>Histoire

2 / 02 / 2019

1936 : Fronts populaires contre totalitarismes

Par Agence de presse Meurisse — Cette image provient de la Bibliothèque en ligne Gallica sous l’identifiant ARK btv1b9028324s, Domaine public, Lien

L’historiographie officielle du XXe siècle a gravé dans le marbre de grandes dates tragiques comme 1914, 1918, 1939 et 1945, oubliant ainsi les quatre années qui ébranlèrent ce siècle : 1936, 1956, 1968, 1974 ; dates d’espoir pour des millions de travailleurs.

 

Alors que les dictatures s’étendent inexorablement sur toute la planète, un parfum de liberté embaume Paris, Madrid et Salonique. Mais l’expérience des Fronts populaires sera étouffée dans le sang en Espagne et en Grèce, par la finance en France.

L’Allemagne, l’Italie et le Portugal gémissent déjà sous le joug nazi-fasciste et en 1936 les bruits de bottes se multiplient : italiens en Éthiopie, japonais en Mongolie, turcs dans les détroits et britanniques en Palestine. Mais le plus inquiétant vient d’Allemagne. Le 7 mars, Hitler envoie son armée remilitariser la Rhénanie en violation du traité de Versailles. Si l’armée française était intervenue alors, elle aurait pu changer le cours de l’Histoire.

Mais le grand « stratège », le général Gamelin, chef de l’État-major, s’y est refusé alors qu’on sait qu’Hitler avait donné l’ordre à ses troupes de se retirer à la moindre apparition d’un soldat français. Gamelin est l’un des principaux responsables de la défaite de juin 40. Bref, de la Baltique à l’Adriatique, de la pointe de Sagres au delta du Danube la quasi-totalité de l’Europe vit sous des dictatures ou des régimes autoritaires. C’est aussi cette année-là que Staline choisit pour débuter les premiers « procès de Moscou », décapitant ce qu’il reste de la vieille garde bolchevik, puis un an plus tard de tous les cadres compétents de l’Armée rouge.

Mais entretemps le maître du Kremlin, suite à la destruction du puissant parti communiste allemand, change de cap. Finie l’opposition totale des partis communistes aux forces socialistes et démocratiques. En juillet 1935, l’Internationale communiste appelle à la création de Fronts populaires là où il est encore temps. A Paris, Madrid et Athènes, les communistes se lancent dans cette aventure électorale, concrétisée aussi en France par la réunification de la CGT.

UN TROP COURT PRINTEMPS DES PEUPLES

En France, la manifestation des ligues factieuses voulant renverser la République, le 6 février 1934, va accélérer le rapprochement, voulu par la base, entre la CGT et les scissionnistes de la CGT-Unitaire de 1921 (communistes et une partie des syndicalistes révolutionnaires). La direction de la CGT-U attendra le feu vert de Maurice Thorez, le patron du PC, pour entreprendre les démarches. C’est chose faite en septembre 1935, et officialisée au congrès de Toulouse en mars 1936.

La victoire des Fronts populaires aux élections de 36 (Espagne-février, France-mai) et l’entrée pour la première fois de députés communistes en Grèce (janvier) vont accélérer les revendications ouvrières. En Espagne, la puissante CNT anarcho-syndicaliste occupe les latifundia du sud et les usines du nord, chassant les propriétaires terriens et les patrons d’industrie. En Grèce, les quinze députés du Front Populaire sont en mesure de départager les députés royalistes des républicains. Ils obtiennent ainsi la libération des militants emprisonnés lors du dernier coup d’État royaliste. Mais ce n’est pas suffisant pour Salonique la rouge, un des bastions d’une classe ouvrière numériquement faible. Des grèves sanglantes ont lieu les 8-9 mai. Le mouvement s’étend au port industriel de Volos le 6 juin. Le Pirée et les faubourgs d’Athènes demandent des réformes sociales. Depuis Salonique, la GSEE (CGT de Grèce) lance la grève générale le 1er août.

En France, les manifestations du 1er mai sont imposantes, à l’avant-veille du deuxième tour. Entre la victoire du Front populaire le 3 mai et la mise en place du gouvernement Blum un mois plus tard, les ouvriers n’attendent pas. Les grèves avec occupation d’usines, d’ateliers, de bureaux débutent dès le 11 mai au Havre puis s’étendent à Toulouse, Courbevoie… La CGT réunifiée passe d’un million d’adhérents en mars à cinq en juin.

Le gouvernement Blum fait passer au parlement les 40 heures, les congés payés, l’augmentation des salaires… C’est le printemps des accordéons, des guitares et des bouzoukis. Mais les droites politico-militaro-cléricales préparent leurs armes. Ce sont les coups d’État de Franco le 17 juillet, de Métaxas le 4 août et les attaques de la finance contre l’économie française, obligeant Blum à annoncer une pause en février 1937, à dévaluer le Franc et démissionner en juin.

L’échec des Fronts populaires en général et la guerre d’Espagne en particulier sont les signes annonciateurs de la plus grande tragédie de l’histoire contemporaine : la Seconde Guerre mondiale.

chaud ! chaud ! chaud !

Le syndicat, un « corps intermédiaire » ? Jamais !

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