>Histoire

23 / 06 / 2020

Zeev Sternhell (1935-2020) n’est plus.

Zeev Sternhell, auteur de « Ni droite, ni gauche l’idéologie fasciste en France », (1ère parution en 1983), n’est plus. Il a été directeur du Centre d’études européennes de l’Université hébraïque de Jérusalem.

Sternhell a concentré sur son nom la haine de nombre d’ « historiens » de cour, avides de reconnaissance des « élites », ceux qui se bousculent sur les plateaux de télévision, écrivent dans le Monde ou Libération, réécrivent ce que d’autres ont écrit depuis longtemps et se disent tous en chœur, « progressistes » et bien sûr, anti fascistes.

Il faut dire que Sternhell ne leur a pas fait de cadeaux ; notamment lorsqu’il écrit :

« En France, le fascisme prend ses sources aussi bien à droite qu’à gauche, très souvent beaucoup plus à gauche qu’à droite. Ainsi, les engagements du ministre travailliste Oswald Mosley en grande Bretagne, de la pléiade de syndicalistes révolutionnaires italiens autour de Mussolini, ou l’accueil réservé au nazisme  par Henri De Man, président du Parti ouvrier belge (dans les années 30), recoupent les réactions des militants doriotistes, des hommes de Déat (chef des néos socialistes, ministre du travail de Pétain) ou de certains collaborateurs de Bergery (chef du parti radical, puis pétainiste). Cependant, nulle part comme en France, on n’enregistre de revirements aussi nombreux, aussi spectaculaires et aussi naturellement logiques. La lignée est longue et continue depuis les radicaux d’extrême gauche au temps du boulangisme, à Déat et Doriot (N° 2 du PCF derrière Thorez puis ultra nazi) . En passant par Sorel (syndicaliste  « révolutionnaire », inspirateur de Mussolini), Lagardelle (Ministre du travail de Pétain, pour qui : « la charte du travail sera syndicale ou ne sera pas ») ou Hervé (pacifiste avant de devenir « ultra patriote »)Nul autre parti communiste ne perd en faveur d’un parti fasciste un tel nombre de membres de son Bureau politique que le PCF. Du boulangisme à la collaboration, la gauche française n’a cessé d’alimenter les formations de droite et d’extrême droite, les mouvements pré fascistes ou déjà pleinement fascistes. C’est là une des constantes de la vie politique française ainsi que l’un des éléments essentiels de l’explication  de la genèse et de la nature du fascisme en France ».*

Sternhell épingle bien d’autres figures historiques, des icônes de la bien-pensance ; trois exemples parmi bien d’autres :

          le fondateur du Monde, Hubert Beuve-Méry, admirateur du régime corporatiste-fasciste de Salazar, « formateur », « tête pensante » de « l’école » vichyste d’Uriage jusqu’en décembre 1942.

          François Perroux, l’illustre économiste, reconverti après-guerre au tiers-mondisme, en même temps que les prêtres-formateurs d’Uriage ; Perroux dont les œuvres sont recommandées par le service de propagande du IIIème Reich.

          Et, peut-être le crime suprême, Emmanuel Mounier, le prêtre personnaliste admirateur du « syndicaliste » fasciste Rossoni, plus « révolutionnaires que les fascistes « orthodoxes » autogestionnaire d’avant garde, fasciste plus « pur » que le ministre du travail G. Bottaï, plus « pur » que Mussolini. C’est dire …

Tous ces gens ont chanté les louanges des corporatismes, chacun ayant ses préférences. Tous ont admiré la capacité des régimes totalitaires à régler la « question sociale », à imposer l’Union nationale, la « concorde sociale » (expression redevenue très prisée au sommet de l’Etat ; un don de la Providence ?) Chaque 1er mai, Pétain chante les vertus de la « concorde sociale »   ; ce sont des gens venus de la gauche qui lui rédigent ses discours. Et puis, René Belin (venu de la tendance « néo », syndicats, de la CGT réunifiée avant le Front populaire) est là qui veille, qui « co construit » …

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Sternhell écrit :

« La volonté de surmonter les intérêts divergents grâce à l’intérêt général, constitue un des aspects essentiels de la révision du marxisme … la notion de système intermédiaire est une des idées clés du néo-socialisme et elle joue un rôle essentiel vers le fascisme ».

« Il y a chez Mounier une certaine indulgence, une certaine compréhension à l’égard du fascisme, souvent même une certaine admiration … »

« Il faut à la révolution, un chef, des cadres, des troupes, une foi, ou un mythe. La révolution nationale a son chef (Pétain) et grâce à lui, les grandes lignes de sa doctrine ». (Beuve-Méry, fondateur du Monde).


Zeev Sternhell avait pris connaissance des publications de l’UD de Loire-Atlantique, publications qu’il appréciait. Il en a d’ailleurs communiqué certaines à son réseau de correspondants.

A la fin du quinquennat de F. Hollande, il avait été informé de l’instauration de la commission Bartolone-Winock chargée de réfléchir à une refonte des institutions. Il s’agissait de décliner sous une forme adaptée, « moderne », le vieux projet du maréchal Pétain de juin 1944, inabouti pour les raisons que l’on sait ; et repris par de Gaulle en 1969 ; on en connaît l’issue terrible ! Il faut bien dire que Sternhell n’avait pas marqué une bien grande surprise. Cette nouvelle tentative d’instaurer une version XXIème siècle de la Chambre des corporations lui semblait logique, d’autant que ce monsieur Winock s’était particulièrement attaché dans des médias complaisants à tenter de disqualifier les travaux de Sternhell.

 Ces questions ne sont pas étrangères aux militants syndicalistes qui suivent la rubrique histoire de l’UD. Aux autres, on ne peut que conseiller la lecture de « ni droite, ni gauche … »

Pour conclure, il faut savoir que l’un des derniers actes militants de Sternhell fut de signer la pétition (soutenue par l’UD 44) exigeant la libération de la militante algérienne Louisa Hanoune, en s’excusant, un peu amusé :

« Je suis israélien, est-ce que ça ne va pas nuire à la campagne ? »

Sternhell : un historien de talent, un homme honnête.

*On trouve sur le marché des dizaines, des centaines de livres de « sommités » plus creux les uns que les autres, traitant du « fascisme », où ces nom-là sont à peine évoqués, voire, pas du tout. Sans doute s’agit-il de masquer ce qu’un observateur avisé note peu avant la guerre :

« Les gouvernements démocratiques regardent avec admiration et avec crainte Hitler (et Mussolini, Franco etc). Celui-ci, à leurs yeux a réussi à liquider la question sociale », par l’établissement de Chartes du travail, l’interdiction des confédérations ouvrières et des grèves.

Ces gouvernements dits démocratiques approuvent tout autant la signature de concordats avec l’Eglise catholique, se prononcent pour le bien commun, (notion cléricale inscrite en 1ère ligne dans la loi-travail nationale-socialiste de janvier 1934) prêchent l’unité de la patrie quand cela les arrange, rêvent de concorde sociale et d’«harmonie », sont les plus farouches défenseurs de l’intérêt général et de « pactes » divers, désormais de plus en plus «verts».

Seulement voilà, même s’ils ne le veulent pas, nous, nous sommes toujours là avec nos syndicats et nos revendications.

Jacques Moisan  23 juin 2020.

chaud ! chaud ! chaud !

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