Monde 13 / 11 / 2015
Le conflit social perdure chez Lufthansa, 1 000 vols annulés
Les syndicats se battent contre la restructuration du groupe, qui, comme d’autres compagnies européennes bien établies, cherche à réduire drastiquement ses coûts pour contrer la menace des compagnies à bas coûts comme Ryanair et EasyJet, et endiguer la poussée des concurrents du Golfe comme Etihad. Le patron de la Lufthansa, Carsten Spohr, veut relancer le groupe en renforçant Eurowings, la filiale low-cost. Elle doit reprendre la plupart des liaisons allemandes et européennes de Lufthansa.
Lufthansa a dû annoler au moins 1 000 vols mercredi, laissant près de 100 000 passagers sur le carreau dans les aéroports de Munich, Francfort et Düsseldorf, les trois seuls d’Allemagne où la compagnie stationne ses personnels de cabine.
Depuis le début de leur grève, le mouvement social a provoqué l’annulation de 2 800 vols et perturbé les voyages de plus de 330 000 passagers. Le mouvement ne touche que la compagnie Lufthansa, pas les autres du groupe (Germanwings-Eurowings, Swiss, Austrian).
Lufthansa n’est pas encore en mesure de chiffrer le coût de la grève. Mais le conflit avec ses pilotes, qui a provoqué l’annulation de 12 800 vols sur dix-huit mois depuis 2014, lui a déjà coûté plus de 350 millions d’euros. L’entreprise mène de front le conflit salarial avec ses 5 400 pilotes d’un côté, et celui avec ses 19 000 hôtesses et stewards de l’autre.
Cette grève, prévue pour durer jusqu’à vendredi, deviendrait la plus longue jamais subie par la compagnie, si elle arrive à son terme. Un scénario qui devient de plus en plus probable, à mesure que la tension monte chez le numéro un européen du transport aérien. UFO, le syndicat des personnels navigants qui se bat sur les salaires et le régime de préretraite et retraite, envisage même d’étendre la grève au-delà de vendredi.
A Darmstadt, un tribunal a autorisé la grève dans les aéroports de Francfort – plus gros hub de Lufthansa – et Munich jusqu’à vendredi, une décision examinée par la compagnie.
Un autre tribunal, à Düsseldorf, a interdit la grève des personnels navigants de l’aéroport de la ville, en estimant que le syndicat UFO n’avait pas formulé de demandes assez précises avant d’entrer en grève. Mais la décision ne valait que pour la journée de mardi, et est intervenue trop tard pour être respectée. Il doit désormais se prononcer sur la légalité de la grève jusqu’à vendredi, et sa décision est toujours attendue.
La direction répète être prête à reprendre les négociations « à tout moment », malgré le refus de sa dernière offre, qu’elle a dénoncé comme un comportement « totalement incompréhensible » : elle prévoyait une prime exceptionnelle de 3 000 euros, l’acceptation des demandes d’UFO sur les préretraites, mais aussi la réduction du nombre de vols.
Si elle se poursuit jusqu’à la date prévue, la grève serait la plus longue de l’histoire de la Lufthansa. Le président de l’UFO, Nicoley Baublies, a indiqué que le personnel navigant était prêt à reprendre « d’une minute à l’autre, dès lors que Lufthansa accepte une conciliation avec nous sans condition préalable ».
Le groupe, numéro un européen dans son secteur, est engagé dans un effort de restructuration et de réduction des coûts qui, selon lui, doit lui permettre de tenir tête aux compagnies à bas coûts et à celles du Golfe, mais qui passe mal en interne. Il est aussi en conflit ouvert avec ses pilotes, qui ont fait grève à de multiples reprises depuis le printemps 2014. M. Baublies a ajouté qu’un éventuel prolongement de la grève au-delà du 13 novembre était en « réflexion ».

Au quatrième jour de la grève, mardi, plus de 1 800 vols ont été annulés et des centaines de milliers de passagers se sont retrouvés bloqués. Selon le syndicat UFO, davantage de salariés devraient se mobiliser à partir du 11 novembre.
Si dimanche dernier le mouvement de grève a été suspendu – « la plupart des voyages ayant un caractère privé ce jour-là » – il a repris dès le lendemain. La compagnie se prépare à l’annulation d’au moins 930 vols dans les aéroports de Francfort, Dusseldorf et Munich, ce qui pourrait affecte jusqu’à 100 000 passagers.
La compagnie a pu compter sur une victoire en justice, mardi, pour comtrer le mouvement. Les prud’hommes de Düsseldorf ont interdit la grève pour le reste de la journée dans l’aéroport de la ville, estimant que les motifs de l’arrêt de travail n’avaient pas été formulés assez clairement. Mais sa décision tardive rend, dans les faits, la reprise du trafic difficile. Un autre recours est encore à l’étude aux prud’hommes de Darmstadt, non loin de Francfort.
Le syndicat Cockpit a contre-attaqué devant la Cour constitutionnelle en déposant un recours et une plainte « pour atteinte aux droits fondamentaux devant le tribunal régional de Hesse ». En septembre, ce tribunal avait ordonné la fin d’une grève des pilotes, la quatorzième en dix-huit mois.