>Histoire

26 / 08 / 2020

René Belin, ministre. (1898-1977).

René Belin, militant de la fédération postale fut pendant sept ans membre du secrétariat de la CGT. En septembre 1933, il intègre le bureau confédéral. Il est l’un des artisans du Plan de la CGT (1935).  Il s’intéresse de près aux théories du leader de la Confédération belge, Henri De Man qui évolue déjà  vers le corporatisme, version nationale-socialiste.

Au congrès de mars 1936, à Toulouse, le dirigeant PCF de la CGT, tendance « ex unitaire », Julien Racamond, dit : « René Belin sait toute l’amitié que nous avons pour lui ». Belin commente :

« C’était plus qu’une flatterie, c’était une offre », restée sans suite. Belin a constitué sa propre tendance et dispose d’une publication de fraction.

En juin 36, Belin monte au front dans un meeting CGT pour déclarer : « Le bureau confédéral de la CGT déconseille pour le moment toute grève des services publics, (ce serait) une grève contre le gouvernement ». Curieuse indépendance syndicale.

En 1940, il est promu par Vichy ministre de la Production Industrielle et du Travail. Il dissout la CGT – la Confédération, les syndicats locaux étant officiellement maintenus – et participe à la rédaction de la Charte du Travail qui continue, plus que jamais, d’être une source inépuisable d’inspiration pour toutes sortes de « réformateurs » du XXIème siècle.

Le 1er mai 1941 devient « Fête du Travail et de la concorde sociale ».

Après le retour de l’ancien socialiste Pierre Laval aux affaires (en 1942), il cède son poste à Hubert Lagardelle, ex « syndicaliste », « révolutionnaire » admirateur de la Charte du travail de Mussolini.

Belin est traduit en justice en 1949, comme tous les membres du gouvernement. Un non-lieu est prononcé ; le journal le Monde de l’uriagiste Hubert Beuve-Méry commente : « Ce non-lieu souligne son opposition aux demandes des allemands et son souci d’assurer les intérêts français » (1).

Le Monde lui rend encore cet hommage appuyé le 4 janvier 1977 :

« Après avoir réduit pendant quelques mois la durée du travail – trente heures dans la métallurgie parisienne – multiplié les services de placement, créé les directions départementales et régionales du travail, institué la retraite des vieux, il arrive, fin 1941, à réduire à un million le nombre des chômeurs ».

Belin a écrit ses  mémoires : « du secrétariat de la CGT au gouvernement de Vichy ». En voici quelques extraits. Pour plus de détails, on peut se référer à « corporatismes d’hier et d’aujourd’hui », édité par l’UD de Loire-Atlantique (2015) ainsi qu’à quelques articles complémentaires paru sur ce site. Belin est titulaire de la francisque, comme François Mitterrand.

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« Aider à survivre ».

« L’objectifécrit Belin – était d’aider à survivre ». Plus rien ne fonctionne. L’économie est en panne. C’est la principale justification de son engagement à Vichy. Il aurait pu se contenter de « conseiller », plus ou moins discrètement … bien d’autres l’ont fait ; certains autres peuvent encore être tentés. On sait qu’en temps de crise, les tentations sont fortes. Mais non, ministre ! Sous les feux de la rampe …

Il donne toutes les garanties de bonne conduite. Dans le chapitre : « qu’est-ce qu’un homme de gauche allait faire dans cette galère » ? Il écrit :

« C’est une idée reçue que le gouvernement de Vichy fut réactionnaire et que des hommes de gauche sont allés s’y perdre. J’étais un homme de gauche et pas gratuitement ; j’avais pendant quinze ans,  milité dans les syndicats et au secrétariat confédéral de la vieille CGT. Qu’allais-je donc faire dans cette galère ?

« A la vérité, cette question me laisse toujours pantois. Comment ne voit-on pas qu’à l’heure où la défaite militaire était totale, où le chaos submergeait la France et les français, il n’y avait plus dans ce pays ni droite ni gauche qui vaillent. Il n’y avait plus qu’un peuple écrasé par le plus grand des malheurs (aujourd’hui, la pandémie …). Soudain, toute considération reliée à une politique partisane se trouvait hors du temps. Toutes les valeurs idéologiques qui polarisent d’ordinaire la classe politique et syndicale étaient abolies. Le cataclysme submergeait tout.

« (Dès 1936), j’avais pris parti pour un réformisme actif, constructif en vue de lutter contre le désordre qui minait l’expérience du Front Populaire, de tenter de proportionner la revendication aux réalités de l’économie et d’inciter chacun au respect de la loi ».

Il poursuit :

« Il fallait faire accepter l’idée de l’arbitrage obligatoire (pour stopper la grève générale puisque « le mouvement échappait à tout contrôle ») ce qui impliquait l’abandon d’une position traditionnelle du mouvement ouvrier … je défendis et fis accepter l’arbitrage obligatoire ». (2).

Laval choisit Belin.

En 1940,  Laval justifie son choix – un syndicaliste de gauche, ministre du travail – en ces termes :

« ( … ) Vous n’êtes plus secrétaire de la CGT parce que vous êtes ministre … ce ministère du travail penche exagérément à droite. Votre présence permettra un meilleur équilibre ». Belin raconte comment il a débauché quelques ex syndicalistes pour former son cabinet de « réformes ».

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Le congrès de réunification CGT et CGT-U de Toulouse. Mars 1936.

Quelles « réformes » ?

1/ « Je mis en œuvre une politique dont l’objet non avoué (sic) était de répartir autant que possible le travail existant entre le plus grand nombre » ; le fameux « partage du travail … et des revenus.

2/ « Ce n’est pas le gouvernement de Vichy qui a décrété le blocage des salaires, c’est un décret du 10 novembre 1939 et un décret-loi du 1er juin 1940. Mais bien évidemment, il ne pouvait être question d’abroger ces textes. Les nécessités impérieuses d’une politique des prix et des revenus qui les avaient justifiées en 1939, conservaient hélas toute leur force dans la période de pénurie que nous traversions ».

3/ Il fallait « pour un temps mettre le libéralisme en sommeil et lui substituer une certaine direction autoritaire de l’économie ».

4/ Le préambule de la Charte du Travail affirme :

« ( … ) Les syndicats ne seront plus les syndicats de tendance du passé. S’ils demeurent voués dans chaque profession à la représentation d’une même catégorie sociale (patrons, ouvriers, cadres), ils seront désormais obligatoires pour être forts, uniques, pour être francs ».

Des syndicats « forts » au service de « l’Etat fort » ? Certains en rêvent encore …

Au nom de « circonstances exceptionnelles », certains sont disposés à justifier tous les renoncements, toutes les trahisons … ajoutant ainsi au « chaos » …

Les renoncements et les trahisons n’empêchent pas le moment venu à la lutte des classes qui reste le « moteur de l’histoire » de retrouver tous ses droits.

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La bible des néo-corporatistes d’après-guerre

 

(1) au 3ème trimestre 1945, paraît une sorte de manifeste des uriagistes recyclés à temps « résistants » (menés par Beuve-Méry),  intitulé vers le style du XXème siècle. On y lit ceci :

« La Charte du travail favorisait par les mesures qu’elle édictait  … la triple idée :

–          D’une remise en ordre de l’industrie.

–          Du regroupement des forces syndicales.

–          D’une large accession de la classe ouvrière aux responsabilités sociales et économiques  …

–           l’application des réformes devra tenir compte de la tradition personnaliste française», tradition plus tard incarnée par Jacques Delors,  entre autres.

On y trouve aussi cette présentation de la politique sociale de l’état corporatiste NAZI : « Ses réalisations sociales sont indiscutables et souvent grandioses … »

(2) La Charte du travail de l’Italie fasciste avait institué (art V) une « magistrature du travail » chargée de régler tous les contentieux, « soit qu’ils concernent l’observation des conventions et autres règles existantes, soit qu’ils se rapportent à la détermination des nouvelles conditions de travail ». La magistrature du travail tranchait toujours « en conciliant les intérêts privés avec l’intérêt suprême de la nation ».

Les néos socialistes et néos syndicalistes étaient, depuis le milieu des années 30, fascinés par « l’expérience » corporatiste italienne.

« L’autogestion mussolinienne » se résumait ainsi :

Discours de Mussolini devant des ouvriers à Milan, octobre 1934 : « La solution corporative, c’est la solution de la production confiée aux producteurs eux-mêmes. Quand je dis producteurs, je ne veux pas seulement parler des industriels ou des employeurs, mais j’entends aussi les ouvriers. … si le siècle passé a été le siècle de la puissance du capital, ce vingtième siècle est celui de la puissance et de la gloire du travail ».

L’Italie devait rester « une Nation à économie mixte » … avec des « banques qui ne fassent pas de spéculation ».

Aujourd’hui, certains rêvent encore d’ « entreprises qui ne feraient pas que du profit ».

JM août 2020.

 

chaud ! chaud ! chaud !

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