospitaliers.

C’est l’affaire de toute la confédération.

Notre président jupitérien le sait. C’est d’ailleurs pour cela qu’il veut une société sans statut, sans code du travail, et donc … sans Confédérations ouvrières … comme en … quand ? déjà …

La ministre actuellement en charge de la casse de l’hôpital public.

1982. Face à l’offensive, la C.G.T.-F.O. et la fédération FO des services publics et de santé prennent une position claire : pas question de lier le syndicat aux politiques gouvernementales ! Pas question de suivre la direction confédérale de la C.G.T. qui fait le choix « d’accompagner » la « réforme ».

Pas question non plus de petits arrangements avec la C.F.D.T. directement à l’origine de toutes les contre-réformes rappelées en introduction de cet article.

FO ne participe à aucun « pacte », ni en 1982, ni en 2019.

FO reste un syndicat.

FUTURE LOI SANTÉ : RATIONNEMENT ORGANISÉ SUR ORDONNANCES

 FO dénonce un texte en trompe l’œil, qui habilite le gouvernement à adapter le système de soins à la pénurie médicale.

( … ) le texte prévoit le déclassement de 500 à 600 hôpitaux de proximité, qui ne seront plus autorisés à pratiquer la chirurgie, les accouchements ou à accueillir des urgences.

( … ) FO dénonce l’habilitation donnée au gouvernement à procéder par ordonnances, huit en tout

Quid des données de santé ?

Le projet de loi Santé prévoit en outre un accès élargi aux données de santé. Les députés ont voté la création d’un « espace de santé numérique », qui regroupera pour chaque assuré le dossier médical partagé (DMP), des informations sur les droits à l’Assurance maladie, mais aussi des données de santé personnelles et des applications « santé », dans un espace qui sera donc ouvert au secteur privé lucratif…

.Une évolution qui instaure de facto une médecine à plusieurs vitesses.

(9 avril 2019 ; source UD FO 44.).

Document 1 : NON à la contre-réforme !

Document 2 : de contre-réformes en contre-réformes …

Médecins en résistance.

Un soignant qui ne peut plus soigner, c’est un peu comme un enseignant qui ne peut plus enseigner suite à l’accumulation des contre-réformes. Il cherche comme il peut, soit le soutien des patients qui sont avant tout des salariés, soit le soutien des parents qui sont tout autant des salariés.

« Madame, monsieur,

Vous avez séjourné sur un brancard au sein du service des urgences. Sachez que nous déplorons depuis de nombreux mois, cette situation catastrophique qui perdure, voire se dégrade d’année en année malgré nos alertes

Cette situation n’est pas spécifique à notre service : c’est le résultat de restrictions budgétaires, des fermetures de lits, d’une gestion hospitalière globale tournée vers la rentabilité et non vers le soin et le respect des patients, d’une rupture dans le parcours de santé, d’une raréfaction des ressources médicales et hospitalières …

Nous ne sommes plus en mesure actuellement d’apporter le service et la qualité des soins que la population mérite.

Malgré notre volonté d’offrir des soins adaptés à chacun dans des conditions décentes et dignes, la conjoncture actuelle ne nous le permet plus et nous le regrettons fortement.

Vous accueillir et vous soigner est notre mission, les conditions d’accueil et d’hébergement ne sont pas de notre ressort.

En conséquence, nous vous remercions de votre patience et sollicitons votre aide.

Nous espérons que vous comprendrez les difficultés dans lesquelles nous sommes tous, vous comme nous, et nous vous invitons à prendre les dispositions nécessaires si vous les estimez justes afin de manifester votre mécontentement. En tant que citoyens et usagers de l’Hôpital, vous êtes en droit d’alerter les pouvoirs publics pour que le service hospitalier survive.

A cette fin vous trouverez ci-après les coordonnées des personnes et institutions qui peuvent être destinataires de votre mécontentement ou de votre signalement »

A suivre, le nom du médecin chef de service et d’une vingtaine de médecins ; puis les adresses :

  • de l’Agence Régionale de Santé de la région …

  • La direction Générale du centre Hospitalier …

  • La direction de l’Efficience, des risques et des Usagers …

  • La mairie de …

  • Du Ministère des Solidarités et de la Santé … 

    1. « Celui qui a un emploi, qui se croit relativement tranquille, a tendance à s’enfermer sur ses acquis. La CFDT cherche à faire comprendre aux salariés des secteurs les plus favorisés, qu’ils doivent désormais agir sur les secteurs porteurs d’avenir et non plus pour l’augmentation de leur pouvoir d’achat ou de leurs avantages acquis ». (Déclaration CFDT, 1983). Et, comme Marcel Déat, le quatrième et dernier ministre du travail de Pétain, la CFDT en appelle à un « syndicalisme de producteurs ».

    « Sauf pour les plus défavorisés, la défense du niveau de vie n’est plus aujourd’hui l’objectif le plus urgent dans la mesure où la sécurité des uns a pour contrepartie l’insécurité des autres, il serait anormal de lutter sans discernement pour le maintien des avantages acquis et des dispositions qui les consacrent ». (Déclaration des évêques, 1982).

    1. C’est en juillet 1984 que les quatre ministres communistes quittent le gouvernement.

JM avril 2019

chaud ! chaud ! chaud !

Tous au 1er mai à Nantes à 10 h 30 avec Christian Groslier

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