>Histoire

18 / 06 / 2020

Grèves générales : 1953, 1955. Travailleurs français et algériens au coude à coude !

Août 1953, le gouvernement Laniel prétend faire payer à la classe ouvrière le prix de la « crise ». C’est la grève générale. Les confédérations n’y ont pas appelé.

Messali Hadj qui dirige le MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) écrit depuis sa « résidence surveillée », à Niort :

« Depuis le quatre août, des dizaines de milliers de travailleurs sont engagés dans des grèves pour défendre leurs avantages menacés par les décrets de réaction sociale du gouvernement Laniel.

( …)  La fédération de France du MTLD a lancé un appel invitant les travailleurs algériens en France à lutter au coude à coude avec les ouvriers français.

(… ) En Algérie, les postiers, les cheminots, les gaziers et les électriciens ont cessé le travail ». Il conclut :

« L’édifice des impérialistes construit sur l’odieuse exploitation de l’homme par l’homme s’écroulera sous les coups conjugués de tous les travailleurs de France et des peuples des pays coloniaux qu’ils oppriment ».  (Source : l’Algérie libre, août 1953).

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Messali poursuit : « Le MTLD demande à tous les algériens émigrés en France, et qui subissant un régime d’exploitation odieusement raciste, lient leurs intérêts à ceux des ouvriers français, de continuer à s’associer  à toutes les actions engagées pour les revendications professionnelles pour l’unité la plus complète avec les ouvriers français … notre lutte est la même ».

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M. Hadj et A. Filali qui fut l’un des constructeurs du syndicat USTA. (Union syndicale des travailleurs algériens).

Messali Hadj : 14 juillet 1953 : « en Algérie, s’il n’y a pas une entr’aide entre l’ouvrier français et l’ouvrier arabe, s’il n’y a pas une communauté de ces deux ouvriers, on va être bouffé par la bourgeoisie algérienne. Donc il faut tenir compte de ça, alors moi ce que je veux c’est une bonne entente de l’ouvrier. Aider maintenant ce peuple qui veut acquérir son indépendance ».

 

1955 : C’est à nouveau la grève, notamment en Loire-Atlantique, à Nantes et Saint-Nazaire.

Messali lance cet appel : « travailleurs français, en avant pour la grève générale !

« ( … ) C’est le moment d’imposer la satisfaction de toutes vos revendications. Toutes les forces de police, toutes les troupes, tous les CRS, les gendarmes sont retenus en Algérie par les vaillants patriotes, algériens.  C’est dire que l’action unie des peuples algériens et Français peut en ce moment être décisive et porter un coup mortel à l’impérialisme exploiteur de tous les ouvriers … »

 L’Union départementale FORCE OUVRIERE de Loire-Atlantique partage ce point de vue. (Alexandre Hébert, secrétaire général de l’UD a rencontré Messali en 1953).

Elle assure clandestinement l’impression des publications des militants algériens.

Elle intervient lors du congrès confédéral national FO des 14 et 15 avril 1956 :

« ( … ) Réactionnaire et raciste, tel nous apparait être le colon européen. ( … ) Notre devoir est tout tracé : affirmer notre solidarité avec les travailleurs algériens et les aider à construire leurs propres organisations syndicales ». (A. Hébert).

Ce combat est payant. Alexandre Hébert explique :               

 Le Comité confédéral national de mai 1956 « affirme des positions qui reste dans la tradition du syndicalisme ouvrier. On peut se réjouir de voir FO condamner avec force le colonialisme, dénoncer la duperie de la politique dite d’intégration (à l’Union française) tout en condamnant toute politique de reconquête » ; et  Robert Bothereau (le secrétaire général national de FO) avait parfaitement raison de déclarer :

« Nous ne devons écarter à priori aucune solution et en tout cas pas celle de l’indépendance algérienne ».

Union sacrée * pour la guerre coloniale :

Cette position courageuse se heurte de front à la politique colonialiste de tous les partis représentés à l’Assemblée nationale (y compris le Parti communiste français) qui votent en mars 1956 les « pouvoirs spéciaux ». La répression va à compter de ce jour, se déchainer : exécutions sommaires, tortures généralisées … 250 000 soldats français sont immédiatement mobilisés en Algérie. Le dirigeant « communiste » français, Jacques Duclos ose affirmer :

« Voter pour les pouvoirs spéciaux, c’est faire obstacle aux manœuvres de la réaction ».

Le cas des usines Renault Billancourt est si l’on peut dire exemplaire. L’usine emploi alors 30 000 ouvriers, dont 3000 algériens. La plupart sont syndiqués à la CGT. Mais le vote des pouvoirs spéciaux est justifié par la direction de la CGT Renault. Résultat, les ouvriers algériens sont isolés. Ils débrayent seuls le jour du vote de la loi scélérate. Beaucoup démissionnent du PCF et de la CGT. Le dirigeant PCF de Renault, Claude Poperen, reconnait bien plus tard, en 2001 : « Les pouvoirs spéciaux, on y a laissé des plumes … c’est à partir de là que ça a été le plus difficile ».

Que les bureaucrates staliniens de la CGT et du PCF y laissent quelques plumes, on ne peut que s’en réjouir, mais à la vérité, ça a surtout été « difficile » pour les travailleurs algériens, en France, comme en Algérie, eux qui ont laissé dans la « sale guerre » coloniale, des centaines de milliers de victimes.

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Le 14 juillet 1953, des milliers de travailleurs algériens manifestent pour la libération de Messali Hadj et de tous les prisonniers politiques en France et en Algérie. Messali se prononce pour l’indépendance de l’Algérie depuis 1927. La police tire : six travailleurs sont froidement assassinés.

Pour en savoir plus : voir la brochure éditée par l’UD FO : « l’UD FO de Loire-Atlantique et la question coloniale ; le combat d’Alexandre Hébert ».

*Union sacrée : en 1914, les partis socialistes votent les crédits de guerre. Ils se rangent sous la bannière de « leur » capitalisme, pour la défense de « leur » Empire.

JM mai 2020.

chaud ! chaud ! chaud !

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