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Histoire 8 / 01 / 2019

 Hold-up annoncé sur nos retraites !

Lors de ses vœux, le 31 décembre, Emmanuel Macron a déclaré que le gouvernement devait « poursuivre son travail pour changer en profondeur le système de retraite pour le rendre plus juste ».

( … ) La réforme vise à instaurer « un système universel de retraites » au lieu des 42 régimes existants, où un euro cotisé donnerait les mêmes droits, quel que soit le statut du cotisant. L’âge légal de départ à la retraite restera fixé à 62 ans, mais le gouvernement reste flou sur les conditions d’incitation des salariés à travailler plus longtemps. Le nouveau système entrerait en vigueur en 2025 et la première génération concernée serait celle née en 1963. (Avec AFP).

E. Macron prétend poursuivre le travail des gouvernements précédents (1). Il s’appuie sur les « revendications » de la CFDT ainsi résumées :

« La retraite par points est une revendication de la CFDT depuis déjà longtemps !

Nous demandons un système de contributivité depuis notre congrès de 2010, mais nous ne nous sommes pas prononcés sur les modalités techniques – régime notionnel ou par points. Et depuis plus longtemps encore, nous demandons un système universel ». (Source : Frédéric Sève CFDT juin 2018, l’Obs).

Ces gens-là ne renonceront pas. Berger l’a rappelé sur France Inter le 6 janvier : « Oui, le sujet est explosif ; la question qui est posée maintenant, c’est, est-ce qu’ils (le gouvernement) vont être en capacité de le faire ? ».

L’ex conseiller « social » de feu le président Sarkozy, Raymond Soubie partage les mêmes inquiétudes et tire la sonnette d’alarme : « Cette réforme des retraites va faire beaucoup de perdants » et ce quelle que soit la formule retenue, « régime notionnel ou par points ». (Déclaration à C’dans l’air ») ; autrement dit, ce gouvernement est-il en mesure d’imposer le projet de M. Berger sans provoquer l’explosion ?

Macron : « il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent, cet absent est la figure du Roi ( … ) La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire collectif : le Roi n’est plus là ! »*. Pas encore tout à fait ; mais les sujets se rebellent parce que les sujets de mécontentement s’accumulent.

*(Source : qu’est-ce que la macronisme ? page 16).

Les contre réformes : bref rappel historique.

 1993, 2003, 2008, 2010

De contre-réforme en contre-réforme, les droits à la retraite par répartition laminés et menacés de disparition

Réforme de 2003 : public et privé, frappés l’un et l’autre :

En dépit d’une immense et longue mobilisation des salariés du public et du privé, enseignants en tête, la loi Fillon votée en juillet 2003 porte à 40 annuités la durée de cotisation des fonctionnaires et prévoit pour l’avenir de nouveaux allongements de la durée de cotisation pour tous, jusqu’à 42 ans.

Les fonctionnaires avaient été épargnés par la réforme Balladur de 1993. La réforme Juppé avait échoué en 1995 face aux grèves et manifestations. La réforme de 2003 va s’attaquer de plein fouet à leurs droits. Cette fois-ci, craignant à juste titre la mobilisation des salariés, le gouvernement engage une concertation avec les interlocuteurs sociaux et tente de faire passer ses conclusions pour un «diagnostic partagé». Celui-ci est loin d’être partagé, les immenses mobilisations du printemps 2003 le prouveront.

Malgré cette importante opposition, François Fillon, alors ministre du Travail, fait voter au Parlement, en juillet 2003, sa loi sur les retraites. Le texte aligne le régime de retraite des fonctionnaires sur celui des salariés du privé, en portant progressivement à 40 annuités leur durée de cotisation. La loi Fillon stipule également, dans son article 5, que la durée de cotisation sera pour tous, public et privé, de nouveau allongée à 41 ans en 2012, puis revue selon un calendrier calqué sur les gains d’espérance de vie, calendrier d’ailleurs accéléré depuis.

Les pensions des fonctionnaires sont indexées sur les prix et non plus sur les salaires. Le gouvernement fait une seule concession : la pension de retraite des agents de la fonction publique continuera d’être calculée sur les six derniers mois de salaires, alors que la période de référence était passée pour les salariés du privé, en 1993, des dix meilleures années aux vingt-cinq meilleures années.

La loi de 2003 a en outre étendu au secteur public la décote –un mécanisme qui a pour effet d’amplifier la réduction de la pension des salariés qui n’atteignent pas la durée de cotisation requise pour toucher une retraite à taux plein à l’âge légal.

Seule «largesse» accordée par le gouvernement dans le but d’obtenir l’aval de la CFDT à sa réforme : le dispositif dit des «carrières longues». Celui-ci rend possible un départ avant 60 ans pour les salariés ayant commencé à travailler très jeunes, à 14, 15 ou 16 ans, à la condition qu’ils aient cotisé entre 40 et 42 ans. 

Patrick Hébert expliquait à l’occasion du congrès de l’UD FO 44 en 2010 :

« ( … ) Il faut être clair : en 95 c’était directement la CFDT. En 2003 c’était officiellement la CFDT, en réalité CFDT et CGT. Je vous rappelle les propos de Fillon en 2003: il a dit d’une part que seule une grève générale aurait pu le faire reculer. Il a dit aussi, je cite Le Monde du 17 juin 2003 :  » François Fillon a tenu à rendre hommage à la CGT et à son secrétaire général Bernard Thibault, pour son attitude responsable en soulignant ainsi l’opposition raisonnable de la CGT ». Pour ceux qui s’en souviennent, en 2003 déjà, il est parfaitement clair que c’est la position de la direction de la CGT, Thibault en personne, qui a permis de faire passer le plan Fillon.

( … ) Dès avant l’été, Thibault et Chérèque avaient décidé d’envoyer le mouvement dans le mur et pour cela d’organiser de manière systématique ce qu’Auguste Blanqui appelait les « promenades ridicules ». Nous sommes pour les manifestations quand elles sont l’expression publique d’un rapport de force, étant entendu que le rapport de force réel se situe sur le terrain du contrat de travail, quand on arrête de bosser, lorsqu’on bloque la machine économique, lorsqu’on bloque le pays. Mais lorsqu’il n’y a pas grève, la manifestation est un substitut qui permet de tromper les travailleurs et permet au patronat et au gouvernement de faire passer les réformes … »

L’axe de la collaboration CFDT-CGT (Chérèque-Thibault) a été rejeté par nombre de militants de la CGT. D’ailleurs, F. Chérèque, invité à l’occasion du 49ème congrès confédéral CGT, n’a pu finalement s’y rendre.

Le « syndicalisme rassemblé » derrière la CFDT … et le MEDEF. Thibault, Chérèque, Parisot.

Que souhaitez-vous à Bernard Thibault pour son quatrième mandat ?

Chérèque :- Comme Nicole Notat l’a vécu avant moi à la CFDT et comme je l’ai vécu avant lui, Bernard Thibault va être confronté au problème de l’intolérance et du sectarisme. Dans ces débats, la CGT a vingt ans de retard par rapport aux anciens syndicats communistes d’Italie ou d’Espagne. Le fait que je ne puisse pas venir au congrès est un élément d’intolérance, de sectarisme d’une minorité. Je lui souhaite de dépasser ce problème le plus vite possible.

Propos recueillis par Dominique Perrin, journaliste à Challenges, jeudi 10 décembre 2009.

Avec le soutien de la CFDT (3) et bien sûr du MEDEF, Macron sera en difficulté. Il lui faut travailler à reconstituer un axe de la collaboration « durable ». C’est en partie l’enjeu des « concertations » engagées avec les « corps intermédiaires », comme ils disent, dans les prochaines semaines. L’opération s’avère délicate. Le prochain congrès confédéral de la CGT en mai 2019, devra trancher.

Tirant les enseignements de 2003 lors du congrès de Villepinte en février 2004 (2), Marc Blondel déclarait :

« ( … ) Mes Chers Camarades, nous avons pris nos responsabilités et appliqué le mandat donné, y compris le 12 juin à Marseille devant un parterre de militants qui ont repris le mot d’ordre, CGT et FO confondus.

Mais, Mes Chers Camarades, nous avions affaire à un  » opposant raisonnable « . Et Bernard THIBAULT s’est refusé à donner suite à cette proposition pour lancer au contraire le mouvement dans une succession de  » temps forts « , manifestement destinés à épuiser la détermination des manifestants.

Bref, la CGT préférait la guérilla à la grève interprofessionnelle. Elle avait d’ailleurs pris bien soin de faire rentrer les cheminots après chaque journée d’action.

Mes Chers Camarades, il ne s’agit pas de cultiver ici une quelconque rancoeur personnelle. Les militants de la CGT ont une tête et savent raisonner. A nous aussi de tirer les leçons pour les prochaines mobilisations … »

Les questions soulevées par Blondel sont plus que jamais d’actualité. 

1) De plus en plus isolé, le président écoute peu son entourage. « Je sollicite régulièrement des intellectuels qui pensent la chose publique, comme Olivier Mongin, directeur de la rédaction d’Esprit de 1988 à 2012 ». (Source Macron : « qu’est-ce que le macronisme ? », publié en septembre 2018). Mais, même les plus fidèles partisans expriment des doutes : « Olivier Mongin : « A vouloir passer en force, Macron s’installe dans la joute verbale chère au populisme » (Le Monde, 5 mai 2018). Depuis, les choses n’ont fait qu’empirer.

2) Le sommet de Barcelone, réunissant « gauche » et « droite » en mars 2002, avait donné le coup d’envoi de la réforme des retraites en préconisant l’allongement de la durée des carrières de cinq ans. En 2005, la sanction est tombée, brutale. Ce fut la victoire éclatante du NON au référendum sur le projet de traité constitutionnel.

3) Le gouvernement a confié à France Stratégie (l’ancien Commissariat au Plan) une mission d’évaluation des conséquences des ordonnances Macron du 22 septembre 2017 (loi travail) .Le bidule est chapeauté par trois « personnalités », des experts, dont Jean François Pilliard, du MEDEF.

Pour l’épauler : Marcel Grignard, tête pensante de la CFDT. En 2010, c’est lui qui mène « l’intersyndicale » nationale, version, « syndicalisme rassemblé » afin d’aider le gouvernement de l’époque à « réformer ». Il conseille aussi le groupe patronal « Entreprises et Progrès ».

Il est missionné par son « syndicat » les 19 et 20 avril 2013 pour participer à un séminaire sur le thème « la démocratie, une valeur spirituelle » ; l’affaire se déroule au Collège des Bernardins, bien connu de M. Macron … Grignard, c’est du solide !

J.M janvier 2019.

chaud ! chaud ! chaud !

Le syndicat, un « corps intermédiaire » ? Jamais !

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