>Histoire

3 / 12 / 2018

Chronique des envahisseurs.

Marc Prévotel, militant anarcho-syndicaliste rédige de 1976 à 1989, ses « chroniques des envahisseurs ». Il y montre comment l’Eglise catholique, officiellement ralliée à la République prétend « infuser dans toutes les veines de l’Etat, comme une sève et un sang réparateur, la vertu et l’influence de la religion catholique ». (Pape Léon XXIII , en 1895). Il met en évidence le rôle assigné à la CFDT et au courant personnaliste chrétien désormais installé – par « effraction, certes – à la tête de la Vème République.

Le corporatisme vert du XXIème siècle vient de loin.

Introduction.

Le gouvernement Macron, de plus en plus suspendu en l’air prétend « changer de société » : plus de code du travail, plus de statut, plus aucune garantie. Le petit employé des banques annonce « une méthode (de gouvernance) nouvelle ». Comme Laurent Berger, il plaide pour un « nouveau contrat social du XXIème siècle ».

L’ex sous ministre du gouvernement Ayrault, Pascal Canfin*, aujourd’hui patron de l’ONG WWF, annonce l’institution d’un « Haut conseil à l’écologie » chargé, en application du principe de subsidiarité de l’Eglise, de mettre en musique les décisions prises au sommet. Douze heureux « élus (les « élites », chères au régime de Vichy et à son école de formation des « cadres », Uriage) seraient chargés de piloter l’opération. Il s’agit d’instaurer une sorte de super cours d’arbitrage. Notons qu’il existe déjà un Conseil national de la transition écologique où siègent des représentants des confédérations ouvrières. On assiste ainsi à un empilement de « bidules » qui n’intéressent personne. On ne connait pas forcément le mandat des uns et des autres …

C’est aussi pour le gouvernement une façon de nier un peu plus les prérogatives des parlementaires godillots de la Vème République. « Les parlementaires m’agacent. Ils me font perdre un temps précieux » disait déjà le maréchal Pétain, ce si « grand soldat » !

Des « concertations » au niveau local devraient associer « tous les acteurs de la transition écologique ». (Macron, le 27/11). Le MEDEF s’en est félicité même s’il regrette de ne pas être directement représenté au Haut conseil pour le climat. Même son de cloche, si l’on peut dire, côté CFDT où comme au MEDEF, le mot salaire – sauf s’il s’agit de « partager » – est définitivement banni.

Parmi les « acteurs », bien sûr, les syndicats. Autrement dit, la touche verte de rigueur en plus, Macron et son petit commando d’adeptes du « personnalisme » chrétien, prétend, à défaut de pouvoir détruire les syndicats (comme l’avait fait Mussolini**), les intégrer à la gouvernance.

Ce vaste programme s’accompagne inévitablement pour la classe exploiteuse dominante, de l’impérieuse nécessité de « transformer » l’entreprise devenue selon les termes de Thierry Lepaon, (éphémère secrétaire général de la CGT) une « communauté d’intérêts » ou selon les termes de Macron, une « communauté de destins ».

Fort heureusement tout ceci se heurte à la résistance des salariés, résistance qui prend de multiples formes, parfois inédites. « L’enfumage vert » ne trompe à peu près personne.

On trouvera ci-dessous quelques étapes marquantes de l’offensive des corporatistes pluriels. Incontestablement, l’année 1982 aura marqué un tournant.

*Canfin n’est qu’un petit serviteur de la finance. Le 1er décembre il déclare au « journal » de la multi milliardaire Bettencourt, l’Opinion : « l’économie ne fonctionne pas sans le sang qui est constitué par la finance » qu’il prétend convertir à l’idéologie verte. Sa méthode, du « sang et des larmes » avec la collaboration de tous les partenaires, les corps intermédiaires … les syndicats. Le SMIC est bloqué depuis 2012. C’est bon pour la « finance », c’est bon pour le climat.

**Le fascisme n’avait pas seulement pour fonction de détruire toutes les organisations, syndicales et politiques de la classe ouvrière. Il prétendait aussi maintenir la classe ouvrière dans une situation d’atomisation forcée. Le corporatisme vert du XXIme siècle fonctionne selon les mêmes principes.

Marc Prévotel.

1ère partie. 1982, le tournant.

Honneur à monsieur Jean Auroux, auteur des lois du même nom, en 1982.

« 82-83, c’est le tournant de la rigueur … et puis il y a les lois Auroux, on en parle souvent, il y en a quatre. Il y en a une qui est du 13 novembre 82 qui instaure l’obligation de négocier dans les entreprises sur les salaires et le temps de travail mais qui introduit également pour la 1ère fois dans notre droit social la notion d’accord dérogatoire ce qui signifie donc la possibilité de signer dans les entreprises des accords moins bons que ceux du niveau supérieur.

C’est le début de la remise en question en profondeur de cet acquis de 36 qui établit la hiérarchie des normes… » (Propos de l’historien Stéphane Sirot).

1982, c’est en effet l’année de la déclaration de guerre du gouvernement Mauroy-PCF aux travailleurs. La CFDT l’a exigé. Le gouvernement a exécuté. Ce n’est pas il y a vingt, ni même trente ans. Cela fait une  parenthèse  de la rigueur de plus de 36 ans. C’était pour être précis, le 21 mai 1982. (discours de Mauroy à Angers).

Auroux, le retour.

Jean Auroux ne ferait plus de politique. Promis juré ! Pourtant, le champion de « l’expression directe des salariés dans l’entreprise » a fait paraître un livre d’entretiens (en 2012) dans lequel, il préconise de « relancer le droit d’expression des salariés, tombé en désuétude ». C’est l’illustre Noblecourt qui le dit ; on peut le croire.

Auroux, adhérent de la CGT, assume son œuvre. Le cœur de son dispositif est consigné dans la loi du 13 novembre 82 qui permet aux patrons de déroger aux conventions collectives, loi qui ouvre la voie au rétablissement du contrat « de gré à gré », à l’exploitation sans limite du Travail par le Capital.

Plus récemment, en 2016, monsieur Auroux, a été l’invité de la revue du crieur fondé par le site Médiapart, La rencontre se déroule en l’église Saint-Eustache ; un lieu tellement propice au recueillement … On verra plus loin quelle fut sa « partenaire » du moment.

La sainteté du lieu incite sans doute aux confidences. Monsieur Auroux « confesse » ceci : « après mes textes qui sont une co production législative avec les salariés, avec les syndicats avec les formations progressistes de gauche, je m’attendais à un développement de l’adhésion aux syndicats … et c’est le contraire qui s’est produit … »

A gauche, Pierre Mauroy, 1er ministre (PS), à droite Jean Auroux.

Commentant les projets macroniens, Il se « triste et en colère du sacrifice de CHSCT ». (Source : la marche de l’Histoire, septembre 2017).

Et : « si on a un code du travail par entreprise, les chefs d’entreprise vont payer la note aussi ». en l’église saint Eustache … un ange passe …


Côté CFDT, second pilier de l’union de la gauche, les choses ne vont pas mieux.
C’est un fait que de 1981 à 1984, la CGT perd, 550 000 adhérents. La CGT, « courroie de transmission » des quatre ministres dits communistes, ça fait du dégât.

Edmond Maire (SG de la CFDT en 1982). : « Mon plus mauvais souvenir. (Source site CFDT retraités)

« Mon plus mauvais souvenir, c’est l’élection à la sécurité sociale en 1983. Nous avions cru que les progrès réalisés, les lois Auroux, allaient nous faire progresser. Cela a été l’inverse. Il a fallu s’accrocher pour surmonter l’épreuve ».

Les cléricaux se prennent une ratatouille. Il y a une justice.

Auroux d’hier et d’aujourd’hui.

Dans un livre « l’homme des lois », Auroux nous dit qu’il a adhéré au néo parti socialiste au congrès d’Epinay en 1971 ; il raconte que dans son département d’origine, la Loire, l’appareil du parti confie les postes importants au courant lié à l’hebdo Témoignage chrétien. Nommé ministre, il obtient le soutien d’une partie du patronat, notamment d’Antoine Riboud qui comprend l’intérêt des procédures de « conciliation » et « d’arbitrage » que préconise le ministre « socialiste ». Ce patron « moderniste » est un adepte du concept de « développement durable ».

Le journal de la « finance », l’Expansion ne cache pas son intérêt :

« ( … ) Cet ensemble de lois constitue un élément fondateur de la modernisation du travail dans les entreprises françaises. Elles ont créé le dialogue social aujourd’hui au cœur de l’organisation du travail … » (L’homme des lois, p. 115). L’ouvrage cite Jacques Le Goff, universitaire, chef de file de l’association les « amis d’E. Mounier » : « Pour deux d’entre elles, la loi sur le droit d’expression et celle sur l’obligation de négocier, elles ont été couvées par la CFDT ».

Couvées ou rédigées ? Mais tout ceci vient de loin, il y avait eu les rapports Supiot, Sudreau, Boulin, de « droite », de « gauche » et d’ailleurs …

Auroux assume et voudrait aller plus loin, vers  un code du travail du XXIème siècle …  Il conviendrait « de simplifier les conventions collectives en les regroupant … et en donnant aux syndicats un statut plus élaboré ». On sait que certains secteurs de la direction confédérale de la CGT ont le même projet : passer de 30 fédérations à, « entre six ou dix » pour mieux « accompagner » la « modernisation », autrement dit, les licenciements devenus « citoyens » et surtout « durables » !

Pour conclure sur ce point, on notera le souhait d’un « partage des revenus », c’est-à-dire de la misère. C’est la vieille « revendication » cléricale de la CFTC-CFDT. M. Auroux n’est pas sectaire, dieu soit loué ! Il rêve encore à la reconstruction du « front de la collaboration », CFDT-CGT.

Pas sûr que les adhérents de la C.G.T. partagent cet objectif.

Document : Le point de vue d’Alexandre Hébert.

INCOHÉRENCES… Janvier 83.

( … ) Il est exact, qu’en démocratie, la recherche du «compromis social» relève de la pratique contractuelle entre travailleurs représentés par leurs syndicats et les employeurs représentés par leurs organisations professionnelles.

Telle ne semble pas être la conception du Ministre (socialiste) du Travail qui propose une «politique contractuelle» étroitement subordonnée aux ukases gouvernementaux. Pour Jean Auroux, dont le quotient intellectuel semble particulièrement bas, les augmentations en pourcentage «accroissent les inégalités» ce qui est mathématiquement faux, les augmentations en pourcentage, surtout lorsqu’elles correspondent à des augmentations du coût de la vie ne font que maintenir un statut quo… un point c’est tout! Il est vrai que M. le Ministre du Travail a fait une découverte d’une portée sociologique considérable: il y aurait «des conquêtes sociales de droite», de quoi justifier l’assertion de Jacques Chirac affirmant que le socialisme c’est la régression sociale.

Mais pour qu’on ne nous accuse pas de trahir la pensée du Ministre C.F.D.T. (mais adhérent CGT) du Travail, voilà textuellement reproduites ses propres déclarations:

« Depuis que j’occupe les fonctions de Ministre du Travail, je ne cesse de répéter que le temps est venu de remettre en question des situations acquises et spécifiques non justifiées par des contraintes particulières de travail. Celles-ci résultent certes de luttes syndicales et peuvent être considérées par ceux qui en bénéficient comme des conquêtes sociales.

C’est oublier un peu vite qu’elles ont été instaurées sous un régime de droite dont la caractéristique n’était ni de favoriser la concertation avec les organisations ni de créer les conditions d’une prise en charge solidaire des problèmes économiques et sociaux. En un mot, les gouvernements précédents prenaient à leur compte la devise: diviser pour régner, en développant les corporatismes et acheter au meilleur prix la paix sociale. La notion d’avantages sociaux n’a de sens que par rapport à une conjoncture économique donnée et à son évolution prévisible.

Faut-il à tout prix maintenir les avantages de certains aux risques de dégrader la situation de l’emploi? Ne convient-il pas d’introduire davantage dans la politique revendicatrice la prise en compte d’objectifs généraux favorables à l’ensemble de la collectivité?».

En clair, selon Jean Auroux, en concédant des avantages aux salariés, la droite «achèterait au meilleur prix la paix sociale».

Est-ce à dire que la «gauche» dispose d’autres moyens pour IMPOSER la paix sociale et si oui, desquels? De telles conceptions héritées de la «Charte du travail» doivent, pendant qu’il en est temps encore être combattues par tous les moyens. Les syndicats dignes de ce nom ne sauraient souscrire à la demande de Jean Auroux qui propose ni plus, ni moins «d’introduire davantage dans la politique revendicative la prise en compte d’objectifs généraux favorables à l’ensemble de la collectivité. Ce qui, en clair signifie, que les syndicats ouvriers devraient abandonner la défense des intérêts particuliers des travailleurs au bénéfice des intérêts de la collectivité qui se confondent fâcheusement avec ceux de la clique de politiciens sans scrupules qui exercent actuellement le pouvoir. Oui, il faut combattre cette politique par tous les moyens, le bulletin de vote inclusivement…. » (A. Hébert).

Les thèses parfaitement réactionnaires du « socialistes » Auroux, ses lois, devraient pourtant, selon certains secteurs de la CGT être poursuivies et approfondies, d’où ce « fameux code du travail du XXIème siècle » qui nous est une nouvelle fois présenté comme une « innovation ».

*Le chef de cabinet de Jean Auroux, Michel Praderie a immortalisé l’objectif premier des lois Auroux : « pulvériser les confédérations ouvrières ». (Devant les patrons nantais). Praderie est un proche du « moderniste » Jean Louis Moynot formé par la JEC – la Jeunesse Ouvrière Chrétienne – membre du Bureau confédéral de la CGT et de la direction du PCF ; démissionnaire en 1981. Il s’affiche alors ouvertement aux côtés de Delors. Moynot raconte dans le détail tout cet épisode dans ses mémoires syndicales et politiques. Un document édifiant. (S’émanciper, une vie de recherches …)

Il écrit page 281 : « Pour ma part, j’ai mené un travail quasi clandestin (dans la CGT) avec un collectif de jeunes économistes travaillant dans des fédérations CGT … », jeunes économistes, farouches partisans de « l’expression directe des salariés » contre les syndicats, contre l’interprofessionnel, plus tard « appelés au cabinet de Jacques Delors … » Les « envahisseurs » …

2ème partie. Le corporatisme vert du XXIème siècle.

1 De Jean Auroux à Dominique Méda,

Ou, du corporatisme rose, au corporatisme vert.

Philosophe, enseignante à l’université Paris I, Dominique Méda est dans tous les médias. De plus en plus. En 2012, elle donne à la revue des jésuites de France, « projets », une longue contribution d’où ressort l’urgence, selon elle, de « surmonter les résistances à la mise en veilleuse de l’idéologie croissantiste ».

En 2013, elle participe aux côtés de Laurent Berger et du très moderniste cégétiste JC Le Duigou aux Semaines sociales de France organisée par l’Eglise catholique. Le but ? Réinventer le travail » en « liant les droits à  la personne ».

Réinventer le travail
22/23/24 novembre 2013
Lyon Villeurbanne – Paris – Strasbourg

Un seul événement dans 3 lieux :

Depuis 30 ans la mondialisation, l’évolution des techniques et la prise en compte écologique bousculent le monde du travail.
Comment en tirer parti sans laisser 15% de personnes sur le bord du chemin ?
3 jours pour comprendre, échanger et proposer des pistes pour réinventer le travail d’aujourd’hui et de demain !
 Avec Laurent Berger, Jean-Paul Betbèze, Philippe d’Iribarne, Elena Lasida, Dominique Méda, Frédérique Saint-Geours, Wolfgang Schäuble, Claude Thélot, Joseph Thouvenel JC Le Duigou, Dominique Méda … …

Depuis 30 ans la mondialisation, l’évolution des techniques et la prise en compte écologique bousculent le monde du travail.Un seul événement dans 3 lieux :

Comment en tirer parti sans laisser 15% de personnes sur le bord du chemin ?
3 jours pour comprendre, échanger et proposer des pistes pour réinventer le travail d’aujourd’hui et de demain !
 Avec Laurent Berger, Jean-Paul Betbèze, Philippe d’Iribarne, Elena Lasida, Dominique Méda, Frédérique Saint-Geours, Wolfgang Schäuble, Claude Thélot, Joseph Thouvenel JC Le Duigou, Dominique Méda … …

Elle y déclare :

« Enfin, cette prise de conscience nous conduit à une relecture critique de notre passé. J’ai dit que nous découvrons que la croissance est génératrice de maux. Un certain nombre de théoriciens et de politiques des années 70 l’avaient parfaitement compris, comme Bertrand de Jouvenel, Edmond Maire, Robert Kennedy, qui avaient montré que la croissance peut être génératrice de dégâts, non seulement sur le patrimoine naturel, mais aussi sur la qualité de vie, la cohésion sociale, le travail humain. Je renvoie à l’ouvrage célèbre publié en 1973 sous l’égide de la CFDT : les dégâts du progrès. Le consensus qui semblait avoir entouré la modernisation de la France pendant les Trente glorieuses apparaît, avec le recul, de moins en moins solide, comme viennent de le montrer Bonneuil et ses collègues dans un ouvrage intitulé Une autre histoire des Trente Glorieuses, et comme Jouvenel l’avait mis en évidence … » (Le pape Paul VI préférait l’expression : «les ambiguïtés du progrès »).

 

Bertrand de Jouvenel réalise en 1936 une interview d’Hitler qu’il admire. Il écrit dans le journal fascisant, Gringoire. Il adhère au PPF (Parti populaire Français de Doriot, l’ex dauphin de M. Thorez, rallié au national-socialisme). Dès 1957, il préconise « un passage rapide de l’économie politique à l’écologie politique ».

De Jouvenel fut l’une des têtes pensantes de l’extrême droite fascisante (plutôt tendance nationale-socialiste) dans les années 30. A la Libération, il se convertit aux délices de l’économie verte et de la croissance zéro. Ses thèses sont reprises par le club de Rome.

Maire, le vrai 1er ministre en 82, on ne le présente plus. Kennedy est-il cité uniquement pour brouiller les pistes … ?

En 2017 Méda publie dans libération une tribune : l’entreprise de droit social. Elle regrette qu’aujourd’hui, « il n’est plus jamais question de partage des pouvoirs (dans l’entreprise) ou de la propriété » elle se plaint « des échecs des tentatives autogestionnaires ». Elle affirme que « les travailleurs ont un droit moral à participer à la gestion des entreprises ». Elle se réfère au « modèle allemand ». Jusque-là, que du classique. C’est la récitation rituelle des niaiseries cléricales véhiculées notamment par la CFDT depuis plus d’un demi-siècle.

Survient alors ce que les plus naïfs pourraient penser être une innovation. Elle cite une sociologue belge, Isabelle Ferraras, auteure de propositions terriblement innovantes.

C’est dans le cadre de l’université catholique de Louvain que cette dernière nous révèle que :

« Les corps constituants de l’entreprise, c’est le Capital et le Travail. » Il y aurait  les « apporteurs de travail » et les « apporteurs de capital ». C’est très exactement le vocabulaire des encycliques sociales. Evidemment !

Tout ce petit monde devrait – enfin ! – s’accorder. Pour y parvenir, l’éminente sociologue prône le « bicamérisme dans l’entreprise ». De quoi s’agit-il ?

Notons en préalable que le « bicamérisme admet la pleine propriété des actionnaires ». Ouf !

C’est simple ; le conseil d’administration subsiste avec une représentation plus importante «  des apporteurs de travail ». Au CA, on peut bavarder librement autant qu’on le souhaite. Certains patrons disent que c’est du « temps de perdu ». Pas modernes pour deux sous, ceux-là !

Et, voici le miracle, on institue deux chambres dans chaque entreprise : une Chambre du travail et une Chambre du capital. «  Cette configuration – nous promet Méda – organise « la coexistence des intérêts des deux parties ». Bref, nos sociologues-philosophes modernistes, soixante-huitardes attardées, déclinent laborieusement les pseaumes cfdédistes, version corporatisme du XXIème siècle, avec cette petite touche :

« Les travailleurs sont trop souvent (pas toujours !) aliénés … il faut démocratiser le travail et la finance … », stupidités mille fois rabâchées depuis Léon XIII.

Comme les « papes sociaux »*, elles craignent par-dessus tout la revendication ouvrière ; Le mot « syndicat » devient tabou. Même le « syndicat » d’obédience chrétienne disparaît des discours de Ferraras. Reste la panique à l’idée que « tout s’écroule ». C’est le sens de l’appel vibrant – et désespéré – au patronat belge qui estime lui, qu’il a besoin de syndicats pour … cogérer. Mon dieu ! que l’entente est laborieuse !

L’espoir, c’est que la « gauche » belge « s’empare » de ses idées pour essaimer plus tard …

On a déjà connu ça avec de Man, le leader des « modernistes » belges  des années 30, inévitablement rallié au national-socialisme.

Monsieur Macron, toujours aussi arrogant, était l’invité d’honneur de ladite université de Louvain le 20 novembre dernier ; un grand moment de recueillement. Accueilli par le roi de belges, le président de la république a été confronté à la contestation d’étudiants peu respectueux. « La sécurité va s’en occuper » a annoncé l’hôtesse, maîtresse de cérémonie. Tout un programme.

C’est pas à Vichy qu’on aurait vu de tels débordements 

Jean Auroux, à l’extrême droite, à sa gauche, Dominique Méda. Communion en l’église Saint -Eustache.

D. Méda a de la suite dans les idées. En l’église Saint Eustache, aux côtés de Jean Auroux, elle nous rappelle que dès 1985, elle suivait avec passion les travaux de Jean Boissonnat qui aboutissent au rapport : « le travail dans vingt ans ». Il s’agissait de prôner les vertus du « contrat d’activité ». Boissonnat fut patron des Semaines sociales de France, proche de l’association patronale « entreprise et progrès » étroitement liée à la CFDT. Il milite pour la « modernisation » – la casse – du code du travail, c’est-à-dire la « société sans statut » façon Jupiter.

2 Des « anarchistes » d’un type un peu particulier.

Toutes ces vieilleries continuent pourtant d’influencer certains secteurs du mouvement ouvrier et syndical. Pour preuve ce commentaire remarquable, si l’on peut dire, du journal « le Monde libertaire » :

« Avec des nuances d’analyses quelquefois importantes, Paul Lafargue … Joffre Dumadezier, André Gorz … Dominique Méda, … ont pratiqué le démontage idéologique et culturel de la société du travail. Le vieux monde était menacé d’écroulement sous le poids de ses propres contradictions ; d’où l’offensive actuelle du MEDEF, et de ses alliés… dont certains sont issus du monde syndical ».

Dumadezier fut formateur des cadres de Vichy à Uriage jusqu’en décembre 1942 avant de se convertir à « l’éducation populaire ». Gorz fut une tête pensante de la CFDT. Oser placer Lafargue en compagnie de ces individus, n’est-ce pas un peu hardi ? Quelle confusion !

Les militants syndicalistes de notre CGT-FO découvriront cette étrange affirmation concernant le rôle de la CFDT :

« Le Monde libertaire, N° 1771, avril 2018

Quand vous lirez ces quelques lignes, vous serez sûrement en train de marcher sur le bitume parisien, entouré de milliers d’autres travailleurs, précaires et chômeurs manifestant contre la loi Macron et, de manière générale, contre la politique de François Hollande. Le 9 avril, c’est la date choisie par la CGT, FO et Solidaires pour faire entendre le ras-le-bol du monde du travail contre des ministres et un président qui n’en finissent plus de répondre favorablement à la moindre exigence du Medef. En cela, la gauche parlementaire remplit parfaitement son rôle historique : celui d’attaquer les droits des travailleurs en période de crise ». C’est vrai, mais pourquoi ce « seulement en période de crise » ?

« La droite, elle, si elle en rêve, n’est pas toujours en mesure d’y parvenir, ne réussissant que plus difficilement à mettre de son côté certaines grandes centrales syndicales comme la CFDT».

Ainsi la CFDT serait une centrale syndicale comme une autre. 1er problème.

Ensuite la CFDT résisterait aux plans de la droite ? Quelle ânerie ! Et le plan Notat-Juppé 1995 ; le plan Chérèque-Fillon 2003 ; et la loi scélérate sur la représentativité syndicale (Sous le mandat Sarkozy 2007) ; et 2010, la x ème « réforme » des retraites ; sans compter toutes les lois de destruction du service public, de l’enseignement depuis la loi E. Faure d’autonomie des universités (1969), loi d’inspiration purement CFDT ; et le « oui » de la CFDT au référendum en 2005 etc. On pourrait poursuivre à l’infini.

L’indulgence de ce journal si « radical » – c’est un euphémisme – envers les positions de Dominique Méda et de la CFDT ne tombent pas du ciel. Poursuivons.

 Le monde « libertaire ». (12 novembre) A propos des processions politico syndicale.

 Titre de l’article : retour sur le 9 octobre.

Et c’est bien pour offrir une visibilité à ce projet, (celui des « anarchistes) il me semble, mais aussi, plus généralement, à nos idées, que nous, anarchistes et libertaires, membres d’une organisation ou pas (notamment à FO), participons aux manifestations, la plupart du temps aux côtés d’entités diverses (Partis politiques, syndicats, coordinations, associations, collectifs…) avec lesquelles nous avons des divergences parfois criantes. De plus, il me semble encore, qu’il ne nous est pas nécessaire de cautionner toutes les politiques prônées par ces entités ou de se trouver en accord avec leurs actions pour profiter d’un rassemblement populaire afin de nous faire entendre et d’être ainsi en mesure de pouvoir peser dans le débat.

Disons-le nettement, ces conceptions sont étrangères aux traditions du syndicalisme hérité de la Charte d’Amiens. On ne peut sauf à vouloir « enfumer » les salariés, défendre leurs intérêts spécifiques et, en même temps, participer à des processions aux contours indéfinis. Les militants syndicalistes ne sont pas les petits subsidiaires, minable force d’appoint de quelques politiciens, toujours empressée, lorsque les urnes les ont désignés N°1, (avec 10 à 15 % des électeurs !) à piétiner les droits et garanties arrachés par les salariés.

Nos « libertaires » de choc éprouvent décidément quelques difficultés à comprendre le rôle et la nature de la CFDT. Attendre de ces messieurs-dames une tentative de véritables analyses des faits et des arguments, revient à peu près à attendre du lait d’un bouc.

Il y a près d’un demi-siècle, le militant de la Fédération anarchiste, Maurice Joyeux, écrivait :

« La défense du syndicalisme authentique, indépendant de l’Etat des partis et des sectes, la prise de conscience qu’elle implique chez les travailleurs, est directement conditionnée par la pratique scrupuleuse de la démocratie ouvrière dans les organisations syndicales, c’est-à-dire, la libre expression des minorités ». (Texte co signé avec Serge Mahé pour l’UAS). Texte adopté en présence de l’ultra réac Cohn-Bendit, muet semble-t-il en la circonstance – c’est un évènement – Cohn-Bendit auteur de l’inégalable formule : « les syndicats sont des bordels, l’UNEF est sa putain ». (En 68).

La pratique scrupuleuse de la démocratie syndicale passe d’abord par le respect du mandat et obligatoirement par le respect des instances. « Ni dieu, ni César, ni tribun ! ». Personne ne peut prétendre dans notre confédération, et quel que soit le prétexte, mettre ces deux principes de base entre parenthèses ?

Il vaudrait mieux ne pas l’oublier, au risque de se trouver très à la marge de l’organisation.

3 Le corporatisme vert à visage découvert.

En septembre 2018, c’est la parution d’un appel rédigé par des jésuites liés aux Bernardins chers au président de la république, à madame Notat et au président très « éthique » de Michelin.**

« Libérons l’investissement vert ! (lettre ouverte au gouvernement).

L’appel indique : « Au nom de la sauvegarde du bien commun, nous demandons au gouvernement de lancer d’urgence un grand programme d’investissement public en faveur de la transition écologique et bas carbone, dont le montant serait isolé du déficit budgétaire ».

On y retrouve tous les signataires habituels de ce type de textes, Berger, Cohn-Bendit … toute la galaxie des « progressistes » de « gauche ». C’est un texte politico-« syndical » désormais classique.

On y retrouve encore Dominique Méda et Pascal Canfin ; Canfin, militant CFDT, auteur avec Laurent Berger de : « Réinventer le progrès », sous-ministre du gouvernement Ayrault … ». En 2015, il écrit une véritable « feuille de route verte » dans la revue des jésuites, « Projets ».

Il vient de proposer la constitution d’un haut comité pour le climat, sorte de super cours d’arbitrage. Macron s’y est rallié, semble-t-il. Il préconise aussi l’institution d’un Conseil de dialogue – Vichy avait son Conseil national décoratif – autre moyen de contourner les organisations syndicales, à défaut de parvenir à les intégrer. Canfin ne croit pas à l’efficacité des « grands messes » dont ont abusé les gouvernements précédents.

La presse a publié les noms des douze « heureux élus », les douze apôtres qui vont nous sauver de la fin du monde … malgré nous. Huit d’entre eux sont signataires aux côtés des « syndicalistes » aux marches vertes de septembre.

Les syndicats dans le viseur.

Sur l’appel figure Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT. C’est déjà un premier souci. Il est vrai qu’avec certains dirigeants de la CGT, nous sommes habitués à ce genre de gymnastique … Mais, et c’est plus grave, on y retrouve aussi Pascal Pavageau, ex secrétaire général de la CGT-FO.

Où voulait-on nous entrainer ? Le camarade André Bergeron refusant les offres de service du pouvoir gaulliste, intégrer la « gouvernance », s’intégrer au nouvel ordre corporatiste, avait coupé court : « la confédération CGT-FO n’ira pas où certains tentent de nous mener » et ce fut le double NON au référendum de 1969 qui provoqua la chute du Bonaparte.

Les syndicalistes ne sont pas des pions aux ordre du pouvoir.

Le camarade Bergeron, lui, était un militant. Il était réformiste. Il s’entourait de militants dont on pouvait ou pas, selon les dossiers, partager les options. Mais les discussions, parfois vives***, se déroulaient avec le souci de préserver la cohésion et l’indépendance de la confédération.

En cette période critique les militants qui veulent que les décisions du dernier congrès soient appliquées, n’ont pas cherché pas se distinguer, ni à se compter pour le plaisir de se compter. Ils ont bien fait. Ce fut la méthode suivie lors du CCN historique du 13 mai 1995, lorsqu’il fallait rétablir le mandat et opérer la rupture avec « l’axe de la collaboration » dirigée par la CFDT. (Voir à ce sujet l’article : le CCN du 13 novembre 95, un CCN historique … ». ce fut le cas en 1969 pour dire NON à de Gaulle. On pourrait remonter plus loin avec le CCN qui scelle l’accord Bothereau, Bergeron, Hébert contre les partisans avoués ou honteux de « l’Algérie française », en 1956 …

Conclusion.

Cette union sacrée verte que l’on cherche à toute force à nous imposer est absolument incompatible avec l’existence d’organisations syndicales indépendantes. On ne peut à la fois défendre les intérêts particuliers des salariés et prétendre réaliser l’union de « tous les citoyens ».

Ce néo corporatisme vert est étranger à toutes nos traditions, incompatible avec la Charte d’Amiens.

L’église Saint-Eustache.

Non seulement les militants syndicalistes n’ont rien à voir avec les partisans du « bien commun », quel que soit le masque sous lequel ils agissent, mais surtout, en restant solidement sur le terrain des revendications et uniquement des revendications, ils les combattent en permanence.

Les jésuites des Bernardins peuvent remballer leur marchandise frelatée. Ils ne passeront pas !

*dans l’encyclique MATER et MAGISTRA parue en mai 1961, le pape Jean XXIII écrit :

« Il est opportun étant donné les conditions actuelles de tempérer le contrat de travail par des éléments empruntés au contrat de société, de manière à ce que les ouvriers et employés soient appelés à participer à la propriété de l’entreprise, à sa gestion et, en quelques manières, au profit qu’elle apporte » étant entendu que « la propriété (des moyens de production) relève  du droit naturel ».

L’encyclique mentionne le « bien commun » 28 fois contre une fois seulement aux libérateurs de l’investissement vert, mais, eux, c’est dès la 1ère ligne. Dès la 1ère ligne, comme dans la loi travail de janvier 1934, en Allemagne, loi qui détruit les conventions collectives et réduit les citoyens allemands à une poussière d’individus « autorisés » à rejoindre « volontairement » et « dans la joie » le Front du travail qui réalise pleinement « la collaboration des classes » y compris – surtout – entreprise par entreprise.

**Voir à ce sujet l’article détaille de Michel Le Roch : Ecologisme et « bien commun ». (OS, N°694) et « la météo sociale » de Jean Alséda (OS, N°695).

***Les syndicalistes n’ont que faire des pions dociles, aux ordres d’un « chef » omniscient. Les discussions vives sont normales dans l’organisation syndicale dès lors qu’elles visent à renforcer sur l’axe de l’indépendance, l’unité et la cohérence. Les échanges vifs visent aussi à établir la clarté des différentes positions ou nuances. Le camarade Salamero notait en 2008 :

« A gauche, à l’extrême gauche, dans le mouvement révolutionnaire, certains confondront l’individualisme anarchiste ou les Droits de l’Homme et du Citoyen avec le personnalisme d’Emmanuel Mounier, l’appropriation collective des moyens de production par les travailleurs avec l’autogestion, allant même jusqu’à présenter la Charte d’Amiens (1906) comme le prototype de la révolution autogestionnaire ». (Source : cléricalisme moderne et mouvement ouvrier, Prévotel. Introduction par J. SALAMERO, page 9). Voilà des propos d’une actualité brûlante.

JM Novembre 2018

TABLES DES DROITS DE L’HOMME ; 1793.

Quand le gouvernement viole les droits du Peuple, l’insurrection est pour le Peuple, et pour chaque portion du Peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. (Article 35 et dernier).

chaud ! chaud ! chaud !

Arguments: ÉCOLOGISME ET « BIEN COMMUN »

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