>Histoire

31 / 01 / 2026

1956, le syndicalisme libre et indépendant entre résistance et risque d’intégration. Guerres coloniales pour le pétrole …

1956 … 2026. Le monde a bien changé.

Pour autant, même les plus étourdis auront remarqué que les tâches des militants syndicalistes qui considèrent que leur boulot ne consiste pas à appeler à l’ « apaisement » pour assurer la « stabilité » d’un gouvernement quelconque n’ont pas changé.

L’essentiel est consigné, clairement, dans la Charte d’Amiens qui reste notre boussole.

Le contexte :

Mars 1956 : les pouvoirs spéciaux sont accordés à l’armée française, droite,  gauche  (SFIO, qui n’a pas grand-chose a à voir avec le P « S » d’aujourd’hui et PCF) et extrême droite réunies, cette fois encore ; c’est l’état d’exception permanent qui légalise la torture. C’est l’arc colonialiste de l’époque …

A Force ouvrière un axe de la résistance mené par Robert Bothereau (1er secrétaire général de la CGT-FO), André Bergeron, Alexandre Hébert et l’Union départementale CGT-FO de Loire-Atlantique s’est constitué pour ouvrir la perspective de l’indépendance de l’Algérie.

Les fanatiques de l’ « Algérie française» se déchaînent contre les militants français qui autour du journal la VERITE plusieurs fois saisi, cherchent à rassembler le plus largement possible sur l’axe du soutien inconditionnel aux militants indépendantistes et contre la répression.

Certains ignorants ou hypocrites, ou les deux, pourraient encore prétendre que Bothereau, Bergeron et A. Hébert auraient rompu avec les principes d’indépendance de la Charte d’Amiens ; alors, qu’ils le disent et qu’ils l’écrivent.

Juillet 1956 : l’Egypte nationalise le canal de Suez. Le dirigeant nationaliste Nasser est qualifié par certains « démocrates » et autres « progressistes » de « nouveau Hitler » (1). Un classique. Les classes dirigeantes de France et de Grande-Bretagne et l’allié sioniste israélien (pro sionistes de « gôche », de droite ou extrême réunis) prétendent régler l’affaire par la guerre, comme toujours. Les militants syndicalistes sont sommés de s’aligner derrière leurs chefs de guerre.

Octobre-novembre 1956 : la classe ouvrière de Hongrie entre en révolution. Trois ans après la mort de Staline et la grève de Berlin-Est (1953), le « bloc de l’Est » se fissure un peu plus.

Evidemment ces évènements ont de lourdes conséquences bien au-delà de la Hongrie, notamment dans la CGT, en France.

C’est dans ce contexte que notre confédération, soumise pourtant à bien des pressions et face à un appareil stalinien qui peut paraître tout puissant, doit défendre pied à pied les revendications, toutes les revendications, de la plus « grande » à la plus « petite ». Et c’est ce qu’elle fait, malgré toutes les difficultés.

Aucune organisation ne peut sans risquer de devenir inutile – inutile dans le meilleur des cas –  échapper à ses responsabilités sur les grands enjeux de la période.

Même la Fédération de l’Education Nationale qui avait opté pour l’ « autonomie » pour ne pas choisir entre CGT-FO et CGT est traversée par ces débats que d’aucuns qualifieraient du terme qu’ils voudraient infamant, de « politiques ». Comme si ceux qui soutiennent ouvertement ou plus discrètement les politiques de « leur » gouvernement ne menaient pas, eux, et eux seuls, la pire des politiques … une politique de soumission à l’exact opposé des enseignements les plus élémentaires de la Charte d’Amiens.

Au congrès de la Fédération de l’Education Nationale (F.E.N), novembre 1956.

Robert Chéramy (2) en fait ce compte-rendu :

« Sans rien négliger des questions corporatives, revendicatives, le congrès a voté par acclamation un télégramme adressé au Conseil ouvrier de Budapest de solidarité avec les travailleurs hongrois en grève générale ». 

Sans rien négliger des questions corporatives. Evidemment !

Chéramy poursuit : « Il a aussi de façon complémentaire adopté un texte solennel réaffirmant le désir profond des enseignants de substituer à la politique de force en Algérie une négociation sans exclusive et sans préalable.

Dans ce congrès, une poignée de militants socialistes molletistes (3) ont refusé de voter un texte qui condamnait l’intervention (militaire) franco-anglaise à Suez.

Et puis, il y a le cas très lourd d’un quarteron de staliniens qui ont défendu ceci :

Le congrès comprend et approuve l’aide que, à la demande du gouvernement et paysan a apportée au peuple hongrois l’Union soviétique …  motion balayée. » (4)

Robert Chéramy rappelle ensuite les meilleures traditions du mouvement ouvrier telle la conférence ouvrière de Zimmerwald contre la guerre, « la der des der », la grande boucherie de 14-18, grande boucherie prolongée par la coalition des impérialismes contre la jeune république soviétique, l’occupation militaire de la Ruhr etc.

Il conclut très justement : « Il est significatif que de puissants appareils dont les intérêts ne sont pas ceux des travailleurs mais ceux des Etats, qu’il s’agisse de l’Etat russe, expression de la bureaucratie stalinienne ou de l’Etat français (à l’époque encore pour deux ans, la quatrième république), expression de la bourgeoisie impérialiste que ces appareils sont les plus acharnés à refuser la démocratie ouvrière qui serait leur perte ».

Les héritiers politiques de ces « puissants appareils » – certains ont disparu, ou presque, mais pas encore leur capacité de nuisance – reproduisent pour l’essentiel les politiques de leurs modèles, mais dans un contexte où il n’y a plus depuis longtemps de marges de négociations réelles pour une amélioration même minimale des conditions d’existence de ceux qui sont contraints de vendre leur force de travail ; plus de « grain à moudre » !

Il reste le choix entre :

  • la « co construction des réformes » et l’illusion de pouvoir « limiter les dégâts » ; mais le Monde-l’immonde constate (26-12-2025) que décidément, les « co constructeurs » n’y croient pas eux-mêmes. Le « journal » des milliardaires se lamente :

« Entre patronat et syndicats, un dialogue social est grippé. De l’échec en juin du conclave sur les retraites au boycott par le MEDEF de la conférence sur le travail, l’emploi et les retraites proposée par Sébastien Lecornu aux partenaires sociaux, 2025 s’achève dans un climat où le désir de co construction manque d’ardeur ».

  • Ou la préparation de l’action pour en finir avec l’économie de marché et les guerres qui en découlent inévitablement … et pour renouer avec la Charte d’Amiens.

La comédie du dialogue social baptisé par François-le-pieux-de-Bétharram – François Bayrou – « conclave » comme pour pousser le curseur du ridicule toujours plus loin …

A l’extrême droite sur la photo, le patron du MEDEF qui boude le conclave N°2, mort-né.

1 « ( … ) Et leurs services secrets élaborent même des projets d’assassinat de Nasser, ce nouveau Hitler, comme la presse le présente des deux côtés du Channel ». (Source : France Inter, 19 février 2011). L’actualité récente montre que l’enlèvement (avec risque d’assassinat) de chefs d’états régulièrement élus n’a pas cessé.

 Du canal de Suez … au canal du Mozambique. « (La nécessité) de contrôler le canal du Mozambique ne fait que croître avec la mise en service des pétroliers géants, et qui serait nécessairement utilisé en temps de guerre par suite de la fermeture ou de l’obstruction du canal de Suez … » (Source : Rémi Carayol, « Mayotte, département colonie », p. 84). Un certain Jean-Paul Orosco, un contre-amiral, indique en 1979 dans le « journal » Le Monde : « Il est possible (depuis cette zone de Mayotte) de mener depuis des sous-marins nucléaires des frappes sur les centres vitaux de l’URSS … » L’individu ne semble pas comprendre que la cible peut elle aussi viser des « centres vitaux » de l’hexagone, par exemple Toulon, ou pire encore Notre Dame et sa flèche ou ailleurs …

2  Robert Chéramy : (1920-2002). Professeur agrégé d’histoire, il est l’un des animateurs de la tendance école émancipée de la FEN.

3  Guy Mollet, dirigeant de la SFIO de septembre 1946 à juillet 1969. (SFIO : Section Française de l’Internationale Ouvrière). Farouche partisan de « l’Algérie française », pas moins, pas plus que Mendès France ou Mitterrand. Président du Conseil des ministres du 1er février 1956 au 12 juin 1957.

4  Hongrie, 1956. Voir : « L’octobre hongrois de 1956, la révolution des Conseils », 200 pages, paru en 2009 ; par Marika Kocacs et Liliane Fraysse. Marika Kovacs qui a participé aux « évènements » se rappelle ce communiqué du parti stalinien qui calomnie le peuple hongrois :

« ( … ) Des éléments réactionnaires fascistes ont lancé une attaque armée contre nos édifices publics, ils ont également attaqué nos détachements de police … »

Les « insurgés » répliquent : « un peuple qui en opprime un autre n’est pas un peuple libre ». (Karl Marx).

Ils entendent reconstituer leurs propres syndicats et partis. La répression s’abat, brutale. Les « démocraties » versent des larmes de crocodile. Il serait absurde d’en attendre autre chose.

24 février 1956, c’est le rapport Krouchtchev qui ne dénonce qu’une partie des crimes staliniens avec l’objectif d’assurer la stabilité du régime. La sacro-sainte stabilité …

J. M 31-01-2026.

 

 

chaud ! chaud ! chaud !

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