>Histoire

27 / 09 / 2020

Le Plan contre la CGT. (1ère partie).

En 1945, la CGT est toujours « unifiée ». La dernière scission résultait de la signature du pacte germano-soviétique.

« En marche », mais vers quoi ?

Le gouvernement a annoncé l’instauration d’un nouveau Haut-Commissariat au Plan. Certains y voient une « victoire intellectuelle du socialisme », d’autres préfèrent parler de « farce ».

Les partisans de la première thèse n’hésitent pas à invoquer Jean Monnet et le général de Gaulle, auteur de la fameuse formule : « l’ardente obligation du Plan ».

Le PLAN des « marcheurs » sera-t-il un bidule seulement destiné à caser (neutraliser ?) quelques illustres personnages désoeuvrés ou sera-t-il le moyen de tenter, une nouvelle fois, l’intégration des deux confédérations ouvrières à la gestion de la « gouvernance » ?

Le Haut-commissaire au PLAN, François Bayrou, a précisé sa méthode devant le CESE. A la question : « comment allez-vous associer les organisations syndicales ? » il a répondu :

« La planification, c’est se mettre d’accord sur les grands enjeux … pour que nous puissions proposer des orientations … la recherche d’un cadre commun de réflexions et de décisions … Je vais proposer aux grandes organisations syndicales et professionnelles de désigner auprès de moi un sherpa* permanent et de former ainsi une petite équipe de concertation en continu avec des représentants d’organisations qui se connaîtront et on retrouvera ainsi une partie de l’atmosphère du PLAN de Jean Monnet… »

Le pouvoir, on le voit, ne renonce pas à jouer la carte de l’intégration des syndicats à la « gouvernance ». De là à y parvenir …

*Au Népal, les guides de montagne ont pour fonction de  « gagner du temps et éviter tout danger qui pourrait se présenter sur leur chemin » Autrement dit aider ce gouvernement suspendu en l’air à accélérer le rythme des contre-réformes.

1945 : Le contexte :

En 1945, le pays est dévasté. L’économie est au point mort. Le porte-parole des intérêts américains en France, Jean Monnet, prétend, en accord avec de Gaulle qui préside jusqu’au 20 janvier 1946 aux destinées d’un gouvernement type union nationale, (SFIO, PCF et MRP) reconstituer les bases de l’Etat.

Rappelons que la doctrine sociale du général se résume dans la phrase : la politique sociale de Vichy « n’était pas sans attrait ».

Autrement dit, l’objectif politique, c’était la mise en place d’un régime néo corporatiste (baptisé « association Capital-Travail ») adapté à la nouvelle situation, la chute du national-socialisme.

Ce sera le rôle fondamental du PLAN.

Comme toujours, les projets de la classe dominante se heurtent aux réalités de la lutte des classes. Les trois années, 1945, 1946, 1947, sont trois années de grèves presque ininterrompues qui se terminent par les plus grandes conquêtes ouvrières, dont la sécurité sociale.

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Le pouvoir nous refait le coup du Plan. Voilà la « révolution » du président Macron !  En 1945, le PLAN devait persuader les EU d’aider à la reconstruction du pays. Ce fut Léon Blum, pauvre homme ! qui fut chargé à New-York de présenter l’affaire.

Sommés de se comporter en « corps intermédiaires », les militants syndicalistes devraient renoncer à leurs revendications.

Compte tenu de la situation, les pressions sont fortes et les tentations de céder ne vont pas manquer.

Dans ces circonstances, il est nécessaire de revisiter le passé afin de mieux se préparer aux inévitables combats à venir.

Le plan Monnet :

Dans ses « mémoires » politiques, Monnet définit sa méthode (Voir chapitre X) :

« Toute la nation doit être associée à cet effort. ( … ) Puisque l’exécution du PLAN exigera la collaboration de tous, il est indispensable que tous les éléments vitaux de la nation participent à son élaboration, l’administration responsable, les experts les plus qualifiés et les responsables des syndicats professionnels : ouvriers, cadres et patrons » ; ça sent son Vichy …

Monnet s’entoure de « collaborateurs » dévoués recrutés dans l’entourage de De Gaulle mais aussi, c’est essentiel, d’anciens vichystes « uriagistes » (1) reconvertis. Cette équipe va fonctionner sur le mode « commando ». Ces gens-là se connaissent.

Le PLAN « pour la modernisation … » stipule dans son article 2, décret du 3 janvier 1946 (2) :

« ( … ) Accroître le rendement du travail ; assurer le plein emploi de la main-d’œuvre ; élever le niveau de vie de la population, les conditions de l’habitat et de la vie collective ».

Monnet institue 18 « commissions » dites de « modernisation » dans lesquelles doivent siéger des responsables syndicaux.

Offensive contre l’indépendance de la CGT.

Monnet (et ses successeurs) va s’appuyer sur des syndicalistes partisans de l’association capital-Travail.

Son préféré est incontestablement Pierre Le Brun qu’il décrit ainsi :

« Le Brun était un des cerveaux de la machine syndicale. Ancien ingénieur, essentiellement intellectuel, il était le conseiller économique écouté de la centrale … marxiste convaincu, il fut à l’aile gauche de la CGT ».

Le Brun a été de longues années « couvé » par la fraction de l’appareil confédéral de la CGT confisqué par le PCF.

Pour Monnet, c’était le candidat idéal.

En réalité, Le Brun était partisan de l’association capital-travail telle qu’elle fut adoptée par le concile Vatican II au début des années soixante. Il le revendique fièrement en 1964, année de la divine naissance de la CFDT dans un livre intitulé « questions actuelles du syndicalisme ».

Avec ce style de « syndicaliste » béni par la fraction de l’appareil confédéral soumis au PCF, Monnet espère parvenir à ses fins. Il écrit : « Quand vous réunissez des hommes d’origines diverses, que vous les mettez en face du même problème et les chargez de les résoudre, ce ne sont plus les mêmes hommes.  Dès lors qu’ils ne sont plus là pour défendre des intérêts, ils prennent sans effort la même vue. Nous ferons le Plan sans rien imposer à personne ».

45 heures !

Monnet poursuit :

« Le président de la commission de la main-d’œuvre  du PLAN était un secrétaire confédéral de la CGT, Tollet, qui avait joué un grand rôle dans la libération de Paris. Quand il fut placé en face des chiffres qui exprimaient la réalité française, il n’hésita pas à préconiser lui-même la semaine de 45 heures ».

L’accord des « élites » est pourtant perturbé. Monnet pleurniche :

« L’exécution du PLAN fut bientôt gênée par les conflits sociaux ». Monnet, adepte du pieux silence, n’en dit pas plus.

En mai 1947, la classe ouvrière déclenche dans son bastion de Renault-Billancourt la grève totale de l’usine pour l’augmentation des salaires, grève qui menace de s’étendre à toute la métallurgie.

La CGT sous emprise stalinienne est débordée. C’est la panique au sommet de l’Etat. « Tout rouge », la larme à l’œil, Thorez confie à Vincent Auriol (le président de la république, « socialiste ») : « j’ai fait ce j’ai pu (pour empêcher la grève) ; je suis au bout de mon rouleau ». Monnet commente, désolé :

« Nous ne pouvions plus compter sur les communistes pour faire respecter les disciplines nécessaires ».

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 27-9-jm-2.jpg.

Les ministres « communistes » doivent démissionner pour conserver le contrôle de la classe ouvrière.

Monnet cherche à se consoler : « Grâce à Pierre Le Brun, La CGT resta présente dans les commissions et nous n’eûmes pas à constater de rupture ».

Mais les rêves d’union sacrée, de néo corporatisme « moderne », des Monnet, Lebrun et de la CFTC … s’écroulent. D’autant que les militants qui dans la CGT refusent de se soumettre à la chape de plomb du « parti » s’organisent pour constituer notre CGT-FO qui « continue la CGT ».

Les mêmes débats – intégration ou résistance sur la ligne de la Charte d’Amiens – vont se poursuivre au sein de la CGT-FO.

Ce sera l’objet de la seconde partie de cet article.

(1)    Par exemple Delouvrier, ex uriagiste, converti au gaullisme. Il revendique comme une gloire son passé uriagiste.

Monnet recrute aussi Pierre Uri dont il dit : « Il a été collaborateur de François Perroux et a conseillé la CGT ». La plupart des collaborateurs de Monnet sont des adeptes de Perroux qui a cette définition du corporatisme (1935) :

« Un groupement de caractère public ou semi-public où sont représentés paritairement patrons et ouvriers départagés en cas de conflits par l’Etat.  Le corporatisme rassemble dans un même organisme les patrons et les ouvriers que le régime de l’entreprise aurait séparés et opposés. Si la représentation des deux éléments est sincère et s’ils sont dotés de droits égaux, la présence d’un tiers départageant, pratiquement l’Etat, devient indispensable. L’Etat ne se contente plus de créer des cadres, de garantir la propriété et les contrats ni même de trancher occasionnellement des contrats collectifs, il devient l’arbitre constant de la vie économique. Cela s’accompagne inévitablement des dispositifs tendant à coordonner et à ajuster les intérêts des diverses catégories de producteurs. C’est entre l’Etat, les travailleurs et les patrons que s’élabore une planification corporative ».

Tout ceci est contenu dans les encycliques dites « sociales ».

Perroux avait salué les procédures d’arbitrage et de conciliation mises en place en 1937 par le Front populaire, ne manquant pas d’ironiser : « on afflige beaucoup un socialiste » quand on lui explique que son parti a beaucoup fait pour le corporatisme.

Les écrits du très catholique Perroux étaient recommandés par les services de propagande du IIIème Reich.

 Dans son livre, Le Brun se réfère à Jean XXIII (le pape du Vatican II) et à … F. Perroux.

 (2) Le décret a été contresigné par 9 ministres : 2 MRP (« Machine à Récupérer les Pétainistes »), 2 radicaux, un socialiste, 4 communistes.

 JM. 26 septembre 2020

chaud ! chaud ! chaud !

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