>Histoire

1 / 12 / 2017

Le combat incessant pour l’indépendance syndicale en Allemagne (7)

Le modèle allemand de Cohn Bendit…

Le champion incontesté des bobos soixante-huitards s’était exprimé sur Europe 1 le 29 janvier 2014.
« La force de l’Allemagne : entre 2002 et 2008 : Hartz et le gouvernement Schröder ont dynamisé le travail en Allemagne, ils ont introduit la flexibilité dans le marché du travail ( … ) (Hartz) a permis à l’Allemagne de se remettre aux travail (avec tous ces fainéants, ce n’est pourtant pas simple !) Hélas, trois fois hélas, « Hartz n’est pas aimé en Allemagne ». En France aussi – confie Cohn – c’est compliqué. Il faut compter avec des syndicats « ultra idéologiques ». En mai 68, Cohn détestait les syndicats ; après, encore plus : « Aujourd’hui, les ouvriers se battent sur deux fronts, contre le patronat et contre les syndicats». (Cité par A. Hébert, dans l’Ouest-syndicaliste de septembre 1969). Peut-être n’avait-il pas bien digéré la cuisante défaite du Général au référendum d’avril 69, d’où sa mauvaise humeur …
Il faut lui reconnaître une certaine continuité.
Sa hargne anti syndicale s’étend aux syndicats italiens coupables eux-aussi de s’opposer aux réformes du marché du travail du Macron local, M. Renzi. « Vous allez voir, il y aura des millions de travailleurs dans les rues ; Renzi saura-t-il résisté ? » S’il a résisté, il a comme quelques autres été victime du « dégagisme ». Cohn mérite une place de choix au hit-parade des pires réactionnaires.
(Rappelons qu’en mai 68, lorsque le camarade Pompidou ouvre la séance de négociations de Grenelle, il débute par ces mots : « Messieurs, nous sommes ici pour remettre la France au travail »).

Allemagne : cogestion, recherche communauté d’entreprise désespérément. 7ème partie.

De la « communauté de travail » de la république de Weimar à la cogestion, les partisans de la conciliation des classes dans la « communauté de base » que serait l’entreprise n’ont pas abdiqué. Les grèves dites « sauvages » de 1969 résonnent comme un nouveau cri d’alarme. En France, les cléricaux de la CFDT ont obtenu ce qu’ils voulaient : la section syndicale d’entreprise. Leur grande victoire de mai …

En Allemagne, certains dirigeants du patronat s’impatientent :
« ( … ) Si nous réalisons la cogestion dans le sens d’une intégration de chaque ouvrier dans l’usine, dans l’entreprise et dans la société, en l’orientant vers une pensée et une responsabilité communes pour l’entreprise ; accompagnée d’une participation toujours plus large des travailleurs au capital productif, nous pourrons alors espérer que le gouvernement et les partis politiques seront capables, avec l’appui des chefs d’entreprises et des syndicats, d’établir pour longtemps un système pacifique de cogestion ».

(Déclaration du président du BDA, Otto Friedrich, le 18 mars 1970. Walline, page 307). Quelle belle proclamation en faveur d’un « corporatisme soft », civilisé, « moderne » … ! On notera que les partis et gouvernements, qu’ils soient de « droite », de « gauche », du « centre », ou « d’union nationale » sont tous susceptibles de se rallier à ses conceptions rétrogrades.
Le grand patronat allemand, si « moderne » prétend faire tourner la roue de l’histoire à l’envers en faisant – comme au temps des décrets et lois d’Allarde et le Chapelier de 1791 – de « chaque ouvrier », l’égal de son employeur. La ficelle est un peu grosse.

Une loi « moderne » pour définir les finalités de l’entreprise et le rôle des « partenaires » ? (1)

Affiche du DGB : « Notre économie restera solide grâce à notre stabilité sociale ». Un des nombreux sites vantant les mérites de la cogestion affirme : « La cogestion est donc un modèle original contribuant au dialogue et à la paix sociale. La grève, utilisée en dernier recours, est rarissime ». Non, la politique visant à imposer l’association Capital-travail est vieille comme le capitalisme et concerne les cinq continents, sous des formes très différentes selon les circonstances. Pas plus en Allemagne qu’en France ou partout ailleurs dans le monde, les salariés ne font grève pour le plaisir mais pour établir un rapport de force pour gagner sur des revendications.

La loi en vigueur qui date de 1952 ne convient plus au patronat. Bien sûr, cette loi est fondée sur le principe de la « communauté » au sein de l’entreprise, « voilà pourquoi, malgré les obligations qu’elle impose aux patrons, ceux-ci l’acceptent de bon gré ». (Walline page 28). Evidemment ! Mais on a vu que la loi n’empêche pas les grèves et manifestations ouvrières. Autrement dit, c’est une loi inutile. D’ailleurs, la direction du DGB a estimé inutile de maintenir sa participation à la commission qui la préparait.
Le gouvernement avait tenté le coup d’une sorte de « conférence sociale permanente » au sein de laquelle la direction confédérale, associée à l’élaboration de la loi, serait complètement neutralisée. En se retirant, le DGB plombe le projet mais reste sur un terrain ambigu, c’est le moins que l’on puisse dire :
« Le DGB déplore l’insuffisance (de la loi) dans la perspective d’une démocratisation de l’économie » ; et annonce la poursuite du combat syndical « pour un droit complet de cogestion ».
Walline note qu’à « gauche », le SPD (parti socialiste) dépose en 1968 un projet de loi qui pousse à plus de cogestion et qu’à « droite » le CDU (parti de la démocratie chrétienne), alors associé dans le gouvernement au SPD, adopte, « presque à l’unanimité », un texte qui prône la « collaboration des partenaires sociaux, par une pleine utilisation des possibilités offertes par la loi de 1952 ».
En clair, avec les uns, avec les autres, la classe ouvrière, les salariés seraient condamnés à subir le cadre étriqué d’une loi toute entière conçue en faveur des propriétaires des moyens de production. Comme le disent si bien les encycliques les « apporteurs de travail » et les « apporteurs de capitaux », tous frères en JC, travailleraient main dans la main pour le bien commun.
Mais tout cela, dans la vraie vie, ça ne fonctionne pas. Il reste toujours aux gouvernements la possibilité d’instituer toutes sortes de commissions, bien sûr, proclamées « indépendantes » à la recherche désespérée de la formule magique susceptible de supprimer comme par enchantement la lutte des classes.

Un « bidule » intégrationniste, le conseil d’entreprise.

L’imagination fertile des corporatistes est sans limite. Ils imaginent le conseil d’entreprise auquel « la loi de 1952 attribue une importance toute particulière » pour la réalisation de la cogestion. (Walline page 299). L’instance idéale pour contourner le syndicat ? C’est certainement l’objectif non avoué.

Le chapitre quatre stipule :

1 « L’employeur et le conseil d’entreprise collaborent en toute confiance dans le cadre des conventions collectives en vigueur et en coopération avec les syndicats et les associations d’employeurs représentés dans l’entreprise, pour le bénéfice de l’entreprise et des travailleurs qu’elle occupe, compte tenu de l’intérêt général » (2).
2 « L’employeur et le conseil d’entreprise s’abstiendront de toute mesure de nature à entraver l’activité de l’entreprise et à troubler l’ordre qui doit y régner. En particulier, il est interdit tant à l’employeur qu’au conseil d’entreprise de prendre des mesure de lutte ouvrière. Cette interdiction ne concerne pas les différents du travail opposant des parties ayant qualité pour conclure des conventions collectives ». On sait que rien ne peut empêcher le déclenchement de la grève « sauvage » lorsque le mécontentement des salariés ne trouve pas la possibilité de s’exprimer par la voie habituelle du syndicat.
3 « L’employeur et le conseil d’entreprise se réuniront une fois par mois pour procéder à un échange de vue. Ils devront discuter les questions litigieuses avec le désir sincère d’aboutir à un accord et de se soumettre des propositions en vue de résoudre leurs divergences d’opinions ». Bla, bla, bla …
4 « il ne pourra être fait appel à des organismes de conciliation ou aux autorités que s’il n’a pas été possible d’aboutir à un accord d’entreprise ». On voudrait contourner les conventions collectives qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Il serait fastidieux de décrire tous les « bidules » inventés au fil des ans pour que « le travailleur devienne le collaborateur responsable de l’employeur ». (Walline, page 304).
Dans sa conclusion Walline, revient sur « l’alerte des grèves sauvages de 1969 » et note cette réflexion des patrons de la métallurgie en 1969, relative au rôle des délégués syndicaux dans l’entreprise :
« On a ainsi tenu compte du syndicat comme facteur d’ordre dans l’entreprise ». (Pompidou tient les mêmes propos au grenelle de mai 68).
Selon les patrons, le syndicat d’entreprise n’est qu’un « facteur d’ordre », fondu dans la « communauté de travail », sorte de « front du travail » des temps modernes. Donc, le syndicat ouvrier doit s’auto détruire, avec le sourire, car nous sommes entre gens civilisés et renoncer aux revendications « exagérés », comme le conseille fermement rerum novarum.

Rerum novarum (1891) « sur la condition des ouvriers ». Vingt ans après le massacre des communards, l’Eglise prêche la « réconciliation des deux classes », bourgeoise et ouvrière, « destinées à s’unir harmonieusement dans un parfait équilibre ». Mais, les « classes inférieures (doivent) observer fidèlement les devoirs propres à leur condition ».
La seconde encyclique, quadragesimo anno parue en 1931 (quarantième année) bénit le corporatisme Mussolinien. Concernant le « coût du travail », elle affirme : « Il serait injuste d’exiger des patrons des salaires exagérés ( … ) on s’inspirera dans la fixation du taux des salaires des nécessités de l’économie générale ». Pas étonnant que cette encyclique demeure la bible des corporatistes de notre temps, toutes tendances confondues…

Le corporatisme « à visage humain », Walline y croit. C’est son droit. C’est son ultime conclusion :
« D’un côté comme de l’autre, il faut que des réseaux de liaison assure ce contact avec la base qui paraît souvent avoir fait défaut en septembre 1969 ; leçon qui devrait être retenue aussi dans d’autres pays, où le même problème se pose. Le mouvement qui se développe en Allemagne ( … ) pour la reconnaissance des délégués syndicaux dans l’entreprise ( … ) semble prouver que l’expérience de 1969 n’a pas été perdue ».
La section syndicale dans l’entreprise, coupée de l’interpro, semble au patronat allemand comme au patronat français l’arme ultime contre la grève. De ce point de vue, il n’y a pas de particularité allemande.

 

(1) Un député de « gauche » intervenant au parlement sur le sens des ordonnances pour l’adoption de la loi Travail II, s’adresse en ces termes à la ministre du travail :
« Vous nous expliquez que vos ordonnances ne sont pas moins fondées que celles qui avaient conduit aux lois Auroux de 1982 ( … ) à l’inverse, c’était pour d’heureux progrès … »
Les lois Auroux avaient pour fonction essentielle de « pulvériser » les confédérations ouvrières, selon l’expression de M. Praderie, devant les patrons nantais. « Heureux progrès » ?
Son collègue, chef de délégation renchérit :
« Des entreprises qui ferment parce qu’on a derrière des actionnaires qui en veulent toujours plus, c’est au détriment de l’intérêt général ( … ) si on n’inscrit pas justement dans la loi quelles sont les finalités de l’entreprise, on continuera ce jeu de massacre, au détriment de l’intérêt commun, (et bredouillant quelque peu) de l’intérêt collectif (collectif, ça fait sans doute plus « socialiste ») ; il ne manque plus que le bien commun, mais là, notre brave député s’abstient. Sage décision…

 

(2)On se souvient des déclarations fracassantes de l’ex secrétaire général de la CGT, Thierry Le Paon au journal patronal le nouvel économiste, le 21 février 2014 :
« Il n’existe à la CGT aucune opposition de principe face au patronat. L’entreprise est une communauté composée de dirigeants et de salariés – là encore, je regrette que les actionnaires fassent figures d’éternels absents – et ces deux populations doivent pouvoir réfléchir et agir ensemble dans l’intérêt de leur communauté. ».
Faut-il rappeler ce que la charte d’Amiens déclare ? « La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat… : Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe qui oppose, sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en oeuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière ».
Il y a quelques années, Jean Christophe Le Duigou (membre du bureau confédéral de la CGT) avait, avec Jean Gandois (président d’honneur du MEDEF), préfacé et post-facé un livre intitulé « Changer le travail oui mais ensemble du pur « vichysme moderne » …
Et bien sûr, M. Le Paon était le plus farouche défenseur du « syndicalisme rassemblé » derrière la CFDT.


Conclusion générale. Et aujourd’hui ?

Selon les estimations d’Eurostat, 9,7 % de la population allemande dotée d’un emploi vit en dessous du seuil de pauvreté. FO Hebdo note le 16 avril 2016 :

« De plus en plus de salariés sans convention collective de branche »

De 2003 à 2005, les quatre lois Hartz ont notamment encouragé les emplois atypiques et durci les conditions d’attribution des allocations chômage. La décentralisation de la négociation collective s’est en revanche faite progressivement.
Les accords d’entreprise dérogatoires aux conventions collectives de branche, introduits au début des années 1980, se sont développés après la réunification. De plus, les procédures d’extension ont diminué.
Résultat : les conventions de branche ne couvraient déjà plus que 52 % des salariés à l’Ouest et 35 % à l’Est en 2012, contre 68 % et 52 % en 1998 ».
On comprend pourquoi l’Allemagne figure au 1er rang des modèles des gouvernements français successifs.
On sait que Peter Hartz, ( Hartz été condamné à deux ans de prison avec sursis pour des faits de corruption commis lorsqu’il était directeur des ressources humaines chez Volkswagen) qui a mis en musique les « réformes », avait rencontré F. Hollande en début de quinquennat. Un communiqué de l’Elysée avait précisé que ce personnage n’était pas destiné à devenir le conseiller du petit Bonaparte de l’époque. Qu’importe, l’axe était clairement défini.
Interrogé par FO HEBDO en juin 2017, Guillaume Duval rédacteur en chef du mensuel Alternatives Economiques a ce jugement :
Question : On a aussi assisté en Allemagne à une décentralisation de la négociation collective. Est-ce comparable avec ce qui se passe en France ?
Guillaume Duval : ( … ) Les conventions collectives de branche sont extrêmement puissantes et elles le restent. A la fin des années 90, les syndicats de branche patronaux et salariés ont effectivement accepté des clauses d’ouverture, c’est-à-dire la possibilité de discuter au niveau de l’entreprise de dérogations à la convention de branche. Mais cela reste un dispositif extrêmement encadré, contrôlé, par des syndicats de branche qui restent très puissants tant du côté salarial que du côté patronal. Par ailleurs, aujourd’hui, tant les syndicats patronaux que de salariés, trouvent que c’est tout de même allé un peu loin dans certains cas et cherchent au contraire à revenir en arrière pour égaliser de nouveau les conditions et éviter trop de distorsions entre les entreprises.
Ainsi, sous Weimar, les syndicats se renforçant, les conventions collectives se sont multipliées. Avec le IIIème Reich, et l’interdiction des syndicats, les conventions collectives librement négociées ont complètement disparu. En 1945, les syndicats se reconstruisent et imposent de nouvelles conventions de branches. En 2002, il revient au gouvernement de « gauche » Schröder-Hartz, en parfaite harmonie avec la politique de l’union européenne, de tout remettre en cause …
On a vu que le corporatiste Salazar estimait qu’il revenait « naturellement » aux gouvernements de « droite » de détruire les organisations ouvrières et donc leurs acquis sociaux. On sait que Denis Kessler, numéro 2 du MEDEF en 2007, dressant la feuille de route des gouvernements futurs – détruire les acquis de la libération – confiait cette lourde tâche, indifféremment à la « droite » ou à la « gauche ». La social-démocratie » allemande a engagé le fer, seule, pour dans un second temps gouverner avec la « droite » qui a dans un troisième temps pris le relais, seule …
Quelles que soient les combinaisons de circonstances, il revient toujours aux militants syndicalistes de conserver comme leur bien le plus précieux leur liberté d’analyses dont découle, comme disait Marc Blondel, leur liberté de comportement.
Sans indépendance syndicale, il n’y a pas de syndicat ; il n’y a que le retour au contrat de louage de service, sous une forme ou sous une autre.

Document : le point de vue du DGB

Le patron des syndicats allemands défend le dialogue social
Publié le 8 février 2016 ; (source : le quotidien La croix). Extraits.

« Une entreprise, un syndicat, une convention collective : c’est la clé du dialogue social »
Reiner Hoffmann, président de la confédération allemande des syndicats (DGB)
Mardi 2 février 2016, à la résidence de l’ambassadeur d’Allemagne.
Reiner Hoffman, président de la Confédération allemande des syndicats
Un duo étonnant pour des observateurs français a joué sa partition le 2 février à la résidence de l’ambassadeur d’Allemagne. Pendant près de deux heures, le président de la Confédération allemande des syndicats (DGB), Reiner Hoffmann, et celui de la Confédération des associations d’employeurs allemands (BDA), Ingo Kramer, ont défendu côte à côte le modèle social de leur pays.
Devant une centaine de personnes invitées par l’ambassadeur Nikolaus Meyer-Landrut, parmi lesquelles Jean-Claude Trichet, Robert Badinter, Jean-Pierre Chevènement ou Alfred Grosser, les deux plus hauts représentants des partenaires sociaux en Allemagne ont martelé que « le dialogue social est à la base du succès économique ».

« Participation et cogestion »
« Les négociations salariales elles aussi, relève des partenaires sociaux », poursuit-il. « Et puis il y a les conventions collectives qui constituent le pilier majeur. Elles sont souvent conclues au niveau d’une branche, dans un secteur d’activité spécifique et pour une région donnée, par exemple à l’échelle d’un Land. Mais elles peuvent également être signées dans une entreprise, par le dirigeant de la société et par la section régionale syndicale. Les conseils d’entreprise (Betriebsrat) peuvent aussi signer des accords sur les rémunérations et les conditions de travail s’il n’y a pas de convention collective applicable à l’entreprise, ou si le texte de branche a expressément prévu que des accords locaux puissent le compléter, voir y déroger. Tout cela se passe selon les principes de participation et de cogestion ».
( … ) On ne fait pas d’idéologie. Karl Marx, c’est un peu loin pour moi. Les syndicats ont intégré l’idée que dans des situations difficiles, une entreprise doit pouvoir déroger à une convention collective en utilisant une clause suspensive négociée en amont, par exemple pour une baisse de salaires qui permettra de sauvegarder l’emploi ».
« Parfois, nous regrettons même que des conventions collectives soient trop rigides et manquent de souplesse, » précise-t-il. « En 2004, alors que l’Allemagne était ‘l’homme malade de l’Europe’ sur le plan économique, l’accord de Pforzheim signé par le syndicat et le patronat de la métallurgie a décidé de délocaliser un certain nombre de négociations salariales au niveau des entreprises, leur permettant de modifier le temps de travail ou les salaires de leurs employés pour améliorer leur compétitivité ou l’innovation. Du coup, elles ont pu réagir de façon plus diversifiées et individualisées, et s’adapter plus rapidement au marché ».

« L’explosion des ‘mini jobs’ et des bas salaires »
« C’est aussi l’époque où le gouvernement Schröder a décidé l’Agenda 2010 qui visait à redonner de la compétitivité aux entreprises allemande », rappelle le président du DGB.
( … ) C’est aussi pour cela que l’introduction du salaire minimum en 2014 était très importante. Des syndicats étaient contre, car ils estimaient que le vote d’une telle loi fédérale était un cheval de Troie dans le système des conventions collectives. Mais il fallait le faire ».

« Une rapide augmentation des inégalités »
« En tout cas, l’Agenda 2010, je ne le recommande à personne. Il a provoqué une rapide augmentation des inégalités », regrette-t-il

« Encore beaucoup de salariés pas couverts par une convention collective »
« C’est depuis lors que nous défendons le principe : une entreprise, un syndicat, une convention collective », souligne le président du DGB. « Or il y a encore beaucoup de salariés qui ne sont pas couverts par une convention collective…

« Parfois, nous regrettons même que des conventions collectives manquent de souplesse … » Pas étonnant que la CFDT et le MEDEF ne cessent de vanter le « modèle allemand ».
Enfin, voici deux réactions syndicales à la loi Pénicaud. La 1ère émane de la direction nationale du DGB ; la seconde, plus encourageante du syndicat des enseignants. (Traduction pat M.B Huet).

De la flexisécurité à la flexibilité – sur le fil du rasoir, 25-09-2017

« Les réformes suivent le modèle scandinave de la « flexisécurité » sur le marché du travail. Il est vrai que ce modèle s’appuie sur une institution syndicale jouissant d’un taux de syndicalisation de 70% et plus et n’est pas obligé de subir d’abord une transformation historique menant d’un système orienté sur le conflit dans les relations de travail vers un système de dialogue social et d’équilibre des intérêts, tel qu’il était prévu à l’origine en France. Face à cet arrière-plan d’une syndicalisation de l’ordre de 6 à 8% comme en France, la « flexisécurité » conduit rapidement à la flexibilité pure.
Il faut considérer les mesures de décentralisation des négociations vers l’entreprise comme très problématiques; cela affaiblit les syndicats et ouvre une brèche en faveur des intérêts particuliers. Les mesures pour chacune d’entre elles sont pour l’essentiel défavorables aux salariés mais, dans leur globalité, elles ne doivent tout de même pas être regardées comme complètement dramatiques. Une réforme du travail « copernicienne », telle que l’a annoncée Macron, ce serait bien autre chose. La nécessité d’améliorer la situation du marché du travail est incontestée; de plus, ce qui est important aussi, c’est la simplification des règles du droit du travail. Beaucoup de choses, qui sont en Allemagne réglées par les Conventions collectives, sont en France fixées par la loi. En revanche, la dérégulation du marché du travail n’a aucun effet sur la productivité, a constaté le FMI déjà dans son rapport annuel de 2015. L’OCDE a analysé en 2016 : « La flexibilisation des lois de protection contre le licenciement n’a, dans le pire des cas, aucun effet ou un effet limité sur le niveau de l’emploi. » Que ce train de mesures puisse diminuer le chômage élevé en France, on peut donc fortement en douter ».

Message de solidarité du GEW de Francfort 14-09-2016

« Le GEW de Francfort déclare son entière solidarité avec le combat persistant de nos collègues français contre la fameuse réforme du droit du travail en France.
Suivant le principe selon lequel «une attaque contre l’un d’entre nous est une attaque contre nous tous», le GEW-Francfort récuse résolument l’objectif du gouvernement français, de remettre en cause, par la loi El Khomri, avant tout l’obligation générale du respect des Conventions Collectives. (C’est ainsi que l’obligation générale des conventions collectives par branches doit être supprimée au profit d’accords d’entreprises; ceux-ci pourraient être conclus de différentes manières : avec les syndicats représentés dans chaque entreprise – en concurrence les uns avec les autres -, par le «vote» des salariés de l’entreprise, par des accords avec des «syndicats» que le patron suscite lui-même).
En outre, le gouvernement ne peut s’appuyer sur aucune majorité, que ce soit dans la population, chez les salariés et dans la jeunesse, ou bien à l’assemblée nationale.
Nous condamnons la manoeuvre qui consiste à imposer ces contre-réformes à l’aide de la législation d’exception du 49-3 de la Constitution française de l’après-guerre, parce qu’une majorité pour la loi-travail ne pouvait être atteinte au parlement, l’assemblée nationale, entre autres parmi les députés PS.
De même que dans d’autres pays, les justifications avancées sont le besoin et la possibilité de renforcer la «compétitivité» des entreprises françaises au travers d’un «marché du travail plus flexible».
Les expériences dans les pays où la «libéralisation» du code du travail a déjà été menée à bien, à commencer par l’Allemagne avec ce qu’on appelle l’agenda 2010, sont catastrophiques pour la majorité de la population : de plus en plus de salariés deviennent incapables de subvenir à leurs besoins par leurs salaires, de plus en plus d’enfants se retrouvent en-dessous du seuil de pauvreté et, par le lien combiné avec d’autres réformes, par exemple l’abaissement du niveau des pensions et l’allongement des durées de carrière, de plus en plus de personnes âgées sombrent dans la misère.
Les travailleurs et travailleuses français avec leurs syndicats indépendants sont totalement en droit de combattre cette politique et ils méritent notre soutien. Nous les assurons qu’en Allemagne nous ne cesserons pas de nous opposer à la politique de détricotage social, chez nous, en France et où que ce soit ».
A l’opposé de la conclusion des camarades de GEW, l’attitude de la direction confédérale DGB vis-à-vis des syndicats espagnols. Le 12 novembre 2012, l’UGT et le CCOO appellent à la grève générale contre les mesures réactionnaires de gouvernement Zapatero, sur la question des retraites notamment. M. Sommer, responsable du DGB accompagne madame Merkel en Espagne. L’objectif : « convaincre » les deux syndicats espagnols de signer un « pacte » de paix sociale avec le gouvernement et le patronat. Le pacte est signé. Le gouvernement Zapatero, celui de M. Rajoy continuent à « détricoter » les acquis ouvriers…

Jusqu’à quand ?

J.M novembre 2017.

chaud ! chaud ! chaud !

L'intersyndicale des retraités reçue par François de Rugy

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