>Édito

21 / 02 / 2018

Le vent tourne

Emmanuel Macron est de plus en plus isolé. L’offensive brutale engagée contre les acquis de la classe ouvrière et la démocratie suscite à tous les niveaux un rejet toujours plus grand. La révolte des «matons» et le puissant mouvement revendicatif des agents des Ehpad ont marqué les esprits.

De nombreux commentateurs et chroniqueurs, pourtant acquis à la cause du Président, commencent à s’inquiéter de la fragilité dans laquelle il se trouve. Et l’annonce d’un déficit commercial record – 62 milliards d’€uros en 2017 – provoque des craintes jusque dans le gouvernement : « Notre appareil productif n’est pas capable de répondre à la demande. C’est le fruit de vingt ans de désindustrialisation qui se paie cash dans les chiffres », note le secrétaire d’État au commerce extérieur.

La déroute du parti présidentiel à l’occasion des élections législatives partielles n’est pas le fruit du hasard et sonne déjà comme un avertissement : combien de temps tout ceci pourra-t-il tenir ? «Jupiter » ne semble pas s’en inquiéter. Loin de marquer une pause, il est plus que jamais engagé dans une course contre la montre pour imposer ses nombreuses mesures destructrices, quitte à prendre le risque d’un embrasement généralisé.

La décision de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires – dont 70000 dans les collectivités territoriales – et d’économiser 60 milliards d’€uros sur le dos des services publics, est une provocation de plus. Il foule aux pieds, au passage, la libre administration des communes qui, en théorie, est garantie par la Constitution. En organisant le recrutement massif de contractuels en lieu et place des fonctionnaires, il tente de briser le statut général de la fonction publique et en particulier l’obligation de neutralité du fonctionnaire. Celui-ci est rémunéré pour accomplir une mission de service public. Il est placé à l’écart des aléas des changements de gouvernements ou des exécutifs territoriaux. Ce que veut Emmanuel Macron, ce sont des agents taillables et corvéables à merci, totalement dévoués aux desseins politiques de l’exécutif, acceptant les «transitions» et autres «modernisations», quitte à dénaturer le sens même de la mission de service public.

Face à cette attaque inouïe, plusieurs fédérations syndicales de fonctionnaires appellent déjà à la grève le 22 mars. Notre fédération de cheminots a décidé de se joindre à ce mouvement pour défendre le statut des cheminots et s’opposer aux 2 000 suppressions de postes. Là aussi, le manque de moyens humains et techniques conduit « les naufragés du rail » à être toujours plus nombreux parmi les voyageurs. La « virgule » de Sablé-sur-Sarthe, mise en circulation depuis peu dans le cadre d’un partenariat avec Eiffage, est déjà à l’arrêt. Plusieurs autres secteurs directement impactés par les mesures d’économies du gouvernement, comme Pôle Emploi ou la Sécurité sociale, devraient rejoindre cette journée de grève.

Notre Union départementale – comme notre Confédération – soutient pleinement l’appel du 22 mars. Elle soutient également les nombreuses actions revendicatives qui touchent le secteur privé, comme à Carrefour. «Dégraissage» et autres blocages des salaires sont le lot commun des salariés du privé. Carrefour – 114 000 salariés, 5 670 magasins et premier employeur du privé – a touché 423 millions d’€uros de CICE et de « réductions Fillon » ces dernières années. Dans le même temps, 500 millions d’€uros ont été distribués aux actionnaires, dont 121 en numéraire, et les augmentations de salaires en 2017 se sont élevées de 0,3 à 0,5 % selon les enseignes. Ceci n’est pas acceptable.

Emmanuel Macron a bénéficié de circonstances favorables pour mettre en place ses premières contre-réformes, en particulier les ordonnances «Travail». Mais le vent est clairement en train de tourner. La cohérence de l’ensemble de la politique gouvernementale pose à plus ou moins long terme la question d’une mobilisation interprofessionnelle «public-privé», permettant de stopper la mécanique dévastatrice actuellement à l’œuvre. Cette question se pose déjà et habite tous les esprits.

Ce n’est donc pas un hasard si le Président de la République met toutes ses forces pour tenter d’intégrer les organisations syndicales à la mise en œuvre de sa politique, en particulier à travers la mise en place du « Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises », concocté par Nicole Notat et Jean Dominique Sénard, ou encore la réforme du Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui doit devenir le « réceptacle des pétitions citoyennes ».

Nous savons que nos gouvernants ont toujours rêvé d’obtenir des organisations syndicales qu’elles participent à l’élaboration et la mise en œuvre de la loi. De Gaulle en son temps – référendum de 1969 – s’y était cassé les dents. Souhaitons que Macron s’y brûle les ailes. Notre place n’est pas d’accompagner les plans dévastateurs, mais bien de défendre les intérêts particuliers et collectifs de la classe ouvrière. C’est le prix de l’indépendance et de notre liberté.

par Michel Le Roc’h,

secrétaire général de l’union départementale

CGT-Force Ouvrière de Loire-Atlantique

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