>Histoire

5 / 06 / 2018

Pour l’ Indépendance syndicale pour la Charte d’Amiens. (3ème partie).

Mardi 5 juin, un délégué au congrès confédéral CFDT résumait ainsi, selon lui, les enjeux :

« En 1982, Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT réclamait une loi qui oblige à négocier dans l’entreprise ». Cette demande qui est dans l’ADN de la centrale cléricale s’inscrivait, « dans la foulée de mai 68 et de la création de la section syndicale d’entreprise ». Les lois Auroux-CFDT avaient pour fonction de contourner les confédérations CGT-FO et CGT et même selon Michel Praderie, chef de cabinet d’Auroux de « pulvériser » les confédérations. On ne pouvait pas être plus clair.

1971-1981 : 10 ans de conquête.

Après avoir dirigé le minuscule PSU de Rocard, Delors et Mendes-France, les militants CFDT avaient envahi l’ex SFIO (section française de l’Internationale ouvrière), devenue par la grâce du congrès d’Epinay, parti « socialiste », en 1971.

L’affaire fut donc rondement menée.

En 1981, les missionnaires de la CFDT envahissent tous les rouages de l’appareil d’Etat. C’est Edmond Maire en personne qui annonce la « parenthèse de la rigueur », parenthèse jamais refermée.

Il semble que certains membres du gouvernement de l’époque, qui ne se rattachent pas au courant clérical, soient toujours incapables d’en tirer les enseignements. Pour ceux-là, les lois Auroux iraient dans le bon sens, seraient une bonne mesure de « gauche ».

Cette incompréhension explique sans doute, pour partie, les regroupements hétéroclites actuels, politico-syndicaux, nostalgiques de « l’union des gauches ».*

Jupiter tape fort.

Bon élève de l’union européenne, loyal serviteur des banques et du MEDEF, le président 15% ne se soucie guère des états d’âme des uns et des autres. Il avance à marche forcée ; si vite que le « corps intermédiaire » privilégié habituel – la CFDT – qui ne semble plus l’intéresser a du mal à suivre. « Pas besoin de la CFDT » dit-il.

Il fait le pari risqué d’imposer sa contre-réforme « systémique » des retraites tout seul, comme un grand.

Le président prétend pour parvenir à ses fins confiner le syndicat « exclusivement à l’entreprise.

Rappelons que la Charte du travail du maréchal Pétain et de son « corps intermédiaire favori de l’époque, l’ex N° 2 de la CGT, René Belin avaient imposé la dissolution de la CGT, de la confédération, mais pas des syndicats d’entreprise.

Cette décision avait provoqué chez les cléricaux des réactions diverses. Certains, par exemple l’évêque de Lyon, Mgr Gerlier, soutenaient sans la moindre nuance la politique de Vichy : « Pétain, c’est la France, la France, c’est Pétain ». Mgr Feltin rappelait : « ( … ) L’Eglise n’a jamais considéré la liberté syndicale comme tellement essentielle que tout régime social qui en suspendrait l’exercice, doive par le fait même être taxé d’abus de pouvoir ».

D’autres, notamment à la CFTC auraient souhaité conserver leur confédération. Ils étaient soutenus par une autre fraction de l’Eglise. Mgr Hoguet affirmait qu’en soutenant sans nuance la Charte du travail « nous rejetterions bien loin de nous la classe ouvrière et il faudrait bien des années pour réparer le désastre que nous aurions causé ».

Aujourd’hui, ces mêmes débats agitent la principale centrale cléricale : jusqu’à quel point accompagner ouvertement le pouvoir jupitérien et ses prétentions à instaurer son ordre nouveau ?

Mais bien sûr, nous ne sommes pas, du point de vue des rapports de force entre les classes sociales, en 1940.

Après les fortes mobilisations contre les lois-travail de Hollande-Macron, les salariés des EHPAD, d’Air France, de la SNCF, les fonctionnaires etc ont rappelé la réalité du rapport des forces.

Comme l’a indiqué le congrès confédéral de notre CGT-FO, c’est par la grève interpro que les plans de M. Macron et de ses subsidiaires « syndicaux » pourront être mis en échec. Le plus tôt sera le mieux.

*Parmi la soixantaine d’organisations diverses appelant à reconstituer de fait une nouvelle mouture de l’ex « gauche plurielle » élargie aux confédérations syndicales, on trouve des « mouvements » hostiles, au moins officiellement à la logique des contre-réformes El Khomri et Pénicaud et d’autres qui considèrent à l’inverse, qu’elles ne vont pas assez loin dans la remise en cause des droits ouvriers, comme le regroupement intégralement réactionnaire intitulé : « Nouvelle Donne ».

J. M 5-05-2018.

Document : 1981 : le camarade J. Salamero nous alertait :

Quelques réflexions sur la Charte d’Amiens par Joachim Salamero

Depuis que la « Charte d’Amiens«  a été votée, le 13 octobre 1906 par un congrès confédéral de la C.G.T., bien des événements se sont déroulés qui ont mis à rude épreuve les objectifs et moyens d’action préconisés par les militants responsables de cette Charte : deux guerres mondiales, deux révolutions (1917 en Russie, 1936 en Espagne), l’instauration des fascismes en Europe, les décolonisations avec l’avènement de nouvelles nations.

Autant d’événements, autant de réponses aux crises du capitalisme nous permettant d’apprécier les distances entre la perspective d’émancipation tracée par les syndicalistes de 1906 et les réalités.

Pour les anarcho-syndicalistes présents dans le mouvement ouvrier réel, c’est-à-dire confrontés aux problèmes quotidiens de l’action syndicale, il n’y a pas de textes sacrés, de bibles, valables en tous lieux et en tous temps.

La Charte d’Amiens définit, à un certain moment et par rapport à une situation précise, les moyens que se donne la classe ouvrière organisée et confrontée aux partis politiques se réclamant d’elle, et à l’Etat.

Premier point : « la reconnaissance de la lutte des classes qui oppose sur le terrain économique travailleurs et capitalistes ». C’est une affirmation qui peut faire l’unanimité de tous les courants du mouvement ouvrier.

Deuxième point, dans les trois derniers paragraphes : une définition précise de l’indépendance syndicale.

C’est à partir de ces deux principes qu’une organisation syndicale peut rassembler la classe ouvrière. C’est en les oubliant, en les combattant, en tentant de les faire disparaître, ou en voulant leur faire dire Ie contraire de ce qu’ils contiennent que l’on divise les travailleurs et que l’on transforme la nature même du syndicalisme ouvrier confédéré.

Je me souviens d’un congrès confédéral de la C.G.T.-F.O. au cours duquel, se réclamant de l’esprit révolutionnaire de la Charte, de sa perspective de transformation sociale, des militants du parti socialiste voulaient entraîner la confédération dans les voies du programme commun de la gauche « seul susceptible de réaliser pratiquement le changement social voulu par les congressistes de 1906… » au nom de l’autogestion !

Quant à nous, qui voulions le strict respect de l’indépendance, en accord sur ce point avec le bureau confédéral, nous refusions ce choix et étions taxés du réformisme le plus plat et accusés de soutenir « l’immobilisme du bureau confédéral » !

Ces valeureux « révolutionnaires » ignoraient – ou faisaient semblant d’ignorer – que la Charte d’Amiens est justement un compromis entre les tendances qui composent la C.G.T. d’alors (anarchistes, syndicalistes révolutionnaires, réformistes) contre les guesdistes qui, eux, prétendaient mettre en place la liaison organique entre la confédération syndicale et le parti ouvrier.

Les mêmes « révolutionnaires » s’appuyaient – bien sûr sur un des passages les plus contestables de la Charte, selon lequel « le syndicat sera dans l’avenir le groupe de production et de répartition, base de la réorganisation sociale ».

Depuis 1906, l’histoire nous a appris que non seulement la grève générale n’est pas en elle-même suffisante pour transformer la société, mais aussi que cette notion du « syndicat gestionnaire » est tout à fait récupérable, y compris par les tenants du catholicisme social (voir la brochure de Marc Prévôtel, Volonté anarchiste n° 20/21).

Mais, même sans parler des catholiques sociaux, rappelons-nous la révolution espagnole : partout où ils l’ont pu, les syndicats de la C.N.T., quelquefois ceux de l’U.G.T., prennent la direction des entreprises, des services publics, des terres. Ils socialisent, collectivisent, mettent en place le contrôle ouvrier, organisent la gestion. Laissons de côté les innombrables problèmes posés, pour n’en retenir qu’un : dans la plupart des cas, ce sont les mêmes militants, hier secrétaires du syndicat, qui deviennent directeurs de la coopérative. Et immédiatement surgit le besoin de désigner un nouveau délégué des ouvriers pour les représenter auprès du comité de gestion.

On ne m’en voudra pas de faire appel à un syndicaliste réformiste.

André Bergeron rappelle souvent, pour justifier sa position d’indépendance (qui est aussi la mienne) : « On ne peut pas être à la fois gouvernant et gouverné ». Il a mille fois raison.

C’est pourquoi, après ce quatre-vingtième anniversaire de la Charte d’Amiens, nous en retiendrons positivement deux aspects : la reconnaissance de l’existence de la lutte des classes et l’indépendance.

Pour le reste je crois que l’histoire a tranché, nous permettant de dire que, quelle que soit la forme que prend une nouvelle gestion dite socialiste, il est indispensable que le syndicat ouvrier demeure totalement indépendant des organismes de gestion.

chaud ! chaud ! chaud !

Arguments: ÉCOLOGISME ET « BIEN COMMUN »

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