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Histoire 1 / 06 / 2017

Belin d’hier et … d’aujourd’hui ?

Le gouvernement Macron  a adopté la « feuille de route » du MEDEF : remettre en cause les acquis de la grève générale de mai-juin 36, en particulier les conventions collectives, et ceux de la libération, notamment la sécurité sociale. Un programme ambitieux pour un gouvernement privé de base sociale et qui ne bénéficie que du seul soutien de la CFDT qui, inquiète demande « un temps de concertation jusque fin septembre ».

Autres temps, autres rapports des forces : lorsque le maréchal Pétain, muni des pleins pouvoirs, encensé par la quasi-totalité de la presse et des « élites » de l’époque, entend « remettre la France au travail », il s’entoure d’une équipe  de collaborateurs issus des milieux les plus divers : des militaires de carrière, nombreux, des cléricaux bien marqués à « droite » et des hommes issus de la « gauche ».

René Belin est l’un de ceux-là.

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Morceaux choisis :

Page 99, début juin 36 : « Le mouvement échappait à tout contrôle. Nous nous bercions tous d’illusions (communistes compris) en croyant que les arrangements que nous allions prendre mettraient fin, en deux ou trois jours, aux conflits ouverts et règleraient par des négociations préalables ceux qui seraient encore susceptibles de s’ouvrir.

Page 36. « En septembre 1936, il s’agissait de prendre un difficile tournant. Après la période des 1ers congés payés, on observait une reprise des grèves, dont l’âpreté et la durée nous inquiétaient et gênaient le gouvernement. il fallait prêcher la modération et surtout il fallait faire accepter l’idée de l’arbitrage obligatoire (…) je défendis et fit accepter l’arbitrage obligatoire ».

 

Qui est Belin ?

Il commence son activité syndicale aux PTT. En mai 1930, il est révoqué pour fait de grève. Belin n’est pas encore, c’est évident, un jaune. En septembre 1933, il est appelé par le Comité confédéral qui suit le congrès de la CGT dirigée par Léon Jouhaux, à intégrer le bureau confédéral. Il est fréquemment assimilé à un secrétaire général adjoint.

Pourtant son évolution laisse perplexe. Georges Lefranc qui préface son livre « du secrétariat de la CGT à Vichy », écrit sans doute un peu perfidement :

« Léon Jouhaux éprouve à son endroit quelque jalousie ». (Page 13). Possible, mais ce n’est certainement pas l’essentiel.

En 1935, la CGT travaillait à l’élaboration d’un Plan, destiné à influencer les décisions d’un gouvernement futur qui serait favorable aux intérêts des salariés. De nombreux militants « néos » très influencés par les thèses du socialiste belge Henri de Man font partie du « groupe de travail » d’experts. Jouhaux s’en méfie, non sans raisons. (Le « néo socialiste » de Man finira admirateur du IIIème Reich).

Lefranc ne cache pas son désarroi : « Il est significatif qu’en septembre 1935, au moment d’extraire un document final de la masse des rapports établis en vue de l’élaboration d’un plan de la CGT, il ait chargé de la synthèse Bothereau, et non Belin qui paraissait tout désigné ».  Jouhaux a certainement bien fait. Du coup, les rapports se tendent entre Belin et Jouhaux.

Bien sûr les dirigeants staliniens cherchent le moyen d’exploiter à leur profit les divisions internes. C’est Lefranc qui le dit :

« Mais pendant longtemps, les ex unitaires (dirigés par le PCF) rentrés à la CGT en 1935-1936, sentant peut-être cette faille qui s’annonce parmi les ex confédérés (« réformistes »)  ( … ) essaient d’attirer René Belin. J’entends encore Racamond (dirigeant CGT-PCF) lui dire au congrès de Toulouse en mars 1936 : René Belin sait toute l’amitié que nous avons pour lui » et par la même occasion pour ses tendances corporatistes déjà bien affirmées … ?

Après la faillite du front populaire, René Belin continue d’évoluer vers des positions de plus en plus contraires aux fondements de la Charte d’Amiens.

Nommé ministre du travail de Pétain, « pour rééquilibrer à gauche », (1) c’est lui qui procède à la dissolution de la CGT (et de la CFTC).  Oui, il y a bien eu dissolution de la CGT, concède Lefranc, mais « seulement » de la Confédération ; les syndicats de base, d’entreprises continuent d’exister. Une décision qui ne peut que ravir le patronat …

15 juillet 1940 :

Belin prend ses fonctions pour « remettre la France au travail ». Bien sûr dans cette France-là, on ne fait pas grève : pas question de bloquer le pays.

Dans ses mémoires, Belin raconte que très vite « les offres de service commencèrent à arriver sur mon bureau ». (Page 133).

A l’un des heureux postulants, Belin explique :

« J’esquissais devant lui en termes nécessairement schématiques les projets de réorganisation industrielle et sociale (…) j’évoquais la nécessité d’une stricte direction de l’économie qui appelait une sorte d’institutionnalisation syndicale.

  • Mais c’est du fascisme ! me dit-il.
  • N’employons pas les mots en ismes, lui répondis-je, car nous nous enfermerions dans des chapelles. Croyez-vous que nous puissions faire autre chose actuellement … ? » en ces durs temps de crise …

Le syndicaliste Belin de 1930 chassé de son emploi pour fait de grève a choisi sept ans plus tard de se mettre au service de ceux qui l’ont licencié.

L’expérience prouve que lorsque les tensions sociales s’exacerbent, la pression est telle que la tentation de la « collaboration » amène certains militants à passer « de l’autre côté de la barricade ».

L’important est que ceux-là, s’il y en a, restent marginaux, en toutes circonstances.

Pour conclure, la parole au quotidien de M. Beuve-Méry, le Monde :

A la libération, caché en Suisse, Belin n’entend pas demeurer un exilé à vie ; il réunit une à une les pièces de son dossier pour le procès qui l’attend en Haute-Cour où doivent être traduits tous les membres du gouvernement de Vichy. Fait exceptionnel, il est mis hors de cause le 29 janvier 1949 par un arrêt de la Commission d’Instruction de la Haute-Cour, sans avoir à comparaître. Ce non-lieu soulignait « son attitude d’opposition aux demandes des allemands et son soucis d’assurer la défense des intérêts français ». (Le Monde, cité par Lefranc). Autrement dit, Le monde vote Belin dès le 1er tour, pour faire barrage

1 « Ce ministère penche exagérément à droite, votre présence permettra un meilleur équilibre». (Page 128).  Ces mots sont de l’ancien socialiste Pierre Laval : l’argument choc pour convaincre Belin d’engager une seconde carrière, ministérielle, pour « sauver » la France.

 

J. M   31 mai 2017.

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