>Histoire

21 / 06 / 2018

21 juin 36 : tout était possible.

Les grèves tendent à se généraliser dès le mois de mai. Le 11 juin, toute l’économie française est paralysée. La CGT réunifiée (1) n’a pas appelé à la grève, encore moins à la grève générale.

Le patronat s’affole. C’est à l’occasion du procès de Riom de 1943 que Léon Blum explique dans le détail que le patronat qui a compris, lui, que tout est possible, supplie Blum de prendre toutes les dispositions pour que cesse la grève.

On fera croire aux travailleurs que l’initiative vient du gouvernement du Front dit populaire. Les accords Matignon sont signés en catastrophe.

Les concessions patronales que le MEDEF d’aujourd’hui veut liquider sont importantes.

L’article premier stipule :

« La délégation patronale admet l’établissement immédiat de contrats collectifs ».

En somme, on tourne le dos au contrat individuel de louage de service qui demeure à l’époque trop souvent la règle. On tourne le dos à l’état barbare.

C’est une forme de reconnaissance de la lutte des classes. Si aujourd’hui 90 % des salariés de ce pays sont protégés de la sur exploitation sans limite, c’est en grande partie parce qu’en mai et juin 36, la classe ouvrière et plus largement les salariés, employés et fonctionnaires ont par la grève imposé le rapport de force. Le pays est effectivement bloqué.

Les historiens oublient la plupart du temps de citer l’article 7 des accords Matignon. Oubli regrettable :

« La délégation confédérale ouvrière (unanime) demande aux travailleurs en grève de décider la reprise du travail dès que la direction des établissements aura accepté l’accord intervenu, et dès que les pourparlers relatif à son application auront été engagés entre les directions et le personnel des établissements ».

Ainsi, la direction confédérale, toutes tendances confondues, n’appelle pas à la grève mais n’oublie pas de demander aux travailler de reprendre le travail.

Juin 36 : manifestation ouvrière.

La presse des partis de « gauche » se déchaine. L’Humanité titre : « la victoire est acquise ! », le Populaire (socialiste) : « Victoire sur la misère, les patrons ont capitulé ! ».

Les deux millions de grévistes ont bien compris que les choses sont loin d’être aussi simples.

Le patronat qui a, à cette étape, sauvé l’essentiel refuse dans certains secteurs d’ouvrir les négociations pour les conventions collectives. L’affrontement classe contre classe se poursuit. Les grèves continuent. Le patronat menace ; Le PCF monte au créneau ; la grève « serait l’arme des trusts » ! Les dirigeants de la CGT qui suivent les consignes de ce parti dénoncent les « provocateurs » ; il y aurait donc des centaines de milliers de provocateurs ?

L’Etat qui reste l’Etat au service de la classe dominante, la classe des capitalistes offre ses services pour débloquer la situation en s’offrant en « arbitre », soi-disant neutre, et garant de « l’intérêt général », c’est-à-dire en garant des intérêts de la classe exploiteuse.

Rien n’y fait. Les salariés ne lâchent rien. La grève continue.

21 juin : réunion d’urgence de la Commission administrative de la CGT.

Constatant que les appels à la reprise du travail ne sont guère suivis d’effets – ce 21 juin elle s’étend même au secteur maritime – la CA, toujours unanime adopte une déclaration solennelle sous forme d’appel aux salariés.

D’abord, le coup de chapeau :

« La CGT tient à renouveler aux travailleurs ses félicitations pour le caractère admirable d’ordre et de calme qu’ils ont su donner à leur grandiose mouvement revendicatif » (3).

On remarque que le mot « grève » (et surtout pas « grève générale ») est soigneusement évité.

La déclaration poursuit :

« La CGT affirme sa volonté inébranlable de barrer la route aux organisations factieuses qui ont tenté à diverses reprises de prolonger inutilement des conflits en vue de susciter le désordre public ». (4).

En réalité le gouvernement saisit arbitrairement la presse ouvrière qui ne se soumet pas aux directives de la direction politico syndicale. Le gouvernement interdit et pourchasse les militants de l’Etoile Nord-Africaine qui pour la pluparts ouvriers d’usines, militent à la CGT.

Ce passage de la résolution est aussi à mettre en relation avec l’appel solennel du PCF aux militants catholiques et Croix de Feu qui rassemble nombre d’anciens combattants de 14-16 (d’extrême droite).

Rassemblement des Croix-De Feux en 1935. L’organisation est dissoute et se reconstitue en PSF.

De tout cela, les travailleurs n’ont pas forcément une claire compréhension. Beaucoup, les plus jeunes, viennent de se syndiquer. Les comités de grève qui se mettent en place dans certains secteurs restent très étroitement contrôlés par les militants politiques du Front populaire, donc, avec l’idée de faire cesser la grève, le plus tôt étant le mieux.

« ( … ) La CA déclare qu’il appartient aux organisations patronales par une prompte application des accords Matignon et une large compréhension de la situation présente d’éviter l’éclatement de conflits nouveaux et de faciliter la fin des grèves en cours ».

Concernant les services publics la CA déclare :

« La CGT signale que les efforts du cartel des services publics et du gouvernement ne doivent pas être gênés par des mouvements inconsidérés, qui seraient de nature à affaiblir le Rassemblement populaire et à faciliter ainsi les tentatives de redressement des factieux ».

Autrement dit, la direction confédérale, toutes tendances confondues, revendiquent le rôle, pourtant peu enviable, de corps intermédiaire, au service de l’Etat, l’Etat bourgeois, garant de l’intérêt général.

Loin de s’appuyer sur la puissance de la grève et la détermination des travailleurs, la CA tente d’organiser le reflux tout en cherchant à faire croire qu’elle contrôle la situation.

« Convergence des luttes » d’hier et d’aujourd’hui.

La « convergence des luttes » en juin 36 se traduit déjà, concrètement, par la subordination du syndicat au parti, donc à l’Etat.

La soumission au gouvernement paré de toutes les vertus voulue par les dirigeants se traduit le 14 juillet 36 par une vaste manifestation sous forme de kermesse où se retrouve à une même tribune, Maurice Thorez (PCF), Léon Blum (SFIO-PS), Frachon, , et Léon Jouhaux. En second rang, on retrouve toute la CA de la CGT dont le futur ministre du travail de Pétain, René Belin, co auteur de la Charte du travail.

Au moment où ici et là certain prônent – avec quelques précautions orales ou pas – la collaboration des syndicats avec les forces dites « progressistes » il est préférable de ne pas oublier qu’en juin 36, les salariés n’ont pas été représentés comme il convenait par leur confédération en laquelle ils avaient pourtant placé bien des espoirs.

14 juillet 1936 : rassemblement politico syndical. Certains continuent pourtant de se revendiquer de la Charte d’Amiens.

La soumission du syndicat au Front populaire avait comme corollaire de renoncer aux revendications. Mais à quoi peut bien servir un syndicat qui ne revendique pas ou qui, dans le meilleur des cas, limite ses « revendications » à ce que le gouvernement du moment autorise ? a rien, sinon à tromper les travailleurs.

Rien ne permet de dire que les erreurs du passé doivent être reconduites.

  1. (1) Trois tendances cohabitent tant bien que mal : la tendance Léon Jouhaux, réformiste, la Tendance franche (émanation directe du PCF), la tendance des « néos » représentée par René Belin.

  2. (2) Selon l’expression de M. Pivert, militant SFIO.

  3. (3) Concernant les occupations d’usines, Léon Blum déclare devant la cour de Riom : « Il faut noter qu’au point de vue de l’ordre public cette forme de grève a d’incontestables avantages. Les ouvriers occupent l’usine mais il est vrai que l’usine occupait les ouvriers. Les ouvriers étaient là et pas ailleurs. Ils n’étaient pas dans la rue. Au moment où ils étaient tous groupés dans l’usine, ils ne formaient pas ces cortèges avec des chants, des drapeaux rouges qui viennent se heurter au barrage de police ».

  4. (4) 1936, c’est l’année où commence en URSS l’exécution en masse des militants qui ont assuré la victoire de la révolution en octobre 1917.  

    J. M 21 juin 2018

chaud ! chaud ! chaud !

Arguments: ÉCOLOGISME ET « BIEN COMMUN »

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