Loire Atlantique 4 / 06 / 2019
Hier …
Depuis le Concile Vatican II (1962-1965), l’Eglise catholique n’a pas ménagé ses efforts pour peser sur les orientations des organisations ouvrières. Les syndicats issus de la « vieille » CGT, CGT-FO et CGT, sont depuis lors l’objet de toutes les sollicitudes de la très sainte institution.
Une date marque, en ce qui concerne la France, le début de cette vaste offensive : janvier 1966.
Janvier 1966 : la CFDT et la CGT signent un « pacte » sois disant d’unité d’action, dont la principale caractéristique est l’absence de revendications syndicales précises.
Il en découle l’organisation méthodique d’une multitude de journées d’actions sans lendemain – certains diraient aujourd’hui, des « temps forts » – ayant pour fonction principale de tenter de contenir le mouvement vers la grève générale (1). Peine perdue. Le 13 mai 1968, c’est la grève totale à Sud-Aviation Bouguenais à l’initiative de la toute jeune et très minoritaire section FO.
Journée d’action saute-mouton.
Il est vrai que les plans des « appareils » tombent parfois à l’eau.
Pourtant le leader de la CFDT d’alors, Eugène Descamps (1922-1990), formé comme il se doit à la JOC, y mettait du sien. Avec le patron de la CGT, Georges Séguy (1927-2016), l’idylle était quasi parfaite à tel point qu’est un moment envisagé un ouvrage écrit « à deux mains » ; hélas, hélas, » politiquement délicat, le projet n’aboutira pas « se lamente F. Georgi dans son livre, «l’invention de la CFDT ».
Ce brave Descamps avait des idées « révolutionnaires » ! :
« Le pluralisme syndical n’est pas inéluctable, la CFDT n’est qu’un moyen. L’objectif doit rester une confédération démocratique unifiée … » autrement dit, un grand « corps intermédiaire » docile, et « pertinent » comme on dit aujourd’hui tout dévoué à la promotion de l’ « intérêt général ».
Un vœu pieux qui recoupe les préoccupations de l’appareil politique du PCF que Benoît Frachon, secrétaire général de la CGT résume à sa façon : « une seule classe ouvrière, un seul syndicat ! ».
Après la trahison de la grève générale, le pouvoir gaulliste comprend l’intérêt des « revendications » cléricales, tout particulièrement : la « revendication » de la section syndicale d’entreprise, 1er étage de la fusée corporatiste avec son complément obligé, la régionalisation et la Chambre des corporations (fusion sénat, Conseil économique et social).
FO et CGT disent deux fois NON. Echec de De Gaulle puis, dans la foulée départ forcé du général (2).
De cette date fatidique à nos jours, les tentatives n’ont pas manqué pour nous imposer le « syndicalisme rassemblé » derrière la CFDT et le MEDEF. Impossible dans le cadre de cette courte note, de les citer toutes.
On n’oublie tout de même pas le duo infernal Chérèque-Thibault et leurs manœuvres pour tenter de faire passer le OUI lors du référendum de 2005. Seconde claque magistrale … victoire sans appel du NON. Les salariés comprennent l’importance du vote. Ils ne s’abstiennent pas. (Voir l’édito de P. Hébert, janvier 2007 : « mono ou dizygotes » ; dans l’Ouest-syndicaliste).
« La CFDT trop affaiblie n’est plus en mesure de faire avaler (seule) les contre-réformes. La CGT est obligée de prendre le relais. L’opération est très risquée … » (P. Hébert). Sous l’ère Sarkozy, c’est le temps des « grandes conférences sociales ». Enfumage garanti ! L’expression est désormais prohibée. Trop compromettant ! Pour autant, l’objectif – associer les syndicats domestiqués à la mise en musique des contre-réformes – reste évidemment inchangé.
On n’oublie pas non plus le ralliement de Thierry Le Paon, éphémère SG de la CGT après B. Thibault, aux thèses les plus nauséabondes : l’entreprise comprise « comme une communauté d’intérêts ». (Communauté de destins selon Jupiter). Le Paon est éjecté de la CGT comme un corps étranger. Nouvelle claque magistrale …
Aujourd’hui …
Les cléricaux font preuve de constance et de méthode. Les voici qui attendent avec une infinie patience les conclusions du tout récent congrès confédéral CGT
Disons-le clairement, l’appel du congrès qui termine ses travaux n’est pas celui qu’espérait l’appareil d’Etat. La revendication du maintien des 42 régimes dits spéciaux y est en effet réaffirmée.
De même, les « réformes » statutaires visant à marginaliser les unions départementales, locales et les fédérations n’ont pas abouti. Les « modernistes », ceux qui fricotent avec les jésuites (3) ont perdu sur ces deux points essentiels. Pourtant, le congrès à peine terminé, l’offensive reprend de plus belle
La plupart des 600 000 adhérents de la CGT ignorent sans doute la teneur inquiétante de l’interview « croisée » Berger-Martinez relayée par une partie des médias. (Dépêche AEF).
En 2008, la « position commune » CFDT-CGT–patronat Raymond Soubie (conseiller social de Sarkozy) prétendait déjà sélectionner deux bons syndicats. Il y aurait eu le grand méchant mou qui signe tout, et le grand méchant loup qui fait mine de ronchonner.
Soubie a récemment déclaré : « la méthode Macron – se passer de la collaboration des corps intermédiaires – a ses limites ; déclaration au quotidien les Echos.
« Les fondamentaux syndicaux que nous avons en commun … »
La conclusion formulée par Berger fait froid dans le dos :
« Laurent Berger : Je suis d’accord avec la formule que Philippe a utilisé la semaine dernière lors de son congrès. Nous avons des divergences, mais ce qui est emmerdant, c’est que le fossé se creuse. Peut-être que la CES (4) peut aussi nous aider à redire les fondamentaux syndicaux que nous avons en commun.
La situation nationale est compliquée pour deux raisons. D’abord, il y a la présence des politiques et par rapport à eux, nos stratégies divergent. Ensuite, c’est complexifié par un jeu syndical avec six autres petits camarades autour de la table. C’est un truc de malades. Si nous étions deux ou trois, nous serions capables de tous signer avec le patronat, un texte sur l’Europe, comme ils l’ont récemment fait en Italie ».
Ce qui est « emmerdant » pour Berger, c’est que les adhérents de la CGT, dans leur grande majorité, ne sont pas disposés à laisser la CGT partir à la dérive.
Comme la grande majorité des adhérents de notre confédération, ils ont des revendications qu’ils ne veulent pas voir sacrifier sur l’autel d’une nouvelle union sacrée, même teintée de vert …
Le secrétaire général de la CGT feint de l’ignorer. Pire, il reprend à son compte les thèses de son prédécesseur, Le Paon certes de manière moins provocatrice, mais tout de même …
Philippe Martinez :
« Évidemment, on a besoin que la CES échange avec des interlocuteurs patronaux, mais il est nécessaire de retrouver un équilibre entre l’institutionnel et les initiatives avec les syndicats d’entreprise. Je pense par exemple, à la mise en place d’échanges entre syndicats d’entreprise sur les relations donneurs d’ordre-sous-traitants. Les relations entre syndicats de terrain n’existent pas suffisamment à mon sens ».
Cette insistance à vanter les vertus du « syndicalisme d’entreprise » est étrangère aux traditions syndicales de la CGT, celles du congrès d’Amiens de 1906.
Du haut de ses 10 % d’électeurs inscrits sur les listes électorales (sans oublier les trois millions qui n’y sont même plus inscrits), E. Macron annonce l’accélération des contre-réformes, en premier lieu, la destruction pure et simple de nos régimes de retraite.
Certains espèrent peut-être encore par la persuasion, influer sur les décisions finales, « limiter les dégâts ». Ils se trompent. Le gouvernement et ses subsidiaires « pertinents » (que les préfets convoquent territoire par territoire) iront jusqu’au bout si le rapport des forces le leur permet(5).
Il n’y aura pas de miracle. Il s’agit maintenant de préparer les conditions de l’affrontement. C’est la tâche première de tous les militants syndicalistes ; ceux qui ne prennent pas leurs ordres chez les jésuites …
Journées d’actions et processions : « dans l’Eglise, on a besoin de cérémonies, de processions, on fait sa communion solennelle. De même les travailleurs ont besoin de se tenir côte à côte. Je me rappelle le père Frachon me disant au cours du défilé : ils sont contents de nous voir ainsi bras-dessus, bras-dessous ». (E. Descamps). Le corporatisme peut être festif et convivial …
Avril 1969. C’est le référendum. De Gaulle tente, à froid, d’imposer une nouvelle mouture de l’association Capital-Travail. Les travailleurs comprennent l’importance de l’enjeu. Il y a plus de 80 % de participation. De Gaulle obtient 48 % de OUI. Désavoué, il quitte le pouvoir … autre temps, autres mœurs.
C’est dans le cadre du Collège des Bernardins cher au président de la république, que la CFDT et les jésuites réfléchissent à l’entreprise du futur. Ils y reçoivent le concours de Sophie Binet (UGICT-CGT).
Collège des Bernardins. L. Berger à l’extrême gauche (ou droite, selon le sens) aux côtés de Sophie Binet brillamment élue à la CE confédérale. Félicitations !
Laurent Berger vient d’être désigné président de la CES. Il a été intronisé par tout le congrès à l’exception de la délégation CGT-FO..
L’UD CGT-FO 44 ne se rend pas, c’est une évidence, aux convocations du préfet. Nous ne sommes pas un « corps intermédiaire pertinent ».
JM 4 juin 2019.