>Histoire

22 / 01 / 2019

Croizat, père de la sécu ? 4/4.

1er mai 1930 : la loi sur les Assurances sociales est notifiée au Journal Officiel. Les militants syndicalistes de la CGT ont combattu 10 ans pour ce 1er acquis. Le combat fut rude ; le patronat, la mutualité, l’Eglise opposent la charité à la solidarité ouvrière. Les staliniens de la C.G.T.U. sont eux aussi à la manœuvre. Certains d’entre eux dénoncent une loi « fasciste ». Le 1er août 1930, ils vont jusqu’à organiser une « journée de protestation contre les assurances sociales ». Contre ce « front unique » d’un genre un peu particulier, les militants syndicalistes, indifférents aux insultes, menaces et calomnies diverses continuent le combat. Au congrès C.G.T. de 1933, le rapporteur, Oreste Capocci, rappelle les revendications syndicales et ne cache pas les lacunes de la loi. Bref, il fait son travail de syndicaliste. L’ordonnance du 4 octobre 1945 vient couronner les efforts de nos camarades.

1930 : la presse se déchaîne contre la loi sur les assurances sociales.

Oreste Capocci. Militant CGT. Contre les staliniens de la C.G.T.U. contre le patronat et les Mutuelles, Oreste Capocci porte les revendications ouvrières. Au congrès confédéral de 1946, indifférent aux invectives et hurlements des « unitaires », il lance : « Je tiens à rappeler ici que si nous avons eu nos traîtres, vous avez eu les vôtres ».

Rares sont alors les militants qui résistent à l’emprise du PCF. Monatte est de ceux-là : « Le jour où la CGT a six millions d’adhérents, est-il possible qu’elle renonce à toutes les espérances de sa jeunesse ? (Monatte : Où va la CGT ? Lettre d’un ancien à quelques jeunes syndiqués).

1945 :

Une note discrète en bas de la page 134 de l’hagiographie d’Etiévent concède : « quant à la paternité de la Sécurité sociale, elle revient comme nous le verrons plus loin aux milliers de militants qui l’ont bâtie sous la maîtrise d’œuvre directe d’Ambroise Croizat ».

Affiche de propagande. Le 8 août 1946, Croizat (sur l’affiche), prononce un discours à l’Assemblée. Il déclare : « Le plan de sécurité sociale est une réforme d’une trop grande ampleur, d’une trop grande importance pour la population de notre pays pour que quiconque puisse en réclamer la paternité exclusive ». Ce n’est pas faux.

Ainsi Croizat n’est pas un bon génie, une sorte de « petit père (bis) du peuple de France ». Il y a aussi, que justice leur soit rendue, des milliers de militants. C’est une concession intéressante. Mais l’essentiel n’est pas dit. En 1940, le patronat, l’Eglise ont collaboré. Dès 1944, la CGT s’est considérablement renforcée : 5 millions d’adhérents, peut-être plus. Les partisans pluriels du rétablissement de l’ordre sont aux abois. Pour ne pas risquer de tout perdre, le patronat doit concéder des concessions considérables, dont la sécu. Tout était alors possible, comme en juin 36.

Propagande.

Certes il n’y a pas eu comme en mai et juin 36 de grève générale mais le rapport des forces était nettement en faveur des travailleurs. Et s’il n’y a pas d’équivalent de mai-juin 36, c’est bien parce que la direction confédérale de la C.G.T. toutes  « tendances » confondues, a œuvré en ce sens.

Faut-il rappeler que le PCF cherche alors, désespérément, des « patrons patriotes » à peu près présentables, afin du rendre crédible, la perspective d’un Front des français introuvable.

Etiévent en a-t-il vaguement conscience ? Peut-être. Le lecteur attentif trouvera une autre note discrète et brève en bas de la page 139, une petite note révélatrice :

« Comme Georges Buisson, Henri Raynaud fut un militant actif de la mise en place de la sécurité sociale ». Tiens donc, le nom de Georges Buisson apparaît au détour d’une note. Et puis c’est tout.

Georges Buisson, militant CGT de la Fédération des employés et cadres, fédération qui rejoint la CGT-FO en 1947, spécialiste de la sécu a le premier élaboré un plan complet de sécurité sociale, excluant la participation de l’Etat à la gestion. Georges Buisson a joué un rôle autrement plus important que quelques ministres d’union sacrée.

Georges Buisson, militant syndicaliste de la fédération des employés et cadres. (Il décède en 1946).)

Pour Buisson, les conquêtes ouvrières ne sont jamais offertes par un paternaliste pouvoir politique, mais conquises et donc, toujours contestées.

Dans le film documentaire « la sociale » réalisé par Gilles Servet, le nom de G. Buisson est passé sous silence. Ce documentaire prétend nous enseigner d’où vient la sécu et qui en est à l’origine.

C’est un peu comme si un documentaire consacré à l’étude de l’évolution des espèces passait sous silence les travaux de C. Darwin. (M. Etievent intervient tout au long du film. A l’entendre, Buisson n’a pas existé).

Michel Etievent se propose de nous expliquer dans le détail d’où vient la sécu sans nous parler du plan complet de sécu élaboré par Buisson. C’est un peu comme si l’on prétendait exposer la théorie de l’évolution des espèces sans rien dire de l’œuvre de Darwin.

Document UD 44 : Aux origines de la Sécu

« C’est sous l’impulsion de Georges Buisson que, dès 1943, la C.G.T. alors clandestine élabore un plan complet de sécurité sociale, un projet révolutionnaire qui prévoit :

  • La gestion de tous les risques par une caisse unique.

  • le financement par les cotisations calculées sur les salaires. Il s’agit de mettre le système à l’abri de l’appétit des gouvernants et du capital financier et d’ouvrir, en contrepartie des cotisations des droits aux assurés sociaux. En effet, l’impôt n’ouvre pas de droit.

  • La gratuité complète des soins médicaux.

  • Et, très important, la gestion de la sécu par les seuls représentants des salariés.

Le conseil national de la résistance ne retient pas ces deux dernières propositions. Dès l’origine, un ticket modérateur de 20% est mis en place et le C.N.R. (Conseil National de la Résistance) impose 25% de représentants du patronat dans les conseils. (Les fameux « patrons patriotes »).

Dès 1945, le patronat est parti en guerre contre cet acquis.

Notre camarade Gérard Da Silva est l’auteur de : Georges Buisson, père de la Sécurité Sociale, disponible sur commande auprès de la bibliothèque de l’UD. biblio@fo44.fr (Source : UD C.G.T-F.O 44).

Les « entretiens» Staline-Thorez du 19 novembre 1944 et novembre 1947.

La Politique du PCF imposée à la CGT est incompréhensible si l’on ne prend pas en considération les amicales « pressions » du Kremlin.

Lorsque de Gaulle se rend au Kremlin en décembre 1944 à la suite de Thorez, il est reçu comme un roi : « La table étincelait d’un luxe inimaginable. On servit un repas stupéfiant … » (De Gaulle, Mémoires …). L’objet de la rencontre est simple. Examiner les moyens d’assurer ensemble le rétablissement de l’ordre, reconstruire l’Etat. Mais il est entendu qu’en France, c’est de Gaulle le leader, le PCF étant chargé d’encadrer la classe ouvrière. Les syndicalistes sous influence doivent exécuter.

10 décembre 1944 : signature du traité de Gaulle (à l’extrême droite sut la photo)-Staline (debout, à sa gauche).

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Les contre-réformes succèdent aux contre-réformes de « droite » et de « gauche » … en 2019, « On ne changera pas de cap » répètent les ministres du président-Bonaparte. Bien d’autres ont prétendu passer outre la colère « populaire ». Les militants syndicalistes, indépendamment du jugement qu’ils portent sur les évènements du passé ont tout intérêt à agir ensemble s’ils veulent :

  • Bloquer les contre-réformes.-

  • Rétablir les conquêtes ouvrières dans leur intégralité.

J.M janvier 2019

« La connaissance du passé serait inutile si elle ne servait à éclairer le présent ». Alexandre Hébert, mai 1983.

« Ce qui manque le plus à l’ouvrier, c’est la science de son malheur ». Fernand Pelloutier.

chaud ! chaud ! chaud !

Le syndicat, un « corps intermédiaire » ? Jamais !

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