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économie 18 / 08 / 2017

Grèce : 2 ans avec sursis pour 8 ans d’austérité

Immeuble de l’Elstat (bureau des statistiques grec). Photographie : Akasapis (Own work) [CC BY-SA 4.0]

 

L’ancien chef du bureau des statistiques grec, l’Elstat, a été condamné à deux ans de prison avec sursis par la justice grecque, le 1er août 2017, pour manquement au devoir. Andreas Georgiou, ancien chef économiste au FMI, est aussi accusé d’avoir maquillé les comptes publics grecs en faisant apparaître un déficit public record pour l’année, chiffre à l’origine de l’inexorable politique d’austérité qui s’est abattue sur la Grèce.

La 5e colonne

Qualifié d’homme de paille de nos créanciers par le syndicat des employés d’Elstat, Andreas Georgiou, fermement défendu par la Commission européenne, était encore membre du conseil d’administration du FMI quand il a commencé à diriger le bureau des statistiques grec.

C’est une universitaire, membre de la direction d’Elstat, qui avait déclenché l’affaire en révélant que Georgiou avait gonflé les chiffres, en incluant notamment les dettes des hôpitaux publics. Et mettre les Grecs aux petits soins du FMI.

De l’élaboration des statistiques en Grèce: Andreas Georgiou condamné

File d’attente devant une banque à Athènes, juillet 2015 (illustration). REUTERS/Yiannis Kourtoglou

 

En Grèce, Andreas Georgiou, l’ancien chef de l’office des statistiques grecques a été condamné à deux ans de prison avec sursis pour manquement au devoir. Derrière cette condamnation mineure se cache une affaire plus importante qui a beaucoup fait parler d’elle ces dernières années. Elle remonte aux origines de la crise financière qui a secoué la Grèce puis l’Europe.

 RFI de notre correspondante à Athènes,

Fin 2009, quand le gouvernement socialiste arrive au pouvoir en Grèce, il dévoile un déficit du pays de 12,7 % du Produit intérieur brut, soit deux fois plus que prévu et bien au-delà des limites autorisées pour les pays membres de la zone euro. Alors que la Grèce a déjà maquillé ses comptes par le passé, plus personne ne lui fait confiance. Les agences de notation abaissent la note du pays car elles estiment qu’il n’est plus capable de rembourser ses emprunts.

La Grèce ne peut plus se financer sur les marchés et elle est obligée de faire appel à ses partenaires européens. Ils lui accordent les prêts demandés, craignant un effet domino. D’autres pays commencent, en effet, à faire face à des problèmes similaires. Mais en échange, les partenaires européens demandent des coupes drastiques dans le budget pour pouvoir réduire ce déficit.

Quel est le rôle joué par l’ELSTAT, l’office des statistiques grecques ?

A ce moment-là, plus personne ne fait confiance aux chiffres publiés par la Grèce, car ils sont sous le contrôle du ministère de l’Economie, du gouvernement donc. On demande à la Grèce de mettre en place une autorité indépendante. C’est chose faite, quelques mois après le premier plan d’aide à la Grèce accordé par les partenaires européens et le Fond monétaire international et à la tête de l’Office des statistiques grecques est nommé un ancien du FMI, Andreas Georgiou, qui y a passé vingt ans.

A charge pour lui de calculer les «vrais» chiffres du déficit grec.

A l’automne 2010, Andreas Georgiou transmet ses résultats à Eurostat, l’office européen des statistiques qui les publie : avec un déficit de 15,4% du PIB, la Grèce bat tous les records de la zone euro, même celui l’Irlande. Les créanciers se trouvent donc confirmés dans leur stratégie de mise sous tutelle du pays.

Andreas Georgiou mis en cause par son conseil d’administration

Mais certains contestent ces chiffres. Aussi, pour vérifier les calculs des statistiques grecques, un conseil d’administration de sept membres est créé. Les relations entre Andreas Georgiou et ce conseil sont cependant difficiles voir inexistantes selon eux. Si bien que lorsque celui-ci est dissous et que ses membres sont remerciés, deux d’entre eux décident de témoigner contre leur ancien chef. C’est le cas de Zoé Georgantou. Cette professeure d’université estime que Andreas Georgiou aurait gonflé les chiffres du déficit à dessein en y incluant par exemple les dettes des hôpitaux publics. En 2013, Andreas Georgiou est alors mis en examen pour avoir donné des chiffres erronés donc.

Mardi 1er août, c’est sur un aspect spécifique de cette affaire qu’Andreas Georgiou a été condamné. Il a été condamné pour « manquement aux devoirs », c’est-à-dire pour avoir omis d’informer le conseil d’administration des chiffres du déficit avant de les transmettre à Eurostat. Pour son avocat Giorgos Stefanakis, c’est une « victoire », car il n’a pas été condamné pour le reste.

En décembre dernier, Andreas Georgiou a en effet été acquitté pour deux autres manquements : celui de ne pas avoir convoqué régulièrement le conseil d’administration et d’avoir été employé en même temps par le FMI lors des premiers mois de son mandat. L’ancien chef des statistiques grecques n’était pas présent au procès car il vit désormais aux Etats-Unis. Depuis plusieurs années, il s’exprime régulièrement dans la presse pour dénoncer une « chasse aux sorcières ». Il a reçu de nombreux soutiens, notamment de membres d’Eurostat.

Concernant l’accusation d’avoir trahi son pays en gonflant à dessein les chiffres du déficit, il a également été acquitté à deux reprises. Mais ce mois-ci, la procureure de la Cour de cassation a ordonné la réouverture de l’affaire. Cette possibilité est actuellement discutée par les juges de la cour d’appel.

 

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