6 / 07 / 2025
Le contexte :
1953 : l’empire colonial français prend l’eau. Les peuples opprimés se révoltent partout.
En Algérie : Personne n’a oublié les massacres du constantinois. Notons que l’ex chef du CNR, G. Bidault écrit dans ses mémoires politiques intitulées, sans rire, « Georges Bidault, d’une résistance à l’autre » : « Je n’ai eu qu’un écho rapide de la répression de Sétif faite avec rigueur par un ministre socialiste du gouvernement De Gaulle ». A « droite » et extrême, à « gauche », la rigueur, on aime. Ses collègues staliniens sont épargnés. Tant mieux pour eux.
En 2010, le petit fils de Lucie et Raymond Aubrac affirme : « Bidault était un élément de modération ». C’est vrai qu’il y avait encore plus réactionnaire que lui …
En Tunisie, les groupes terroristes des colons d’extrême droite – ils le sont tous, ou presque, d’extrême droite – ciblent les militants syndicalistes qui sont assassinés.
Alexandre Hébert, secrétaire général de l’UD-FO 44, se rend en Tunisie avec quelques militants de la confédération. Il s’agit de tenter de rassembler les forces militantes qui se battent pour l’indépendance politique mais ne renoncent pas à exercer leur mandat syndical. Tâche difficile mais indispensable, d’autant qu’elle n’est ni comprise, ni acceptée par nombre de dirigeants de la confédération ; d’autant qu’il ne s’y rend pas pour témoigner dans le siècle.
(Voir la brochure de l’UD : « Alexandre Hébert, la question coloniale ».)

Farhat Hached, militant syndicaliste de l’UGTT est assassiné par un groupe terroriste d’extrême droite. Imaginons la France de Léon Jouhaux envahie, pillée … son dirigeant syndical, Léon Jouhaux, assassiné …
Au Maroc, la IVème république réprime les militants syndicalistes de l’Union générale des syndicats marocains. L’armée et la Légion étrangère (dont Macron vient de célébrer les exploits du temps de … Napoléon le petit ! au Mexique cette fois) assassine des centaines de travailleurs à Casablanca (décembre 1952.) Le parti nationaliste, l’Istiqlal est interdit. Le sultan du Maroc qui s’avère incapable de contribuer au maintien de l’ORDRE colonial est éloigné. Un domestique se doit d’être efficace.
Les syndicalistes marocains se doivent au contraire de défendre les intérêts particuliers des travailleurs marocains ou étrangers travaillant au Maroc. Le parti nationaliste prétend lui, représenter les intérêts de tous les marocains, toutes classes sociales confondues. C’est là, on le verra plus loin, une question essentielle, aujourd’hui encore (voir note 4).

Les feuilles coloniales se déchainent. Comme toujours …
Au Vietnam, l’obstination des va-en guerre prépare Dien Bien Phu, une raclée magistrale pour l’armée coloniale. (Mars 1954).
Certains colonialistes en tirent la conclusion qu’il vaudrait mieux faire une croix sur les colonies d’Asie pour mieux conserver celles d’Afrique et se résoudre à confier la défense de l’ « occident » à l’oncle Sam. De leur point de vue, ce n’est pas stupide mais ça ne sauvera pas l’ « Empire ». Mendes-France et Mitterrand sont de ceux-là.
20 novembre 1946 : la France coloniale bombarde Haïphong. Bilan : 6000 morts, de 10 à 20 000, selon les autorités vietnamiennes. On sait que les armées coloniales mentent toujours, effrontément. A l’Assemblée nationale, on vote les crédits de guerre.
Au Cameroun, l’armée française se dispose pour le massacre de 100 000, 200 000, plus encore ? camerounais, et cela dans le plus grand silence. (Pour une population d’environ 3 millions). Comme en Algérie, l’armée utilise des armes chimiques ; ça n’a pas d’importance explique devant une caméra de télévision le grand résistant, cadre de l’Etat gaulliste, Pierre Messmer.
Comme toujours, ce sont les résistants – ici, ceux de l’UPC, Union populaire du Cameroun – qui seraient des … terroristes.

Mai 1945 : manifestation pour fêter la défaite du nazisme et pour la fin du colonialisme. Comme partout : répression.
En Syrie, mai 1945, la « France » bombarde Damas. Il n’est pas question de lâcher le pétrole.
De Gaulle se vante de disposer de son « arc colonialiste » au grand complet : SFIO et PCF.C’est ce qui lui permet de frapper les populations civiles en toute impunité.
On pourrait poursuivre : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, un peu plus tard, Madagascar … Après 1945, ce n’est pas la paix, c’est la barbarie des guerres impérialistes, des guerres sans fin.
L’impérialisme français sur le déclin doit se résoudre :
1 / à céder « aux amis américains » des positions occupées de longue date.
2/ réfléchir à des « transitions » – des « indépendances » octroyées, généreusement – permettant de ne pas tout perdre : le pétrole (au Sahara), l’uranium, les bois précieux etc. Parfois, cela tourne à une sinistre farce. Au Congo dit, Brazzaville, joyau de l’Empire, la « France » installe au moment de l’indépendance un prêtre défroqué, l’abbé Fulbert Youlou. « Nous n’avons personne d’autre, c’est Jacques (Foccard) qui me l’a dit » confesse Charles (de Gaulle) à Yvonne (De Gaulle) que les frasques de l’abbé indisposent. (Il se pavane dans des soutanes multicolores commandées chez Dior).
En « métropole », le gouvernement Laniel cherche, déjà ! à reprendre les acquis de la « libération ». On sent l’affrontement – classe contre classe – pourrait-on dire, inévitable.
Les militants syndicalistes ont, pour résumer, deux options :
La première, la soumission. Il faudrait composer avec le pouvoir. Les réformes (contre réformes) seraient inévitables. Il faudrait « accompagner » pour « limiter les dégâts ». Mais dans : limiter les dégâts, il y a dégâts. C’est la voie de René Belin en 1940.
A l’opposé, il conviendrait de se préparer à l’affrontement et ne rien faire qui puisse semer des illusions chez les travailleurs. C’est moins confortable, c’est évident, mais c’est :
Conforme à l’esprit et au texte de la Charte d’Amiens si souvent invoquée, trop souvent à tort et à travers.
La condition de l’efficacité.
C’est dans ce contexte que survient le crime d’état du 14 juillet 1953.
Le 14 juillet 1953, les camarades de Messali Hadj membres du MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) manifestent à Paris dans un cortège de plusieurs milliers, bien organisé, discipliné. Il n’y a là aucun provocateur. Un dirigeant du MTLD note : « On a reçu des instructions de ne rien prendre, pas même une aiguille. C’était absolument pacifique … »
Impossible donc, de même chatouiller le c… d’un pandore.
Un tract avait été très largement diffusé : « Le 14 juillet, tous les démocrates commémorent la prise de la Bastille. Le 14 juillet a une signification, celle d’un coup porté aux forces de répression de 1789. C’est pourquoi, le MTLD vous appelle à vous associer à la manifestation démocratique de la Bastille pour faire respecter les libertés en Algérie, arracher le retour en Algérie de Messali Hadj, la libération de tous les détenus politiques algériens et faire cesser les poursuites contre les nationaux algériens ».
Le parti de l’ORDRE colonial ne supporte pas. Les esclaves coloniaux, on ne veut tout simplement pas les voir, ni les entendre. En Afrique, en Indochine ou aux Antilles, les « indigènes » peuvent être considérés comme français tant qu’il s’agit des devoirs, mais, si l’on parle de droits, ce sont des étrangers.
La police tire. Bilan, sept morts, six militants algériens et un militant membre du PCF qui avait tenu, malgré les consignes de son parti, à marquer sa solidarité avec ses camarades de classe en manifestant avec eux.
Albert Camus : indignation et condamnation …
« Quand on constate encore que la plupart des journaux ( … ) couvrent du nom pudique de bagarres ou d’incidents une opération qui a coûté sept morts et plus d’une centaine de blessés, quand on voit enfin nos parlementaires, pressés de courir à leurs cures, liquider à la sauvette ces morts encombrants, on est fondé, il me semble, à se demander si la presse, le gouvernement, le Parlement auraient montré tant de désinvolture dans le cas où les manifestants n’auraient pas été nord-africains et si, dans ce même cas, la police aurait tiré avec tant de confiant abandon. Il est bien sûr que non et que les victimes du 14 juillet ont été tuées aussi par un racisme qui n’ose pas dire son nom ». (Albert Camus, le MONDE, 19 juillet 1953) (1).
A l’Assemblée nationale, il n’y a pas d’opposition. Tous bavardent des mérites de l’Union française, enfumage uniquement destiné à justifier la survie du chaos colonial.
Il s’agirait comme sous le Front populaire d’accorder quelques privilèges à une poignée d’ « indigènes évolués » qui deviendraient une sorte de caste de domestiques de luxe, étroitement contrôlés. Mais c’est beaucoup trop tard. Personne ou presque n’est dupe. Sauf bien sûr, les grands chefs « communistes » et « socialistes » … qui font semblant d’y croire.

Après les massacres de l’Etat colonial – Sétif, Guelma, Kherrata en mai 1945 – la répression se poursuit, y compris en « métropole ». Les meetings du parti de Messali sont interdits. L’urgence serait que les militants syndicalistes français et leurs organisations se mobilisent en défense des revendications et des droits démocratiques toujours bafoués plutôt que de s’occuper d’assurer la « stabilité » de l’Etat.
La manifestation du 14 juillet. Le cortège des camarades algériens constitue un bon tiers de la manifestation. Devant, défile la CGT, encadrée par une délégation du PCF menée par Cachin, « communiste » comme le pape est libre penseur. Le PCF devait gérer l’affaire de Berlin-est. Le parti « communiste » et ses mannequins syndicaux voulaient faire travailler les ouvriers – ceux du bâtiment notamment – plus vite sans augmenter les salaires. Cette provocation de trop provoqua la révolte des ouvriers en juin 1953, révolte brutalement réprimée, comme les états coloniaux réprimaient les « indigènes ».Les « démocraties » versaient des larmes de crocodile.
… Mais il ne suffit pas de s’indigner.
Depuis vingt-cinq ans, Messali Hadj se bat pour l’indépendance de l’Algérie. Le PARTI DE L’ORDRE, droite et extrêmes divers, SFIO et PCF le combattent avec acharnement, sans trêve.
Côté syndical, on préfère regarder ailleurs.
C’est cette indifférence, indifférence dans le meilleur des cas, qui autorise l’Etat colonialiste à frapper fort. « Dans le meilleur des cas » ? C’est que certains militants syndicalistes expérimentés désertent et deviennent ministre de la IVème république-du-coup-d’état-colonial-permanent. Ceux-là valent-ils mieux que Belin ?
Notons que pour ses opérations dites de « maintien de l’ordre » en Afrique du Nord, le gouvernement transfère de jeunes antillais en Afrique du Nord, incorporés de force dans l’armée coloniale.
Le bal des domestiques.
Albert Camus note très justement la complicité de presque toute la presse ; ceci mériterait une chronique complète du bal des domestiques.
Le FIGARO ne voit le 15 juillet que des « échauffourées » dont les responsables sont les « musulmans ». Inutile de s’attarder.
Le MONDE insiste et dénonce le « désordre » ; c’est inévitable avec un chef comme Messali, le plus « extrémiste » de tous ces « musulmans ». Tout, mais pas Messali qui parle trop fort … ! Le Monde de Beuve-Méry, c’est l’hypocrisie faite journal ; mais ça plaît aux bobos, aux jésuites et aux Bidochons plus ou moins distingués. Messali parle trop fort et en plus, il a un programme de rupture net avec l’ordre capitaliste. Et, horreur, il veut la séparation des religions et de l’Etat. Incroyable ! un musulman ! Dieu tout puissant nous protège …
Faut-il rappeler que la loi de séparation de 1905 de Jaurès et Briand (et de nombreux libres penseurs) n’a jamais été appliquée en Algérie « française » ?
La plupart des titres de presse de l’époque ont disparu. Pour faire court, disons qu’ils rivalisent dans l’ignoble, comme aujourd’hui sur Gaza et la guerre contre le peuple iranien.
L’Union départementale CGT-FO de Loire-Atlantique maintient le cap de la solidarité internationale comme le fait le journal LA VERITE ; très minoritaire, certes, mais s’appuyant toujours sur la mobilisation des travailleurs. Car il ne s’agit pas de s’indigner, seulement.
Document : LA VERITE du 22 août 1953 indique :
« Monsieur Bidault (l’ex président du CNR) peut être satisfait .Il est sûr que son nom passera à la postérité. D’avoir couvert en 1945 l’expédition de reconquête en Indochine ne lui suffisait pas. Il lui fallait de nouveaux lauriers, il lui fallait une seconde guerre. Tous les espoirs lui sont permis, le Maroc est à point.
Avec la complicité de Laniel … et d’Auriol (« socialiste » SFIO) qui refusait il y a peu de jours de recevoir un message du sultan parce qu’il n’avait pas été transmis dans les formes (toute l’arrogance coloniale !) avec la complicité d’Edgar Faure et François Mitterrand … Bidault a couvert les ordres de Juin (le maréchal) qui rêve de tenir l’Afrique du Nord … » (Source, CERMTRI, archives). Comme on le voit, Bidault, un modèle de « modération » …
Les militants doivent faire face à la répression, déjouer les provocations incessantes, celles des perroquets médiatiques, notamment. L’historien Emmanuel Blanchard note ces campagnes récurrentes – mai 47, septembre 49, janvier 52 – de « la presse à sensations » relayées par les journaux « sérieux » qui alimentent les fantasmes de « l’algérien violent, violeur, délinquant » et même … porteurs de maladies … voleurs de petits pains au chocolat dans les cours de récréation des écoles maternelles.
Les secteurs de la police sont, à tous les étages, particulièrement perméables à ce style de propagande (2).
Résumons : le gouvernement Laniel soutenu par de curieux « socialistes » prépare une batterie de mesures anti ouvrières brutales. Pour passer en force, il lui faut absolument créer un climat de division dans les rangs ouvriers. D’où sa politique xénophobe et raciste. Qui ne comprend pas ça ?
Aucun syndicaliste sérieux ne devrait apporter le moindre soutien à un tel gouvernement.
La réponse du mouvement ouvrier : grève générale !
La solidarité en actes, pas seulement en paroles.
1953, c’est l’année de la grande grève générale. Des millions de travailleurs qui ont payé la « reconstruction » d’après-guerre, (il faut « produire d’abord, revendiquer ensuite » disaient les chefs staliniens subsidiaires de l’Etat colonial) cherchent à imposer leurs revendications, salariales notamment et défendre leur droits acquis en matière de retraites.
Notons que la grève générale s’enracine alors que les confédérations n’y ont pas appelé.
Le ministre de l’intérieur passé aux oubliettes de l’Histoire se dit radical-socialiste. Socialiste ? Certainement pas. Radical ? Peut-être si l’on considère qu’être lié par intérêts aux factions ultra-colonialistes au Maroc c’est être « radical ». Radicalement réactionnaire, à coup sûr. Voilà un ministre qui a tout intérêt à ce que « l’ordre, l’ordre, l’ordre » soit maintenu.
La solidarité ouvrière en actes.
Messali Hadj est alors en résidence surveillée à Niort (3). Il y noue des liens fraternels avec les militants de l’UD-FO de Loire-Atlantique et avec des militants trotskystes.
Il considère que la classe ouvrière, celle de France et celle d’Algérie (peu nombreuse mais qui existe) doivent unir leurs efforts (4).
C’est le sens de l’appel que lance le MTLD. La citation qui suit devrait être connue de tous les militants syndicalistes d’aujourd’hui tant elle demeure d’une brûlante actualité :
« Le MTLD salue la classe ouvrière française qui renforce chaque jour son magnifique mouvement et lui exprime son entière solidarité pour toutes les légitimes revendications.
Le MTLD exprime sa satisfaction de la part active prise par les travailleurs algériens, particulièrement ceux des secteurs privés et nationalisés par les actions menées par les travailleurs français.
Le MTLD se félicite de l’attitude des travailleurs algériens que le patronat considérait comme une masse de réserve destinée à jouer le rôle de briseurs de grève et qui, en refusant de répondre aux offres d’embauche du gouvernement, donnent une leçon de solidarité prolétarienne.
( … ) Plus que jamais, les Algériens doivent concrétiser par leurs actions le mot d’ordre essentiel du MTLD, qui, s’adressant aux ouvriers français, leur dit : NOTRE LUTTE EST LA MÊME ».
En février 1954, Messali explique encore : « ( … ) La classe ouvrière française a besoin, dans sa lutte contre le capitalisme, des forces des peuples nord-africains en lutte contre l’impérialisme et vice-versa ».
Saint-Nazaire, 1955, Assemblée massive de grévistes.
Et en septembre 1955 (5), nouvelle grève générale ! : « Travailleurs français, en avant pour la grève générale, généralisez la lutte. Depuis quelques jours, de nombreux mouvements de grèves à Saint-Nazaire, à Homécourt, à Nantes, à la Courneuve tendent à s’amplifier …
Toutes les forces de police, toutes les troupes, les CRS, les gendarmes sont retenus en Algérie par les vaillants patriotes algériens … c’est dire que l’action unie des peuples algériens et français peut en ce moment être décisive et asséner un coup mortel à l’impérialisme exploiteur de tous les ouvriers ».
Le MTLD raisonne en termes de classes.
C’est pourquoi il est aux yeux du PARTI DE L’ORDRE l’ennemi principal à abattre par tous les moyens, y compris la guerre, « continuation de la politique par d’autres moyens ».
Chaque « musulman » (il ne fallait pas dire : Algérien) (6) devient une cible potentielle.
Le 14 juillet, les ordres sont venus d’en haut, du ministère de l’intérieur… 1953 … 2025 : continuité.
L’acharnement du parti colonial a pour racine cette compréhension que la tentative de jonction opérée par Messali entre les deux classes ouvrières menace directement l’ordre capitaliste, l’ordre colonial.
Après les « évènements » du 14 juillet, un rapport officiel tire ce bilan :
« Les gardiens de la paix, en se défendant, avaient conscience de défendre en même temps la famille et la propriété ».
Officiellement, Vichy et son sinistre « travail, famille, patrie » n’était pourtant plus qu’un mauvais souvenir, un « accident de l’histoire … » prétendent certains.
Il faut bien admettre que les héritiers politiques des tueurs du 14 juillet 1953 ne font plus preuve d’aucune retenue, les sommets de l’Etat montrant l’exemple, si l’on peut dire.
Ils en sont à organiser, de jour, aux yeux de tous des rafles dans les gares. Ce ne sont plus les juifs qui sont visés mais les « étrangers » et singulièrement les « musulmans » – s’ils sont d’origine algérienne, c’est encore mieux ! On se souvient que c’est bien la police française (et non pas la GESTAPO) qui agissait, dès 1940. « N’ayez pas peur, c’est la police française ! » crie de sa voix de fausset, le collabo hystérique (interprété par Jugnot) dans « Papy fait de la résistance ».
La fédération FO des cheminots a fermement dénoncé cette nouvelle indignité des xénophobes français qui prétendent parler au nom de la France. (Voir déclaration sur le site de l’UD).
En 1940-1945, les cheminots avaient largement participé à la résistance. Ils étaient même à l’avant-garde.
Certains ont eu raison de remarquer que les furieux qui dirigent les USA organisent à une échelle gigantesque la traque des « immigrés » ; mais, qui n’est pas immigré là-bas, mis à part les rares survivants du génocide des amérindiens et les citoyens d’origine mexicaine ? des millions de citoyens US ont protesté hors les caméras des « domestiques » ; La responsabilité des syndicalistes étant d’être au premier rang de la résistance.
(2)A tous les étages et surtout au sommet de la hiérarchie policière. L’exemple de Maurice Papon adepte avant l’heure du permis de tuer, qui commence après-guerre une seconde carrière est très illustratif. (Papon a été enterré avec sa Légion d’honneur qui lui avait pourtant finalement été retirée ce qui ouvre des perspectives intéressantes à ceux qui aujourd’hui, pourraient être privés de la précieuse breloque).
(3) Messali passe une grande partie de sa vie militante en prison ou en déportation. Victime tour à tour de la répression du gouvernement du Front populaire (son organisation est dissoute), puis de l’extrême droite vichyste, puis du gouvernement d’union nationale présidé par de Gaulle et toujours, après la démission du général.
(4) Un débat qui reste complètement d’actualité :
En 1953, Messali ne partage pas le point de vue d’autres dirigeants nationalistes, notamment celui du leader turc, « Kemal Ataturk » qui déclarait au congrès de fondation de son parti, LE PARTI DU PEUPLE » en 1923 :
« ( … ) Camarades, vous venez ici pour représenter toutes les classes qui forment directement le peuple. Il n’y a pas chez nous de rivalité de classes ou de professions. Celles-ci sont toutes étroitement solidaires et ne forment qu’un tout : LE PEUPLE ».
Cette analyse le conduit à interdire en 1925 les syndicats puisque le syndicat, loin de se soumettre à un prétendu « intérêt général » défend les revendications particulières des classes exploitées. Sinon, ce n’est pas un syndicat.
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Alors, bien sûr, Kémal avait su se débarrasser du sultan, maintenu par les « alliés » (mais concurrents) franco-britanniques, sultan qui proclamait :
« Une nation, c’est comme un troupeau … le troupeau a besoin d’un berger … je suis ce berger ». (Cité par Alexandre Jevakhoff « Kemal Ataturk », biographie). On dirait du PIE X.
En 1953, Son point de vue se distingue aussi de celui de nombre de nationalistes africains tels que N’Kruma (Ghana), Sékou Touré, (Guinée), Kenyatta, (Kenya), ou Lumumba (Congo) et d’autres qui pensaient pouvoir régler la question nationale, en unissant le « peuple », considéré comme un « peuple-classe ».
Position qui avait conduit au parti unique et au « syndicat » unique, segment de l’appareil d’état. Même Sékou Touré, ancien syndicaliste s’était rallié à ce point de vue.
Une crise politique va se développer au sein du mouvement de Messali. Certains veulent se rattacher à la mouvance Nasser (président de l’Egypte) et au panarabisme ce qui les conduira à rompre avec les bases constitutives de l’organisation messaliste.
Ceux-là ne supportent pas l’existence d’un syndicat indépendant de l’Etat.
En 1962, ils « normalisent » le syndicat qu’ils ont pourtant eux-mêmes constitué, l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens). Ils ont entretemps fait assassiner tous les dirigeants de l’Union syndicale des travailleurs algériens, l’USTA. A. Hébert avait tenu à participer aux deux congrès de l’USTA tenus en « métropole » (Voir brochure de l’UD). Il y avait déclaré qu’il fallait travailler à reconstituer une internationale ouvrière rattachée, soumise, à aucun « bloc », ni impérialiste, ni stalinien ni … non aligné, en s’inspirant de la 1ère internationale, celle de Marx et de Bakounine.
Mais Messali s’était plus tard rallié au discours de De Gaulle (en 1959). La rupture politique avec « les amis de Niort » était inévitable.
La « normalisation » de l’UGTA s’effectue dès le 1er congrès après la proclamation de l’indépendance. C’est Ben Bella en personne, dirigeant du FLN qui prononce le discours d’ouverture. Il déclare :
« Dans l’intérêt du pays … il faut absolument qu’il n’y ait qu’une seule pensée politique. C’est le parti qui doit élaborer la pensée politique du pays. ( … ) L’unité politique suppose nécessairement que toutes les organisations algériennes et notamment les syndicats se soumettent à une discipline nationale ; ( … ) Le congrès aura atteint son but si, dans ses prochaines assises, 80 % des délégués portent le turban, c’est-à-dire qu’ils seront des paysans ». Après quoi les membres du Bureau politique du FLN investissent la tribune et chassent les militants qui ne se soumettent pas ou même, qui pourraient ne pas le faire. Voilà à quoi mènent le « panarabisme » et la « théorie » du « peuple-classe ».
(5)1955, c’est aussi le début officiel de la guerre coloniale au Cameroun, que certains nomment la « guerre cachée ». En réalité, comme en Algérie, l’ORDRE colonial s’était déchainé dès 1945 contre les populations camerounaises qui fêtaient la défaite du nazisme et qui espéraient dans la foulée la fin du désordre, du chaos, de la barbarie coloniale.
(6)Dit-on « les catholiques » quand on parle des français ?
Pour en savoir plus, on peut se référer à :
« 1953, un 14 juillet sanglant », de Maurice Rajsfus.
« Les balles du 14 juillet 1953 » de Daniel Kupferstein. En conclusion de son étude, il confie : « Donc, je me pose des questions. Bon, c’est vrai qu’à l’époque, je crois que les dirigeants du Parti communiste n’étaient pas forcément pour l’indépendance de l’Algérie ». C’est bien possible …
Et à la brochure de l’UD-FO 44 : « L’UD CGT-FO de Loire-Atlantique et la question coloniale. Le combat d’Alexandre Hébert ». Février 2022.
JM. 29 juin 2025.