>Histoire

21 / 02 / 2018

Chronique des envahisseurs. (1/2).

26 ans avant le concile Vatican II, les plus éminents dirigeants du Front populaire ont cru utile de « tendre la main » aux adversaires de toujours de la république. En première ligne, déjà, Maurice Thorez.

« Frère Croix de Feu … »

C’est le 17 avril 1936 que le dirigeant du PCF lance à la radio un appel à la collaboration « entre travailleurs communistes et catholiques ».* Il en appelle « à la réconciliation du peuple de France ». Traduction concrète :

 » Nous te tendons la main, catholique, ouvrier, employé, artisan, paysan, nous qui sommes des laïques, parce que tu es notre frère. […] Nous te tendons la main, volontaire national, ancien combattant devenu Croix-de-Feu, parce que tu es un fils de notre peuple … »

Pour justifier l’appel, les idéologues du parti stalinien mettaient en avant ce fait incontestable :

« En 1789, les pauvres curés de campagne, acquis à la cause du peuple, ont accéléré la marche des évènements révolutionnaires en se joignant aux délégués du Tiers-Etat ».

Blanqui avait par anticipation mis en évidence le subterfuge :

« Beaucoup de nobles et de prêtres avaient pris fait et cause pour la Première révolution ; faut-il en conclure que la Révolution n’était pas dirigée contre la noblesse et le clergé ? Qui oserait soutenir une telle absurdité ? »  Ces propos sont rappelés par Marceau Pivert dans une brochure éditée par la SFIO « la main tendue aux catholiques ».

Croyant sans doute embrouiller les idées des militants syndicalistes, les chefs staliniens écrivaient :

« Quel est présentement l’obstacle essentiel au rapprochement des hommes, à leur bonheur mutuel ? C’est l’oppression économique qu’un petit nombre de riches et d’opulents, de maîtres inhumains et cupides fait peser sur l’infinie multitude des prolétaires soumis à un joug presque servile ».

Thorez ne tend pas la main aux travailleurs catholique mais bien, au Vatican.

Lorsque Marceau Pivert rédige pour la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière, le parti de Léon Blum) cette brochure d’une trentaine de pages. Il pense encore que le PCF n’a pas renoncé à construire une société « socialiste ».

Il voit dans la politique de « la main tendue »  une suite d’erreurs, certes grossières, mais des « erreurs » tout de même.

En démontant les « arguments » de Thorez, il espère prémunir les militants syndicalistes de la CGT des pires errements « unicitaires ».

Texte intégral de la brochure :

https://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2014/05/pivert-tendre-la-main.pdf

Rerum novarum, la bible de Maurice Thorez.

« L’encyclique rerum novarum du pape Léon XIII a dénoncé ce mal en 1891, presque dans les mêmes termes que le manifeste communiste de Marx, plus vieux d’un demi-siècle ».

Autrement dit, Marx et Léon XIII, même combat !

Mais tout militant de la CGT sait que la CFTC n’a été constituée par l’Eglise que dans le but de contrer la CGT. Aucun n’a oublié qu’en 1871, au moment de la Commune de Paris, l’Eglise a été toute entière du côté des massacreurs versaillais.

Marceau Pivert rappelle à juste titre que l’encyclique préférée des leaders staliniens  est inspirée par la crainte du mouvement ouvrier qui s’organise en toute indépendance, par la crainte de ce que les cléricaux nomment « la peste socialiste ».**

  Marceau Pivert (1895-1958 ) ici à la tribune d’un congrès SFIO. En juin 1936, observateur attentif des grèves ouvrières, il déclare : « tout est possible ».

C’est Maurice Thorez qui vole au secours de l’Etat ébranlé par la grève générale : « non, tout n’est pas possible ».

« L’unité syndicale ».

Thorez se lâche :

« L’idée de l’unité syndicale complète progresse peu à peu. Ceux qui inspirent l’activité des syndicats chrétiens ont admis qu’en vue de sauvegarder les intérêts ouvriers, un accord pouvait être conclu entre les syndicats chrétiens et confédérés ». ***

Ainsi les syndicats chrétiens lutteraient « pour sauvegarder les intérêts ouvriers »  En mai 1936, la CFTC a joué le rôle qu’il lui est naturellement dévolu : tout faire pour empêcher le développement de la grève générale.

Il est vrai que dans ce domaine-là, les dirigeants PCF n’étaient pas non plus aux abonnés absents.

« Les syndiqués voudront certainement plus qu’une entente occasionnelle entre leurs organisations. Ils exigeront l’unité dans un seul syndicat. Rien ne saurait justifier plus longtemps la division ».

Thorez fait mine de prendre au sérieux le « ralliement » de la hiérarchie catholique à la « gueuse », la république.

Il se garde bien de noter ses propos de Léon XIII (1892) qui conseille aux catholiques d’aborder la vie politique « pour tirer des institutions autant que faire se peut, le bien public sincère et vrai, en se proposant d’infuser dans toutes les veines de l’Etat comme une sève et un sang réparateur, la vertu et l’influence de la religion catholique ». Il conclut par la dénonciation du « socialisme inepte, injuste et subversif ».

Qu’importe ! pour Thorez, la messe est dite ; les syndicalistes doivent passer sous les fourches caudines de « l’unité syndicale », première version du « syndicalisme rassemblé » contemporain.

Fort heureusement, ces « conseils » ne seront pas suivis d’effets. Par sa mobilisation, avec une CGT qui se renforce considérablement, la classe ouvrière arrache des conquêtes inestimables, celle-là mêmes que les héritiers de Léon XIII et de la CFTC tentent de liquider. 

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* En Espagne, l’Eglise et l’armée dirigée par Franco préparent la guerre contre révolutionnaire. L’URSS de Staline dépêche ses « commissaires politiques » chargés de liquider les militants ouvriers, les syndicalistes de l’UGT et ceux de la CNT qui entendent conserver leur liberté de comportement.

** En 1937, Thorez récidive dans un meeting exclusivement consacré à l’appel vibrant aux catholiques et Croix de Feu.

Un député admirateur du petit père du peuple de France – un certain monsieur Dharreville  – note sur son blog :

« Citant abondamment l’encyclique quadragesimo anno, il (Thorez) reprend à son compte le terme de charité au sens large d’amour du prochain … » L’encyclique en question vante les « mérites » de l’ordre mussolinien.

Notons que ce fier député gomme prudemment l’appel aux Croix de Feu.

***  En janvier 1966, récidive. La direction du PCF impose à la CGT la signature d’un pacte d’unité d’actions avec la CFDT. Aujourd’hui encore, certains n’y ont pas renoncé, même s’ils sont contraints à une certaine prudence.

J M février 2018.

A suivre … Léon Blum et les dominicains de la revue « sept ».

chaud ! chaud ! chaud !

Mobilisation le 9 octobre 2018

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