>Histoire

15 / 01 / 2025

Les syndicats et la guerre (13).

« La connaissance du passé serait inutile si elle ne servait à éclairer le présent (Alexandre Hébert).»

 

Novembre 1959. La guerre coloniale fait rage en Algérie.  L’arc colonialiste droite-« gauche » parle des « évènements » d’Algérie.

La guerre de conquête a pourtant débuté en 1830. En 1841, le roi Louis Philippe affirme : « L’Algérie, terre désormais et pour toujours française ». Notons que les principaux chefs de guerre, Bugeaud notamment, mènent en même temps la guerre sociale en « métropole ». Victor Hugo rapporte ses propos tenus en 1848, lorsque Paris entre en révolution contre la monarchie. « Eussé-je devant moi cinquante milles femmes et enfants, je mitraillerais … » Guerre à l’extérieur, guerre encore à l’intérieur des frontières.

Selon de Gaulle co-responsable avec les partis de « gauche » des massacres coloniaux de 1945 … Bugeaud avait « toutes les ressources d’un vaste esprit ».

Les militants algériens, les résistants, sont assimilés à des « terroristes ». Les militants ouvriers algériens les plus lucides savent que la question nationale ne peut être dissociée de la question sociale. Ceux-là ont constitué l’Union Syndicale des Travailleurs Algériens (USTA). 

Secrétaire général de l’UD CGT-FO de Loire-Atlantique, Alexandre Hébert, se rend au 2ème et dernier congrès de l’USTA en novembre 1959.

Faut-il rappeler que le CCN de FO réuni à Amiens les 5 et 6 mai 1956 avait exigé le « cessez-le-feu » immédiat. 

A l’Assemblée, tous les partis avaient voté l’infamie des pouvoirs spéciaux.

Les camarades Bothereau, Bergeron, Hébert et quelques autres avaient compris l’importance de prendre position. Ils n’étaient ni « domestiques », ni « larbins » du chaos capitaliste et défendaient les revendications communes à tous les travailleurs, algériens et français.

Extraits du discours au congrès :

« ( … ) Je suis adhérent d’une centrale, la CGT-FO membre de la Confédération Internationale des Syndicats libres (CISL). Nous sommes un petit nombre de camarades qui avons essayé de faire comprendre et admettre à la CISL que vous étiez véritablement le syndicalisme algériens.

( … ) J’ai rencontré Filali (un des dirigeants du syndicat) trois jours avant qu’il soit assassiné et nous avons eu une assez longue discussion amicale ; J’ai retenu deux choses. Filali m’a dit :

Vois-tu, le combat pour l’indépendance est maintenant gagné, on ne reviendra plus jamais en arrière, c’est une chose maintenant acquise (applaudissements) et il a ajouté :

Ce que nous devons faire maintenant, c’est armer la classe ouvrière, la préparer, lui donner ses organisations pour les autres combats, ceux qu’elle aura à mener demain dans l’Algérie de demain pour l’indépendance de la classe ouvrière. (Applaudissements).

Telles étaient camarades, les préoccupations de Filali trois jours avant qu’il soit assassiné ! Et soyez sûrs que lorsque j’ai appris avec bouleversement sa mort, je me suis remémoré ses paroles et que ceux qui l’ont assassiné savaient ce qu’ils faisaient. Nous savons, nous, que pour former un militant ouvrier de la classe de Filali, il faut des années. Et nous savons que la bourgeoisie le sait aussi, qu’il suffit d’en tuer quelques-uns de cette classe pour que les travailleurs voient leurs conditions de lutte considérablement aggravées.

La classe ouvrière française a eu beaucoup de mal à se relever de l’hémorragie de la COMMUNE. (Applaudissements).

( … ) Nous avons vécu, nous avons connu les purges dans l’Est européen et en Chine.

Nous avons connu la liquidation systématique de nos camarades, ceux de la FAI, ceux du POUM en Espagne (par la police politique des staliniens) et nous avons reconnu les méthodes qui visaient à priver le prolétariat de ses militants, de ceux qui n’acceptent pas de se plier (applaudissements) , de ceux dont on ne sait qu’on ne pourra ni les intimider ni les corrompre, et c’est pourquoi camarades, dans votre attitude, dans la façon de mener vos luttes, votre attitude, y compris avec les ouvriers lorsqu’ils étaient incompréhensifs à votre égard, nous avons senti que vous, vous étiez effectivement dans la tradition du mouvement ouvrier révolutionnaire et c’est pourquoi, nous avons en dépit des difficultés et le plus largement possible, essayé de vous soutenir.

Plusieurs délégués interviennent sur la question du Sahara. Le délégué de l’UL d’Hagondange rapporte des propos de De Gaulle : « Nous garderons le Sahara coûte que coûte ». Je suis originaire du Sahara. Le Sahara est une partie intégrante de l’Algérie. S’il y a libération algérienne c’est pour libérer l’Algérie du joug du colonialisme, c’est pour lui conserver son intégrité territoriale avec ses richesses du sol et du sous-sol ».Le délégué de l’Union locale de la région parisienne note les prétentions du Maroc … questions toujours d’actualité.

Le délégué de l’UL de Montluçon explique : « les capitalistes envisagent de créer une nouvelle bourgeoisie musulmane.  … nous travailleurs algériens, nous ne tenons pas à être frustrés de nos droits et de tous les avantages que procure le progrès social moderne ». Un délégué du bâtiment rappelle le bilan accablant de 130 ans de colonisation : « l’analphabétisme touche 90 % de notre population ».

Le délégué de Nancy s’indigne : « La CGT est hostile à notre jeune syndicat. Elle a même aidé l’administration à détruire notre organisation » …

Il reste maintenant une tâche à reprendre. Nous avons une grande tâche : il faut reconstruire le mouvement ouvrier international.

Il faudra que nous le fassions tous ensemble et que nous essayons de faire en sorte que, tant au plan des nations qu’au plan international, la classe ouvrière ait ses propres organisations mais des organisations qui soient à son service, à son seul service et qui ne soient pas simplement les domestiques, les larbins des impérialismes rivaux qui, tous, exploitent la classe ouvrière ». (Applaudissements).

Au moment où se déchaîne une large campagne anti arabe et plus particulièrement anti algériens dans la plupart des médias d’ « informations », il n’est pas inutile de se rappeler ce passé qui n’est pas si lointain.

« Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde » (B. Brecht).

 JM 15 01 2025.

 

chaud ! chaud ! chaud !

leurs revendications concernent la réforme des retraites: Appel à la grève dès le 5 décembre

>Suite

Calendrier de l’UD : cliquez sur les jours

<< Fév 2026 >>
lmmjvsd
26 27 28 29 30 31 1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 1