France 18 / 02 / 2016
Depuis novembre 2012 Hollande martèle qu’il faut changer de modèle social. Il met en place le modèle ordolibéral européen, dont la destruction de la protection sociale et du droit du travail sont des priorités. La prétendue « lutte contre le chômage » avec « mini jobs » allemands, contrats « 0 heure » anglais, jobs act italien … n’est que le prétexte à baisser le « coût du travail » et augmenter les dividendes…jusqu’à provoquer une nouvelle crise.
En France, rien que depuis 2012 ont déjà été votées la loi de sécurisation de l’emploi (ex « ANI »), la loi Macron, la loi Rebsamen… Les dégâts sont déjà considérables. Il s’agit maintenant de « réformer » le code du travail. Après avoir analysé le rapport Combrexelle, nous analysons le rapport Badinter.
Le rapport Badinter : ce sont des « principes » pour revenir sur plus d’un siècle de luttes des salarié(e)s !
Robert Badinter est respecté pour l’abolition de la peine de mort. Sa notoriété est, hélas, utilisée pour laisser entendre qu’il est garant de prétendus « principes ».
Voyons cela de près !
« Le comité a travaillé à droit constant »
Non !, les « principes » permettent d’innombrables régressions, c’est même leur but car ils sont totalement compatibles avec entre autres le rapport Combrexelle.
Non !, c’est la négation de la raison d’être du Code du travail :
– Le code du travail existe en raison du lien de subordination. A l’embauche et dans l’entreprise le salarié n’est pas égal à son employeur. Sans le dire on va vers la substitution du contrat (révisable à la baisse) à la loi.
– La « dignité « est déjà garantie par la Charte des droits fondamentaux : « La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée. » (Qu’elle soit toujours respectée reste un combat)
Non ! : le droit du travail a pour but de contraindre l’employeur à respecter des règles. Il s’agit de permettre l’ubérisation.
Même s’il n’y a pas unanimité des syndicats sur la « position commune » du 8 février sur le Compte Personnel d’Activité issu de la loi Rebsamen, on peut craindre l’individualisation progressive de tous les droits, dont la Sécurité Sociale (voir rapport France Stratégie)
Il ne s’agit de pas de l’exécution de la « tâche » comme dans l’article 1121-1 du code du travail, mais de subordonner les droits au « bon fonctionnement de l’entreprise ». Comme a dit Pierre Joxe à la réunion
Article 6 « La liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses, ne peut connaître de restrictions que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché »
Cet article met sur le même plan la religion et le syndicat. Il favorise le communautarisme qui fait déjà des ravages dans certaines entreprises
Article 9 « La conciliation entre la vie professionnelle et la vie personnelle et familiale est recherchée dans la relation de travail »
Articles 14, 17 etc
« Le contrat de travail peut prévoir une période d’essai d’une durée raisonnable ».
« La salariée a droit à un congé pendant la période précédant et suivant son accouchement »
Il y a beaucoup d’articles avec des « principes » qui permettent n’importe quoi, par exemple allonger la période d’essai, réduire le congé maternité…
Actuellement il y a obligation de signer un contrat de travail écrit. Le flou « (informer ») n’est-il pas lié au fait que n’importe quel accord d’entreprise obtenu par chantage (référendum…) pourra remettre en cause le contrat de travail ?
Pourquoi éviter le terme « prud’hommes » ? Parce qu’on s’oriente à la demande du MEDEF vers la suppression des prud’hommes remplacés par des juges professionnels « formés » à donner raison aux entreprises (cf rapport Combrexelle) et à l’honteux plafonnement des indemnités, « principe « qui interdit de dédommager intégralement d’un préjudice reconnu par des prud’hommes !
Les « principes « du rapport Badinter augurent fort mal de la loi El Khomry qui doit être abandonnée !
Il est au contraire nécessaire d’avoir un code du travail qui protège beaucoup mieux les salarié(e)s et non leurs employeurs, d’aller vers une République sociale.
source: « Les Cahiers de Résistance Sociale »