>Histoire

14 / 03 / 2026

Février 1947 : « Accompagnement » ou résistance syndicale.

1ère partie : février.

Vincent Auriol, membre de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) est président de la république de janvier 1947 à janvier 1954. Les partis de « gauche » et de droite, prétendent « redresser la France » par la grâce de politiques d’austérité. C’est déjà le fameux : « on-ne-peut-pas-faire-autrement » de tous les « co constructeurs de réformes » d’hier et d’aujourd’hui.

Auriol a rédigé son « journal du septennat » (plus de 800 pages).

Il nous raconte dans le détail les Conseils des ministres, ses rencontres avec les « importants » de l’époque, avec les dirigeants syndicaux etc. Auriol, c’est un homme de  gauche, jusqu’à la caricature ; autrement dit, un serviteur exemplaire, si l’on peut dire, de l’ordre capitaliste.

En 1947, la CGT est toujours « réunifiée » suite aux accords du Perreux en 1943.

En mai, c’est la grève des ouvriers de Renault pour l’augmentation générale des salaires. Pour reprendre le contrôle de la situation, les ministres « communistes » sont contraints de quitter le gouvernement. Cette hypothèse avait déjà été envisagée en février. (Précisément, le 24 février). Ce sera l’objet de la seconde partie de cet article.

Ces quelques extraits du « journal » d’Auriol sont assez explicites pour éviter de longs commentaires …

Mardi 4 février : Auriol : « Les journaux trop nombreux divisent l’opinion et ne la dirigent pas ». Mieux vaut ne pas commenter.

« L’agitation … »

Vendredi 7 février : « J’ai reçu ce matin les organisations économiques, CGT, CFTC, CNPF (patronat). A tous les membres des bureaux, j’ai demandé l’appui unanime pour le redressement du pays, sa reconstruction matérielle, son unité, et à tous, j’ai demandé de mettre un terme à l’agitation que je crois déceler dans les organisations et tous m’ont promis leur concours. ( … ) La CGT et la CFTC me déclarent qu’ils sont prêts à aider le gouvernement à accentuer la baisse (des prix) mais que la situation de la classe ouvrière est effroyable et qu’il faut prévoir des indemnités provisoires pour les salaires anormaux … ils redoutent que les militants ne débordent les bureaux ». Voilà qui est bon à savoir.

Le refus obstiné du gouvernement de négocier l’augmentation des salaires contraint les fonctionnaires à rentrer dans l’action pour leurs revendications. C’est la lutte des classes contre la « luttes des places ». Hier comme aujourd’hui.

Mardi 11 février : Conseil des ministres : « Et voici la grande affaire de cette séance, le déficit du budget est de 100 milliards … Thorez, (chef du PCF) fait quelques observations judicieuses … il faut (dit-il) atteindre l’équilibre du budget ordinaire par la suppression de certains crédits militaires (bravo !) et la compression de certains effectifs du service public … ces suggestions sont adoptées par le Conseil des ministres ». Les « déficits » ? Classique …

Parmi les décisions : « importation massive de moutons de Tunisie afin de faire baisser les prix sur les marchés ». Autrement dit, c’est le pillage redoublé des colonies et « protectorats ». Unanimité.

Mercredi 12 février : rencontre avec Jacques Duclos, N° 2 du PCF.

« Seule une politique d’austérité s’impose ».

« Je (Auriol) lui dis : je dois faire l’effort d’unité nationale … Je vous préviens que dans la misère dans laquelle se trouve le pays, seule une politique d’austérité s’impose. Il faut discipliner les masses. A ce sujet, Duclos me dit qu’il faut leur (aux communistes) faciliter la tâche … » en faisant quelques concessions. Mais le risque, c’est que les « masses » indisciplinés prennent ces concessions comme autant de points d’appui pour revendiquer ce qui leur revient. Exercice périlleux ! Même pour des bureaucrates expérimentés.

Dimanche 16 février : « Ramadier (Président du Conseil, surnommé « Ramadiète ») m’informe que le ministre de l’Intérieur a découvert un complot communiste ». Comme quoi, les ministres de l’Intérieur de la IVème république valent ceux de la Vème.

« La grève ne saurait être tolérée dans les hôpitaux ».

Mardi 18 février : « Ramadier rappelle l’obligation légale de supprimer avant le 1er mars, 50 000 emplois de fonctionnaires. (…) l’Etat doit imposer sa volonté. En aucun cas, la grève ne saurait être tolérée dans les hôpitaux.

Ramadier a défini une politique gouvernementale qui condamne la hausse générale des salaires.

( … ) En aparté, Thorez me dit que les fonctionnaires ne sont pas raisonnables car on leur a donné 52 milliards … » Les éternels « nantis » … comme le disait le vieux pouilleux lubrique, le bon « abbé Pierre ».

Atteinte à « La sécurité »… deux ans de prison !

Vendredi 21 février : Conseil des ministres. « André Marie (garde des sceaux, membre du Parti dit, radical, auteur plus tard de la loi Marie d’aide à l’ « enseignement » confessionnel) signale la nécessité de mesures pour assurer le fonctionnement des services publics essentiels. Les dernières grèves ont porté atteinte à la sécurité et à la santé. Il propose que des peines de six mois à deux ans de prison et une amende de 10 à 100 000 francs punissent tous les agents (grévistes) de l’Etat dépositaires de l’autorité publique ou concourant au maintien de l’ordre et de la sécurité …

Thorez dit que des indiscrétions au sujet de ces propositions ont créé une forte émotion dans les services publics. Il estime personnellement nécessaire toute mesure tendant à assurer les services essentiels d’autorité et de sécurité mais il ne faudrait pas que ce soit excessif (18 mois de prison ? ça irait) le Conseil est d’accord ». Forte émotion seulement, ou dégoût ?

Notons que la capacité de nuisance d’un appareil obsédé par le maintien de la « stabilité » de « nos » institutions ne s’évalue pas essentiellement au nombre de bulletins déposés dans les urnes.

Samedi 22 février : « Visite de Le Léap et Neumeyer de la Fédération des fonctionnaires.

Je profite de cette visite pour les secouer vivement en raison de leur grève.

Vous avez troublé, leur dis-je, l’opinion publique et favorisé les menées extrémistes. Vous brisez la confiance entre l’Etat et vous, vous vous dressez contre l’Etat … Enfin, il n’y a pas de motif. Le Parlement a voté 52 milliards.

Thorez lui-même disait l’autre jour que c’était une situation que ne connaissait pas la classe ouvrière, les traitements anormalement bas y sont inexistants … »

Mais les leçons de morale et les menaces renforcent la détermination des grévistes qui refusent de se soumettre.

« Un grand courant à la CGT … » qui pourrait bien tout emporter.

Lundi 24 février : « Léon Blum vient me voir. On s’est mis d’accord sur la question des salaires, pour qu’on se limite au minimum vital. Thorez serait paraît-il, d’accord. Mais il y a un grand courant à la CGT pour étendre l’éventail. Thorez d’ailleurs paraît très inquiet. Il craint que les revendications générales appuyées par une menace de grève générale n’exigent la démission des communistes ».

Mardi 25 février : « Encore des grèves dans les minoteries du Nord, chez les dockers, les pêcheurs des ports de l’Ouest, agitation chez les fonctionnaires, les rotativistes, les journalistes … tout cela crée un état d’esprit très désagréable ».

Dans ce contexte de mobilisation permanente des classes exploitées, la CGT perd des centaines de milliers d’adhérents qui, déçus, se sentant mal défendus, voire, trahis, abandonnent Leurs syndicats pour ne plus y revenir pour le plus grand plaisir des directions « responsables ».

On remarquera que dans ce contexte explosif, les ministres au service du chaos capitaliste ne proposent ni « sommet social », ni « conclave » ou autres fumisteries de notre temps.

« France » impérialiste … ou « indisciplinée » ?

Pour conclure, notons qu’Auriol réaffirme sans cesse comme une évidence la vocation impériale de la France. L’intervention de son complice « socialiste » Marius Moutet lors du Conseil des ministres du 5 mars 1947 est édifiante.

L’individu, éminente personnalité du petit monde « socialiste », est ministre de la « France d’outre-Mer, c’est-à-dire des colonies ; il est ministre de l’ « Empire » du 16 janvier au 22 octobre 1947. Il avait déjà sévi sous le soi disant Front populaire.

Droit dans ses bottes, il déclare : « la guérilla et le terrorisme continuent en Indochine … pour chasser les français d’Indochine. La France doit rester en Indochine ».

Il faudrait donc augmenter les crédits de guerre. A « gauche », à droite, à l’extrême droite, on est bien d’accord.

Il n’y a pourtant pas si longtemps, les nazis proclamaient, droits dans leurs bottes : l’Allemagne doit rester en France  et ils traquaient les résistants, les« terroristes », notamment les adhérents du PCF* et de la CGT.

Auriol a participé à la résistance … mémoire de poisson rose ?

Alors, irresponsable, ce gouvernement, ces ministres de « gauche » ? Ou plutôt, zélés défenseurs des intérêts du Capital ? Poser la question, n’est-ce pas y répondre ?

Dans ce contexte guerrier, les militants syndicalistes pouvaient détourner le regard « pour ne pas faire de politique » … ou pas. Et rester des syndicalistes.

*Les militants du PCF ont payé un très lourd tribut. En 1945, les partis staliniens ont bénéficié de la confiance de larges secteurs de la classe ouvrière, notamment en France et en Italie.

En Allemagne au contraire, la politique de division forcenée de la direction communiste a dès 1933 abouti à la liquidation de fait du parti stalinien qui ne s’en remettra jamais.

Ainsi, en novembre 1932, une grève des transports paralyse Berlin. Les chefs staliniens réalisent un imbécile (irresponsable ?) « front unique » avec les nazis contre les chefs social démocrates du syndicat, ravis de l’aubaine, chefs toujours qualifiés de : « social-fascistes ».

Et ils en étaient fiers. Tels sont les faits.

Document :

Pour se plonger dans l’atmosphère de l’après-guerre, ce petit film de propagande, mis en ligne par les archives INA : visite du président Auriol en Algérie en mai 1949, comme pour fêter les massacres coloniaux de mai 1945.

« Partout, le Président Français est accueilli par des foules enthousiastes, toutes origines confondues ».

On n’y voit pas les délégués « enthousiastes » CGT ou autres, des UD ou UL d’Alger, Oran, Constantine et Tlemcen. Etaient-ils présents aux festivités, aux côtés des chefs militaires, de la police, des colons racistes grands et petits, des futurs terroristes de l’OAS, des chefs de l’Eglise catholique, avec leurs drapeaux syndicaux   … ou pas ?

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/afe00003982/le-voyage-en-algerie-de-monsieur-le-president-de-la-republique-mai-juin-1949

Deuxième partie : mai.

JM. 14 mars 2026.

chaud ! chaud ! chaud !

leurs revendications concernent la réforme des retraites: Appel à la grève dès le 5 décembre

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