Loire Atlantique 22 / 07 / 2015
Les grévistes du site du siège, à Ancenis, entament, aujourd’hui, leur cinquième jour de mouvement. Et les congés approchent…
Le spécialiste des chariots élévateurs, nacelles élévatrices et chargeuses, basé à Ancenis, devrait connaître un cinquième jour de grève, le mouvement ayant été déclenché mercredi dernier. Un mot d’ordre voté hier, lors d’une assemblée générale,« à 77 %, sur 299 bulletins exprimés », selon l’intersyndicale. Une coordination qui n’avait, hier, en fin d’après-midi, toujours pas reçu de nouvelles de la direction.
Les deux parties s’étaient quittées après un dialogue de sourds, vendredi dernier, avec la perspective d’un nouveau rendez-vous téléphonique la semaine suivante, sans plus de précision. Les salariés ont aussi, en ligne de mire, les congés d’été, à compter de vendredi, pour une reprise le 24 août…« La direction joue la montre, soupçonne Pierre-Louis Montaudon, délégué central syndical FO, qui, note, au passage,« l’accumulation de retard dans la production ». Et de passer ce message :« Dans ces conditions, je vois mal comment on va le rattraper. »
À Candé (Maine-et-Loire), les salariés ont repris le travail après un débrayage de deux demi-journées, entre vendredi midi et hier midi. À Laillé (Ille-et-Vilaine), le travail a repris hier, après le débrayage de vendredi. Parallèlement, le groupe, côté en bourse, a annoncé l’émission d’ un emprunt obligataire privé auprès du fonds Novo 1 de 25 millions d’ euros. Les titres, qui portent un intérêt annuel de 4 %, seront remboursable sin fine en juillet 2022.
Bertrand GUILLOT. (ouest france)
Aujourd’hui, le site d’Ancenis doit entamer son cinquième jour de grève. Du jamais vu, ou presque, de mémoire de salariés. Tentative d’explications d’un bras de fer surprise auprès des grévistes. Lire aussi page 6.
Manitou, « une bonne boîte »…
L’avis est sans doute unanime. Et c’est là le paradoxe d’une grève. Apriori, quand est chez Manitou, on est content d’y être.« On est dans une bonne boîte », conviennent les salariés. Une« bonne boîte »,ça commence par de bons revenus. Côté salaires, la moyenne des employés de productions serait de« 1 600 à 1 700 € », annonce cet ouvrier. Ce qui situerait Manitou dans la moyenne de la branche des métallos. De plus, les employés bénéficient d’une prime d’intéressement aux bénéfices. Et dans des années fastes, comme ce fut le cas en 2014, ça peut devenir juteux : 3 874 € de bonus versés en complément de salaires sur la fiche de mars 2015.« Une bonne boîte », c’est aussi celle où le dialogue social passe plutôt bien. Le géant d’Ancenis a cette réputation et les salariés en conviennent volontiers. Mais…
«… qui n’est plus ce qu’elle était » ?
« Ces données sont à nuancer », corrigent les grévistes. D’abord, côtés revenus, la lecture comparative des salaires serait« de moins en moins avantageuse ». Notamment à l’embauche. De plus, la prime d’intéressement ne saurait servir de base pour une négociation, s’empressent de dire les concernés. Et surtout, le dialogue social ne serait plus ce qu’il était. Beaucoup datent cette rupture depuis le changement à la direction et notamment à la DRH (Direction des ressources humaines) avec qui le divorce semble bel et bien consommé avec les syndicats, depuis jeudi dernier. Mais pour d’autres, la brouille serait plus lointaine et plus profonde.« Depuis trois ans, à chaque négociation salariale, c’est le désaccord », note ce syndicaliste FO. Des désaccords qui n’ont jamais débouché sur une grève… jusqu’ici.
Comme un air de lutte des classes
« On ne compte pas pour grandchose. » La colère revient en boucle chez les grévistes, chez qui on trouve sans mal un certain nombre de non syndiqués. Parmi eux, Olivier, chez qui, à l’image de l’ensemble de la troupe, les 30 millions de bénéfices ont du mal à passer, malgré la prime d’intéressement.« On se demande pour quoi et pour qui on nous prend ! » Rappelons que 2014 affiche un résultat quarante fois supérieur à 2013. Or les propositions de hausse de salaires de la direction sont en deçà de celles formulées en 2014. Une direction qui avance alors la nécessité d’investir pour la compétitivité (près 10 millions en 2014 et 15 millions en 2015).« Mais alors, pourquoi accorder une telle prime aux cadres ? », tempête Florian, ce syndiqué FO. L’enveloppe consacrée aux primes annuelles variables aurait ainsi gonflé d’un million : de 2,2 millions à 3,2 millions pour les 350 cadres du groupe.
« On se bat pour l’avenir »
6 €…(voire 4 €, selon la direction), par mois… le chiffre peut paraître dérisoire. Ce petit pécule correspond à ce qui sépare les grévistes d’un accord. Sachant qu’une journée de conflit sociale pèse de 80 € à 100 €, il faudrait environ quinze mois, voire plus pour récupérer cette perte sèche… sous réserve d’obtenir gain de cause. Mais pour les grévistes, parmi lesquels pas mal de nouveaux, c’est une question de principe,« pour l’avenir ». Un avenir incertain.
Des traces si le conflit s’enlise
Les vacances approchent : l’usine ferme vendredi pour une reprise le 24 août. Certains, désormais, envisagent un départ en vacances sans sortie de crise. Dans ce cas, même en cas de reprise du travail,« il faudra moins compter sur nous pour les pics de production », préviennent ces salariés coutumiers des heures supplémentaires.
Bertrand GUILLOT. (ouest france)