>Histoire

29 / 03 / 2026

Deuxième partie : mai 1947. Le 1er mai. La CGT à la croisée des chemins.

Le président de la république « socialiste » V. Auriol, défenseur du désordre capitaliste et des guerres coloniales qui en découlent s’exprime avec clarté dans : « Journal du septennat, 1947-1954 »).

Première partie, voir ici : http://force-ouvriere44.fr/fevrier-1947-accompagnement-ou-résistance-syndicale/

1er mai 1947 : Auriol constate : « La situation du ravitaillement en pain risque de devenir dramatique … (l’ « aide » américaine  n’arrive pas) une grève dans deux ateliers des usines Renault pour une augmentation de salaire risque de provoquer une crise ministérielle. Dans ces ateliers, certains éléments (sic) trotskystes et même socialistes ont déclenché ce mouvement alors que le syndicat des métaux de Hénaff (dirigeant PCF du syndicat) en tête s’y oppose ». Bien résumé.

« Les communistes réclament non une augmentation générale des salaires mais l’établissement de primes à la production … ils croient que c’est le meilleur moyen de défendre le régime ».

Conseil des ministres, 21 Heures : « Je refais au Conseil un compte rendu de mon voyage en AOF (Afrique Occidentale, dite, française). 

Le président du Conseil Ramadier répond à Thorez que le blocage des salaires n’interdit pas la création des primes à la production correspondant à une augmentation effective de celle-ci ». Belle unanimité.

Mais, Tillon, ministre PCF de la Reconstruction … établit ce constat : « les ouvriers sont mécontents de la politique du gouvernement, mécontents du ravitaillement, mécontents de la non-application des conventions collectives, de la vie chère, de la hausse des prix, que toute la politique est en jeu et qu’on ne peut gouverner à la fois contre la classe ouvrière et avec elle ». Tous les ministres capitalistes en ont parfaitement conscience. Personne ne peut les convaincre de changer de politique. C’est ce que rappelle Ramadier-« Ramadiète » :

« Ramadier reconnaît l’effort de Thorez, il n’y a pas de déshonneur à être désavoué par des camarades … on ne gouverne pas contre la classe ouvrière lorsqu’on défend les intérêts de la Nation ». Vieille rengaine.

A l’époque, le PCF rassemble largement plus du quart des électeurs. Et beaucoup plus dans les rangs de la classe ouvrière. Il y a plusieurs millions de syndiqués à la CGT (toujours réunifiée à cette date). 

« En octobre 1937, Maurice Thorez se fit consacrer fils du peuple par tout le Parti puis, après son retour en France, en novembre 1944,il fut déclaré : le meilleur stalinien français. Les communistes de notre temps pratiquaient donc un double culte de la personnalité qui unissait dans un unique amour le maréchal Staline et leur secrétaire général ». (Source, Charles Tillon, « un procès de Moscou à Paris », dans le chapitre : « Comment je devins stalinien ». Evidemment, tout ceci peut paraître bien étrange aux plus jeunes, et même un peu moins jeunes …

Auriol en remet une couche : « Vous (Thorez) avez été très courageux.  D’une façon permanente et à plusieurs reprises, vous vous êtes jeté dans la mêlée, faites-le encore, je vous en prie au nom de la Nation, au nom de la République ». 

« Très ému, rouge, Thorez me dit Je ne peux plus rien, j’ai fait tout ce que j’ai pu, je suis maintenant au bout de mon rouleau et à ce moment, j’ai vu des larmes dans ses yeux.

Auriol poursuit : « Peut-être pourrait-on encore faire quelque chose, voyez si le terrain sur lequel Ramadier est prêt à se placer peut aussi être le vôtre, c’est-à-dire les primes à la production et au rendement. Ce pourrait être étudié, d’accord avec la CGT qui me paraît d’ailleurs favorable à cette thèse ».  Comme toujours le ministre capitaliste met dans le même sac les « sommets » du syndicat et les adhérents, victimes des combines des « sommets ».

Thorez : « Je ne crois pas pouvoir aboutir, c’est plus profond que ça ».



Primes à la production ? Les travailleurs n’en veulent pas. Le 1er mai 1947 à Saint Nazaire, c’est le ministre Charles Tillon qui  anime  le meeting CGT. « Le ministre de la Reconstruction pour quelques jours encore, (jusqu’au 5 mai)   s’étonne de ne pas voir plus d’immeubles réparés à Saint-Nazaire alors qu’il y a des crédits et des matériaux ». 

« Un gouvernement à direction M.R.P » ?

Dans une note en bas de page, Auriol note : « Je fais remarquer que l’intervention de Tillon met en cause toute la politique du gouvernement, politique dont tout de même ils (les communistes) ont été solidaires. Je ne comprends pas que l’on rompe l’accord intervenu alors qu’au mois de février (voir 1ère partie), nous étions en plein hiver, que la vie était chère, que les salaires étaient bloqués, qu’il n’y avait pas encore de baisse (des prix). Aujourd’hui, il y a une amélioration et la France se redresse. Je ne vois pas le fait nouveau qui justifie la sortie de Tillon. Celui-ci ne répond pas ».

Le fait nouveau, c’est la peur panique de l’appareil stalinien de perdre le contrôle des « masses », comme ils disent.

Et puis, il y a la pression pas du tout amicale de l’appareil stalinien international représenté par l’italien Togliatti. Auriol note le 4 mai : « Selon Ramadier, Togliatti qui a la direction générale du communisme dans l’occident (en réalité, il n’est que le répondeur automatique de Staline) insisterait pour qu’on fît en France ce qu’ils ont fait en Italie, c’est-à-dire un gouvernement à direction M.R.P. » (MRP que le canard enchainé appelait très justement : « machine à rouler le peuple » ou encore : « machine à récupérer les pétainistes » ; le MRP fut le parti de feu le bon abbé Pierre.

Mais comment faire avaler ça au bon peuple ?

En Italie l’accord entre le P C I et la Démocratie chrétienne a eu comme conséquence, notamment, le maintien du concordat signé entre Mussolini et le Vatican. 

Pas de quoi susciter l’enthousiasme des « masses » … ni des syndicalistes qui ne renoncent pas à défendre les intérêts particuliers des classes exploitées.

Le départ forcé des ministres « communistes » ouvrira une nouvelle période, celle des grèves à répétition avec» l’objectif non pas de gagner sur des revendications précises mais de servir les intérêts du moment de la bureaucratie qui contrôle la CGT.

Les militants syndicalistes qui veulent continuer à défendre les revendications vont fonder notre CGT-FO, continuatrice de la « vieille CGT ».

Tels sont les faits.

JM 29-03-2026.

chaud ! chaud ! chaud !

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