>Histoire

9 / 01 / 2021

« La société sans école » 2ème partie.

« La mystique du diplôme … »

A la libération, le patronat compromis jusqu’au cou dans la collaboration s’intéresse de près aux questions scolaires.

Le patronat ne revendique pas précisément une « société sans école » mais plutôt une école « proche des réalités économiques ».

Georges Villiers est nommé président du CNPF (Conseil National du Patronat Français) qu’il dirige de 1946 à 1966. Il est présenté comme l’un des rares patrons encore présentables, les fameux « patrons patriotes » inventés par le PCF. Pourtant, il est membre du Conseil national de Pétain et maire de Lyon nommé par le maréchal,

En 1955, il explique :

« La suppression du baccalauréat, son remplacement par un certificat d’études et la généralisation  des examens d’entrée pour l’enseignement supérieur viennent d’être mis à l’ordre du jour. Ce projet présenterait le gros avantage de supprimer la mystique du diplôme qui constitue de fait actuellement le pôle d’attraction de tout l’enseignement secondaire » (1).

Georges Villiers, président du CNPF doit « avaler » les réformes arrachées à la Libération ;

En 1945 et 1946, jusqu’à la grève Renault de 1947, les travailleurs se mobilisent pour en finir avec « l’ancien monde » comme on pourrait dire aujourd’hui. Les gouvernements, avec de Gaulle, puis sans lui sont surtout préoccupés par la reconstruction de l’Etat : « un seul Etat, une seule armée, une seule police … » (Thorez).

Nous sommes en 1955 ! Le discours anti bac est lancé. par qui ? Le patronat, évidemment. Peut-il en être autrement ? Pendant les treize années qui suivent, l’idée « révolutionnaire » : « à bas les diplômes, à bas l’école de la bourgeoisie » va mûrir dans divers milieux pour exploser en 1968 … pour le plus grand plaisir du CNPF (2).

Le champion de la société sans école.

« Les diplômes représentent un obstacle à la liberté de l’éducation » écrit l’idéologue Ivan Illich dans son best-seller, « une société sans école » paru en 1970. Ce gourou des années 1970 qui a étudié la théologie à l’université grégorienne de Rome avant de se tourner vers la prêtrise, est reçu par Georges Pompidou (dernier 1er ministre de De Gaulle, puis élu président de la république en 1969). Il explique à Pompidou qu’il n’y a rien de plus urgent que de « déscolariser la société » ce qui veut dire « refuser le statut professionnel à ce métier (enseignant) qui, par ordre d’ancienneté, vient juste après le plus vieux métier du monde » (3).

Pompidou élu président avait déclaré : « Quels que soient les besoins et les justifications, il faut arrêter la croissance des dépenses d’éducation ».

De 1955 à 1969, les effectifs de l’enseignement secondaires passent de 775 000 élèves à 2 400 000. Dans la période 1955-1963, les cours complémentaires (après le primaire) passent de 163 000 à 875 000 élèves … Les élucubration d’Illich tombent à point nommé pour justifier les mesures d’austérité que le gouvernement se prépare à prendre.

Illich en Floride.

Le gourou fait des émules jusqu’en Floride. Une loi y avait été adoptée avec l’ambition de limiter à 25 le nombre d’élèves en lycée, 22 en collège et 18 en primaire. Voilà d’excellentes intentions ! Mais, comme on pouvait le craindre, cette loi n’a pas été accompagnée de la création des emplois statutaires nécessaires. Bien au contraire. Alors, « on » a inventé les classes virtuelles (bien longtemps avant le miraculeux COVID 19 !) Les élèves  sont pris en charge par un ordinateur. Fini le temps désagréable du prof, qui, du haut de sa chaire, postillonne sur les élèves du 1er rang. Ils étaient 7000 élèves désignés volontaires pour participer à cette expérience aussi inédite que passionnante. Tout est prévu ; les élèves « en difficulté » – il y en a donc ?- ont toujours la possibilité de demander de l’aide à un professeur par téléphone, par mail ou par SMS. C’est bien de leur laisser le choix !

A 15 ans, A. B fréquente le lycée de Miami Beach depuis deux ans. Elle a choisi d’assister au labo virtuel, contrairement à la plupart de ses camarades. “Aucun ne veut y aller, dit-elle, et pour l’enseignement virtuel, il faut vraiment être motivé. C’est vraiment terrible de devoir s’y rendre alors qu’on ne l’a pas choisi.”

(Source : courrier international, 2011).

Illich, « l’européen … » (Source, l’express, 2005).

« L’après-68 européen l’accueille (Illich) avec avidité et, en France,Le Nouvel Observateur, Le Monde et les revues Esprit etLa Gueule ouverte vulgarisèrent avec ferveur ses livres, alors très lus au sein de la «deuxième gauche» de Michel Rocard, qui croyait encore à l’autogestion, et de la CFDT d’Edmond Maire, laquelle se préoccupait des «dégâts du progrès» …

Illich, personnage inquiétant a toujours quelques fidèles …

En France :

Le quotidien Ouest-France (27-11-2020) a publié une interview d’un admirateur d’Illich, Jean Michel Djihan,  rédacteur en chef du « Monde de l’éducation » avant de travailler au quotidien LA CROIX … . L’article est intitulé : « Ivan Illich, l’homme qui avait tout prévu ».

Ouest-France : « Michel Rocard, lui, s’inspirait d’Illich … ?

Réponse : Oui, il lance l’écologie politique en 1988 quand François Mitterrand le nomme Premier ministre. Il choisit Brice Lalonde, formé aux thèses d’Illich, comme ministre de l’environnement. Mais Mitterrand n’avait rien d’un écologiste radical. Il est resté quatorze ans au pouvoir et on a oublié Illich ».

Le serment de Vincennes.

Le régime gaulliste ne pouvait que poursuivre et aggraver les dispositions anti laïques des gouvernements de la IVème république. Ce fut la loi Debré. La riposte laïque s’organise :

Serment laïque du 19 juin 1960 contre la loi du 31 décembre 1959.

« Nous, pétitionnaires des communes de France, représentant 10 817 697 françaises et français de toutes origines et de toutes opinions, ayant signé la protestation solennelle contre la loi scolaire de division du 31 décembre 1959,

–          Faisons le serment solennel de manifester en toutes circonstances et en tous lieux notre irréductible opposition à cette loi contraire à l’évolution historique de la nation.

–          De lutter sans trêve et sans défaillance jusqu’à son abrogation.

–          Et d’obtenir que les fonds publics de la république soient uniquement réservés à l’école de la nation, espoir de notre jeunesse ».

On mesure l’ampleur des reniements. Le CNAL avait été un moteur de l’organisation de la RESISTANCE. Les militants syndicalistes de notre CGT-FO avaient activement participé, dans le respect des prérogatives de chaque organisation – à la campagne.

Les partis « ouvriers » qui devenaient partis « de gauche », s’apprêtaient à capituler jusqu’à parrainer l’entrée des cléricaux de « gauche » – la CFDT – au sein du CNAL, en 1971 (4).

Le très clérical Michel Debré justifiait ainsi sa loi :

« Nous ne sommes plus au XIXème siècle. ( … ) L’état a bien d’autres adversaires (que l’Eglise catholique), des adversaires bien plus dangereux… »

Les deux confédérations ouvrières (et à l’époque aussi, la FEN qui n’est pas encore convertie à l’idéologie néo socialiste de la « Deuxième gauche » cléricale »  des Delors, Rocard, Maire …) même si elles ne sont pas expressément désignées, sont bien les deux « citadelles » à abattre ; soit brutalement, soit en les « contournant » par les voies de l’intégration progressive, par la « participation ».

Paraissent alors de nombreux rapports. L’entre eux préconise :

« Dans l’enseignement du 1er degré, priorité serait désormais donné au département. Il est prévu de transférer désormais les traitements des instituteurs aux conseils généraux qui se verraient responsables du recrutement, de l’affectation et du paiement des instituteurs ».

Le pouvoir gaulliste, s’il affiche clairement ses objectifs, casser le statut de fonctionnaire d’Etat, (cette « anomalie » selon Blanquer) n’est pas en mesure de l’imposer. Casser le statut pour en finir avec la laïcité institutionnelle ; casser le statut pour interdire aux enseignants d’exercer leur métier : enseigner, instruire à l’abri des groupes de pression divers.

Ce que la « droite » n’a pas osé réaliser, la « gauche » va tenter de l’imposer sous couvert de « grand service public unifié ».

Quelques éléments ici : « loi Savary, loi scélérate ».

http://force-ouvriere44.fr/1982-loi-savary-loi-scelerate/

(1)                Le patronat mène conjointement campagne contre la sécurité sociale, une « folie » que le pays ne devrait pas se permettre.

(2)                La loi Edgar Faure qui préconise l’ « autonomie » des universités est adoptée par la « droite » comme par la « gauche » après mai 68. Voir à ce sujet la brochure de l’UD : « mai-juin 68, 10 ans ça suffit ! » 

(3)                Les thèses de ce fou furieux rencontrent alors un écho favorable dans les milieux les plus divers. Aujourd’hui encore … La revue Esprit notamment, chère à l’actuel locataire provisoire de l’Elysée lui consacre de nombreux articles élogieux.

(4)                Voir : http://force-ouvriere44.fr/1982-loi-savary-loi-scelerate/

« La société sans école » : Savary … Bourdieu … et quelques autres.

Mars 1968.

Au colloque d’Amiens de mars 1968, 720 « personnalités » s’interrogent : comment en finir avec l’école, lieu de transmission des connaissances ?

 On y retrouve inévitablement quelques adeptes de « l’école » de formation vichyste d’Uriage, convertis à « gauche », désormais adhérents du PSU de Delors-Rocard et de la CFDT. Il faut bien s’adapter. L’un d’entre eux un certain Ferry, fustige « une conception encyclopédique et intellectualiste de la culture » sous l’œil bienveillant du ministre gaulliste de l’époque, Alain Peyrefitte que les néos-uriagistes soupçonnent de n’être pas assez « révolutionnaire ».

Pourtant ce ministre imagine déjà, un demi-siècle avant la COVID 19, de réaliser les économies budgétaires indispensables grâce à la promotion de « cours télévisés ».

On y parle décentralisation, autonomie des établissements. On s’inquiète des « résistances » au changement. On dénonce allègrement le mythe, voire la « dictature » du diplôme …

Les « pédagogistes pieux » parlent de « révolution ». Diable ! Alain Geismar est de ceux-là … Pierre Bourdieu (que l’on retrouvera plus loin) y apporte sa contribution ainsi qu’Antoine Prost, le conseiller de Rocard, chef de file du SGEN-CFDT, auteur en 1985 de « éloge des pédagogues ». Le chapitre six est intitulé : « un mal français, le baccalauréat … »

Les ex uriagistes seront très actifs en mai-juin 68. Voir à ce sujet la brochure de l’UD-FO.

1981, la divine surprise.

Jean Cornec, président de la FCPE (Source : « pour l’école libre, défense et illustration de la laïcité ». 1977) : « L’école laïque ne doit être le siège d’aucune propagande, d’aucun prosélytisme, d’où qu’il vienne et quel qu’il soit …  nous ne pensons pas qu’il soit souhaitable que les établissements scolaires deviennent le champ clos des différentes propagandes ». Bien dit !

Nous verrons ici plus particulièrement le côté obscurantiste de la politique scolaire, si l’on peut dire, sous la direction de Savary, Jospin et Rocard.

Le « projet socialiste » d’avant 1981, que les syndicalistes de l’ex Fédération de l’Education  Nationale avait concocté avec F. Mitterrand avait été présenté par Louis Mexandeau, délégué national du parti socialiste à l’Education nationale. Il avait été présenté dans un livre intitulé, « école, pouvoirs et démocratie ».

Il fixe les objectifs prioritaires de l’école : instruire ? allons donc !

« L’apprentissage de la démocratie devient un objectif fondamental de l’école. ( … ) L’arrivée au pouvoir de la gauche doit permettre une ouverture plus grande de l’école sur son environnement … le parti socialiste est favorable au rapprochement de l’école avec l’entreprise … » Et voici l’entreprise chargée « d’éduquer » la jeunesse ! Le CNPF ne pouvait rêver de meilleur serviteur. D’autant que, pour mieux convaincre les fanatiques des équilibres budgétaires, Savary précise : « avoir 25 ou 30 élèves par classe n’a pas de conséquence sur les conditions d’apprentissage ».

« L’Education sera de la base au sommet gérée effectivement par ses usagers et ses travailleurs sous le contrôle des citoyens ». Il faudra marcher au pas de l’oie … rose.

Champion de la gestion tripartite les néos socialistes puisent dans les « idées » autogestionnaires de la pire réaction – l’axe CFDT-PSU (parti socialiste (sic) unifié) – de Delors et Rocard – les vieilleries corporatistes dont la bourgeoisie a besoin pour détruire l’école publique et soumettre les personnels aux  féodalités locales, aux cléricaux, et au patronat.

Le mot d’ordre : « pas de curé, pas de patron à l’école » n’est plus d’actualité.

La gauche « moderne » mène alors campagne contre les « timidités » des « réformes » de droite. Le ministre Haby avait institué les comités de parents. Les usagers de l’école étaient invités à investir l’école publique. Mais Haby n’avait pas rendu la réunion de ces structures d’inspiration corporatiste, obligatoire. Du coup, les enseignants les boycottaient, massivement. Ils avaient raison. Une situation que la gauche politico-syndicale – plus corporatiste en somme que la « droite » traditionnelle – ne pouvait supporter.

Les syndicalistes qui ont connu la période se souviennent que les militants sous influence PCF, (tendance dite : unité et action de la FEN) n’étaient pas les moins acharnés à promouvoir la « révolution » à l’école, par la grâce de la participation citoyenne à tous les bidules intégrationnistes.

Seule, notre CGT-FO ne cessait de mettre en garde contre les conséquences catastrophiques de cette politique qu’il faut bien qualifier de réactionnaire.

Le programme du parti qui n’était plus socialiste précisait :

« La participation des parents aux diverses décisions et activités doit s’opérer sur un pied d’égalité … des mesures administratives précises seront prises pour que, de spectateurs de l’éducation scolaire de leurs enfants, ils puissent en devenir les acteurs en participant aux diverses activités éducatives. La formation des personnels devra les préparer à cette collaboration … »

Les dames patronnesses, les représentants des « activités économiques » une fois rentrés dans l’école, on se doute que le travail des enseignants – enseigner – se compliquera singulièrement.

Les penseurs néo socialistes, pour briser les résistances (comme on disait à Vichy) avaient prévu : « une déconcentration financière, consistant à faire accorder à l’école  par le conseil municipal une subvention globale ou par grands chapitres, dont l’affectation de détail serait proposé au maire par le Conseil tri partite d’école (bénéficiant) de véritables pouvoirs alors qu’aujourd’hui, il n’est que consultatif … ainsi, les écoles pourraient devenir de véritables lieux de décisions (des « communautés éducatives » autonomes …) … la gestion reposera sur un conseil tri partite présidé et convoqué par un président élu pour deux ans et différent du chef d’établissement … »

Ce programme rocardien de destruction du service public suscitait au sein de la FEN quelques inquiétudes, mais sans doute pas à la hauteur des dangers.

Il fallait, pour que le projet « autogestionnaire » aboutisse convertir les militants de la FEN à « l’école nouvelle ». L’opération venait de loin. Un ancien dirigeant du SNI-PEGC de la Nièvre (le département de F. Mitterrand), a raconté comment il est tombé sous le charme des cléricaux de gauche ; voir sur ce site :

http://force-ouvriere44.fr/chronique-envahisseurs-12/     et

http://force-ouvriere44.fr/chronique-envahisseurs-22/

Le « problème » du statut …

Le ministre Savary représente bien cette « gauche » convertie à l’idéologie rance des cléricaux. Il annonce fièrement :

« D’autres pôles complémentaires ou supplémentaires pourront être reconnus, tel que l’enseignement religieux … » (Ouest-France, juin 1981) ; ça fleure bon son Vichy … et, pour doubler Carcopino à « droite » ou à « gauche », si l’on préfère :

« Au-delà du temps de classe, il faut aborder le problème du statut des enseignants, dont une partie du service normal pourra à l’avenir être consacrée à des tâches éducatives et non plus d’enseignement ». Le « problème » du statut ! Tout est dit !

Pendant que Savary-le-pieux s’attaque à l’école publique laïque, son compère Ralite s’attaque à l’hôpital et Auroux-Aubry aux conventions collectives … 

1985 : le rapport Bourdieu et du Collège de France sur l’évolution du système éducatif :

Parmi les très nombreux rapports publiés à l’époque celui-ci mérite qu’on s’y arrête un peu. Toujours plus de décentralisation et d’autonomie des « établissements », telle est la doctrine. Y figure en bonne place la proposition d’ « une commission d’évaluation des établissements » avec son corollaire, l’appel aux financements privés « pour des établissements de qualité ».

Pierre Bourdieu, présent au colloque de mars 1968.

Bourdieu propose « L’existence d’une offre scolaire diversifiée, proposée à tous les niveaux par des institutions d’enseignement autonomes et concurrentes … parmi les conditions nécessaires pour assurer aux établissements l’autonomie la plus importante est sans doute la maîtrise d’un budget global (comme le funeste budget global des hôpitaux du ministre PCF Ralite) qui pourrait être assuré par une pluralité des sources de financements : subventions de l’Etat, des régions, des municipalités des fondations privées, contrats avec l’Etat ou les entreprises  publiques ou privées … »

El les personnels dans tout ce fourbi ?

« En vue de restaurer ou de renforcer la motivation des maîtres et de contrarier la dissolution des responsabilités qu’encourage le retour à la seule ancienneté comme étalon de toutes les formes de compétences, le pouvoir de tutelle devrait instituer des instances d’évaluation de l’activité pédagogique et scientifique des maîtres.  Ces instances … composées au moins pour une partie de personnes étrangères au corps considéré et choisies pour leurs actions créatrices aux activités les plus diverses auraient à évaluer la qualité des individus (surtout ceux suspectés d’enseigner encore et toujours, malgré tout ?!) et des institutions …  en fonction de critères multiples et nuancés ».

N’est-ce pas joliment tourné ?

Résumons : les financeurs divers et variés – qui paye décide ! – pourront par la grâce de leurs « contributions multiples » exercer une vraie dictature. La « communauté éducative » sera épanouie.

Le rapport dénonce bien sûr « l’encyclopédisme des programmes … » Du déjà vu.

Les récompenses. …

« Les personnels méritants bénéficieront d’avantages matériels et symboliques : subventions, promotions, primes etc ».

On ne peut s’empêcher d’admirer le détachement du sieur Bourdieu pur ce qui relève du symbolique. Quant au « etc », on n’ose imaginer ce qu’il recouvre …

Enfin, il conviendra de laisser « une grande autonomie dans le recrutement des maîtres, sur la relation du profil des enseignants et du profil des postes … » on laissera ainsi une large « autonomie » pour pousser vers la sortie les pas bien-pensants.

« Une fois réellement instaurées les conditions de concurrence entre les établissements, à s’attacher les meilleurs enseignants, leurs évaluations pourraient guider le choix des parents et des élèves ». « Puisque la concurrence existe déjà » dit Bourdieu, autant l’institutionnaliser … et ça évitera la concurrence sauvage. Il suffisait d’y penser.

Bourdieu, suite …Titres et diplômes ? à la trappe !

Les « revendications » du patronat ne sont pas oubliées.

«  Il faudrait travailler à une transformation des règlements et des mentalités propre à faire que, tout en conservant leur fonction de garantie ultime contre l’arbitraire, les titres scolaires soient pris en compte pour une durée limitée et jamais de manière exclusive, c’est-à-dire comme une information parmi d’autres. »

Ce programme complet de destruction du service public d’enseignement suscite quelques réactions :

Pierre Bourdieu : quelques contradictions. En 1995, il se démarque du plan CFDT-Juppé contre l’assurance-maladie et la sécu.

Les partis :

Le RPR : « c’est notre programme …comment le RPR n’éprouverait-il pas une légitime fierté à voir ainsi repris par le Collège des meilleurs enseignants et chercheurs de France les thèmes qu’il développe depuis des années … ?»

L’UDF : Le rapport du Collège de France confirme que c’est par l’autonomie des établissements d’enseignement et l’émulation que peut se faire la modernisation de notre système éducatif … »

Le PS : « ( … ) Ne peut que se réjouir … des propositions pour l’enseignement de l’avenir … ce texte rejoint les préoccupations qui seront exprimées lors du colloque national que le parti tiendra … »

Les corps intermédiaires.

La FEN : « C’est notre projet éducatif, un grand nombre de thèmes de notre projet éducatif … l’école de l’éducation permanente (publication en 1978), le respect des différences à l’intérieur d’un grand service public, une formation pour chacun tout au long de la vie, l’ouverture au monde extérieur … »

Le SGEN-CFDT : « Ce sont nos options … le SGEN demande que ces propositions soient mises en débat dans les commissions de travail du Ministère de l’Education Nationale … »

La presse quasi unanime, les fédérations d’ « usagers » etc en rajoutent.

 Pour tous, l’ennemi, on le devine, c’est l’enseignant qui enseigne, surtout si, conséquent, il s’est syndiqué à la Fédération FO de l’enseignement qui, avec la confédération combat ses « propositions » qui nous ramèneraient, au temps d’avant les lois Ferry, lorsque le « maître » dépendait du château, du curé, du préfet, des communautés …

Pour conclure cette partie, cette réflexion (désabusée ? humour noir ? humour involontaire ?) du ministre de l’EN du moment, Jean-Pierre Chevènement : « Je ne suis pas en désaccord … sous réserve que l’autonomie ne débouche pas sur une concurrence sauvage ».

Le 2 novembre 2020, toujours sous le coup de l’émotion considérable provoquée par l’assassinat de Samuel Paty, JP chevènement a déclaré sur LCP-sénat :

« Les parents ont adopté depuis une cinquantaine d’années une attitude trop intrusive à l’égard de l’école. Les maîtres sont responsables de la pédagogie, les parents n’ont pas à s’en mêler. Il faut que les parents soutiennent davantage les maîtres, c’est comme cela que l’école peut mieux marcher. Il est souhaitable que les valeurs de la connaissance soient davantage portées et mieux comprises dans la société ».

Un ministre en fonction peut-il sous la Vème république tenir de tels propos, simplement de bon sens ?

JM 3 janvier 2020

chaud ! chaud ! chaud !

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