>Histoire

30 / 01 / 2021

Connaissez-vous le « capitalisme inclusif ? »

Sharan Burrow,  secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI) est engagée, à la suite du pape François, dans une grande croisade en faveur du « capitalisme inclusif ». En mars 2020, elle écrit sur son blog (source : site de la CSI) :

« Le Sommet des dirigeants du G20 a fait preuve d’une unité bienvenue face à une pandémie mondiale. À première vue, leurs engagements sont forts ». «  L’unité bienvenue des dirigeants du G20 ». Il faut oser. Elle ose. Comment est-ce possible ?

Vatican news fournit ces quelques indications 

(La CIS est le produit en 2006 de la fusion entre la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et de la CMT, (la Confédération mondiale du travail), d’obédience chrétienne. En France, la CGT-FO et la CGT en sont membres. La CFTC-CFDT, aussi.

LE CONSEIL RÉPOND AU DÉFI LANCÉ PAR LE PAPE FRANÇOIS D’APPLIQUER LES PRINCIPES DE MORALITÉ AUX PRATIQUES COMMERCIALES ET AUX PRATIQUES D’INVESTISSEMENTS 

LES ORGANISATIONS S’ENGAGENT À PRENDRE DES MESURES CONCRÈTES POUR CRÉER UN SYSTÈME ÉCONOMIQUE PLUS ÉQUITABLE, PLUS DURABLE ET PLUS FIABLE 

NEW YORK, 8 décembre 2020 /PRNewswire/ Le Conseil pour un capitalisme inclusif avec le Vatican (« le Conseil »), un nouveau partenariat historique entre certains des plus grands leaders mondiaux de l’investissement et du commerce et le Vatican*, (voir en annexe la liste des heureux missionnaires ) a commencé aujourd’hui. Cela symbolise l’urgence de joindre les impératifs moraux et les impératifs du marché de réformer le capitalisme en une force puissante pour le bien de l’humanité. Sous la supervision morale de Sa Sainteté le pape François …

Le Conseil est dirigé par un groupe de dirigeants internationaux, connu sous le nom de « Gardiens du capitalisme inclusif », qui se réunit chaque année avec le pape. Ces dirigeants représentent plus de 10,5 billions de dollars d’actifs sous gestion, des entreprises avec une capitalisation boursière de plus de 2,1 billions de dollars et 200 millions de travailleurs dans plus de 163 pays

Les gardiens se sont déjà engagés dans des centaines d’actions significatives, et les membres du Conseil prendront des engagements permanents pour continuer à faire progresser le capitalisme inclusif. « Le capitalisme a créé une richesse immense dans le monde, mais il a également laissé trop de gens derrière, conduit à la dégradation de notre planète et il ne bénéficie pas de la confiance de tous » a déclaré Lynn Forester de Rothschild, fondatrice du Conseil. Ce Conseil suivra l’avertissement du pape François d’écouter « le cri de la terre et le cri des pauvres » et de répondre aux demandes de la société pour un modèle de croissance plus équitable et durable … » pour le plus grand bien commun de la planète

Certains parlent aussi de « capitalisme bienveillant ». (Les échos, octobre 2019). Mais où vont-ils chercher tout ça ?

« La confiance de tous » ? Ce n’est pas demain la veille, fort heureusement.

Les gardiens du capitalisme inclusif s’alarment et ils ont, de leur point de vue – raison ; les travailleurs ne sont pas disposés à subir sans réagir les méfaits du capitalisme. On l’a vu en Equateur, au Chili, en Algérie, en France, grèves et manifestations en défense de l’hôpital, des retraites, manifestations des gilets jaunes …, Au Etats-Unis (BLACK LIVES MATTER), à Hong Kong, au Liban etc. (1)

Dans ce contexte, les mesures les plus restrictives de privation de libertés, par la grâce du virus providentiel, les mesures anti syndicales (fichage des militants, atteintes au droit de grève, non-respect des conventions de l’OIT, multiplication des zones franches …) prolifèrent un peu partout dans le monde, provoquant la résistance des peuples.

Les travailleurs, les salariés se saisissent de leurs organisations syndicales, la plupart sont membres de la CSI pour, d’abord, résister, et, lorsque le rapport des forces le permet, passer à l’offensive.

2020. Manifestation à Hong Kong pour les libertés syndicales et politiques.

Toujours la même chanson.

Depuis bientôt deux siècles, les prédécesseurs de François mettent régulièrement en garde la classe capitaliste : si vous persistez dans les « excès », vous allez provoquer la colère des « classes inférieures » qui vont suivre les conseils des « mauvais bergers », des  socialistes, des syndicalistes … Vous allez provoquer des révolutions et alors, que pourront nous y faire, nous gardiens de l’ordre providentiel, de l’ordre naturel et « immuable », gardiens de la propriété privée, propriété y compris – surtout – des moyens de production ?

La hiérarchie catholique parle alors d’assurer un « salaire décent » (Encyclique PACEM in TERRIS de 1963), elle demande aux corps intermédiaires, les « échelons de rang inférieur », parmi lesquels les syndicats, de participer à la croisade vaticane. En 1963, seule la CFTC obtempère ; en 1964, c’est le tour de la CFDT.

L’encyclique rappelle le principe d’autorité d’origine divine ; « les corps intermédiaires sont tenus » de se plier aux lois vaticanesques. Ce sont les premiers jalons d’un ordre autoritaire, autoritaire pour le moins, mais totalitaire dans sa logique interne.

2020 : manifestation au Chili pour les libertés syndicales et politiques.

1981 : « le capitalisme rigide ».

En 1981, l’encyclique LABOREM EXERCENS fustige le « capitalisme rigide » qui « défend le droit exclusif de la propriété privée des moyens de production, comme un dogme intangible de la politique économique. ( … ) Le capitalisme rigide doit être soumis à une révision en vue d’une réforme ». Si vous ne voulez pas de la « réforme », vous aurez la révolution, menace le Saint-Père.

En 1991, l’encyclique centesimus annus (« centième année »)  – un siècle après rerum novarum, proclame :

« A l’intérieur de chaque pays comme dans les rapports internationaux, le marché libre est l’instrument le plus approprié pour répartir les ressources … » L’encyclique mentionne le « rôle des syndicats comme des lieux d’expression de la personnalité, utiles au développement d’une véritable culture du travail … » Est-ce le point de vue de Sharan Burrow ?

2020, Manifestation aux EU pour les libertés syndicales et politiques.

Vatican III ? (intégralement vert …)

« Nous sommes tous dans le même bateau » dit François. Ce n’est pas toujours flagrant …  Sharan Burrow partage-t-elle ce point de vue ? Il faudrait, dans un esprit de « concorde », « faire bloc » derrière les « décideurs » et dire : « merci patron » !?

Une bonne partie de l’activité de S. Burrow consiste à chanter les louanges de François. La CSI titre fièrement le 19 juin 2015 : « Le lien établi par le pape François (dans l’encyclique LAUDATE SI de 2015) entre les mesures en faveur du climat et la justice sociale est la clé de tout progrès ». On ne peut pas lui reprocher d’avancer masquée !

 Désormais, « pour sauver la planète » des feux de l’enfer (le réchauffement climatique), propriétaires des moyens de production – les « apporteurs de capitaux » – et les « classes inférieures » les « apporteurs de travail » selon la terminologie vaticane, devraient s’unir.

Invitée le 6 juillet 2019 par le Cercle des économistes à bavarder sur les misères du monde, Sharan Burrow a affirmé que « les gouvernements, les employeurs, et les travailleurs de la société civile » doivent « travailler ensemble » pour éviter « cette rupture de confiance » qui menace « les démocraties ». Laurent Berger, lui aussi présent, a renchéri : « Les chefs d’entreprise doivent comprendre que si on ne se préoccupe pas de social, il n’y aura plus de business demain … » Mon dieu !

 Sharan Burrow presque en colère, a fait les gros yeux : « Nous n’avons pas le choix, nous avons besoin d’un nouveau contrat social qui donne la parole à tous les travailleurs ».

Autrement dit, la SG de la CSI revendique ouvertement l’instauration d’un corporatisme tout peinturluré de vert, à l’échelle mondiale. Son nom de baptême ? Capitalisme inclusif » … il faut dire que son prédécesseur, Guy Ryder avait largement tracé le sillon.

Ils auront beau dire …

La lutte des classes continuera de se frayer son chemin. Le patron du Vatican, les patrons des multinationales et la SG de la CSI, les adeptes pluriels du « Vatican III », pourront bien bavarder des bienfaits du « capitalisme inclusif » et des méfaits du « capitalisme rigide » ; au bout du bout, les salariés en prenant connaissance de leur fiche de paie sauront bien situer les responsabilités, désigner les responsables et passer à l’action par les méthodes du syndicalisme confédéré énoncées dans la Charte d’Amiens.

 L’affrontement est inévitable. Dans nos syndicats, nous devons nous y préparer.

 

2020, manifestation en Algérie pour les libertés syndicales et politiques … L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes.

(1)   Partout, les Etats veillent au respect de l’ordre. Pourtant, cette réflexion de Diderot ne reste-t-elle pas d’actualité ? :

« La puissance qui s’acquiert par la violence n’est qu’une usurpation et ne dure qu’autant que la force de celui qui commande l’emporte sur celles qui obéissent ; en sorte que si ces derniers deviennent à leur tour les plus forts et qu’ils secouent le joug, ils le feront avec autant de droit et de justice que l’autre qui le leur avait imposé. La même loi qui a fait autorité la défait alors : c’est la loi du plus fort ». (L’encyclopédie : « l’autorité publique », 1751).

Pour être « le plus fort », il faut des syndicats efficaces, non soumis aux tenants de l’Ordre, soi-disant « immuable ».

·         Le VATICAN a bien voulu communiquer la liste des « gardiens du capitalisme inclusif ». Et il a bien fait.

Ajay Banga, président et directeur général, Mastercard
Oliver Bäte, président du conseil d’administration, Allianz SE
Marc Benioff, président, directeur général et fondateur de Salesforce
Edward Breen, président exécutif, Dupont
Sharan Burrow, secrétaire générale, Confédération syndicale internationale
Mark Carney, conseiller financier du Premier ministre pour la COP26 et envoyé spécial des Nations  unies pour l’action et les finances en matière de climat
Carmine Di Sibio,président et directeur général, EY
Brunello Cucinelli,président exécutif et directeur de la création, Brunello Cucinelli S.p.A.
Roger Ferguson
, président et directeur général, TIAA
Lady Lynn Forester de Rothschildfondatrice et associée directrice, Inclusive Capital Partners
Kenneth Frazier
, président du conseil d’administration et directeur général, Merck & Co., Inc.
Fabrizio Freda
, président et directeur général, The Estée Lauder Companies 
Marcie Frost, directrice générale, CalPERS Alex Gorsky, président du conseil d’administration et directeur général de Johnson & Johnson
Angel Gurria, secrétaire général, Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
Alfred Kelly
, président et directeur général, Visa Inc.
William Lauder, président exécutif, The Estée Lauder Companies 
Bernard Looney, directeur général, BP
Fiona Ma, trésorière, État de Californie
Hiro Mizuno,membre du conseil d’administration, Principes pour l’investissement responsable 
Brian Moynihan, président du conseil d’administration et directeur général de la Bank of America
Deanna Mulligan
, présidente et directrice générale, Guardian Life Insurance Company of  America
Ronald P. O’Hanley
, président et directeur général, State Street Corporation
Rajiv Shah, président de la Fondation Rockefeller
Tidjane Thiam,membre du conseil d’administration du groupe Kering
Darren Walker, président de la Fondation Ford
Mark Weinberger, ancien président directeur général de EY, et membre du conseil d’administration de J&J, MetLife et Saudi Aramco

On ne sait pas si ces augustes personnages ont formulé les trois vœux des jésuites chers à François : pauvreté, chasteté, obéissance absolue au pape.

On notera l’absence – à cette étape – des multinationales qui soutiennent le nouveau président des EU, (pourtant second président catholique, félicité à ce titre par son Eminence) …. Leur chef de file, le patron de la banque JPMorgan, Jamie Dimon qui a appelé avec son collègue de LVMH, Bernard Arnault à une « réforme du capitalisme » n’est pas signataire. On connait la proximité de B. Arnault et de l’Elysée, tous les deux partisans de la théorie du « ruissellement ».

 Ruissellement ? Curieuse « théorie ».  Voici ce qu’en dit l’indigné François, sans doute approuvé par Sharan Burrow, dans « : « tous frères, pour l’amitié sociale … » :

« Le marché ne se rend pas compte que le prétendu ruissellement ne résorbe pas l’inégalité, qu’il est la source de nouvelles formes de violence qui menacent le tissu social ». Donc, il y aura des grèves, des manifestations, des gilets jaunes partout … mon dieu !

Pauvre François (Pauvre Sharan) ; ils pourront dire : « Vilains capitalistes rigides, nous vous  avions prévenus … » ;   et nous, nous avions la solution : «  … progresser vers un ordre social et politique dont l’âme sera la charité sociale … pour le bien commun ». Source : encyclique « Tous frères … » en 2020), un bien commun tout vert, du XXIème siècle …

La « charité sociale » ! Mais qui peut raisonnablement croire à ce fatras de vieilleries ?

Sharan Burrow semble y croire. Elle est peut-être la seule.

Manifestation au Mali en 2020, pour les libertés, pour les libertés syndicales, contre la dictature.

JM Janvier 2021

chaud ! chaud ! chaud !

leurs revendications concernent la réforme des retraites: Appel à la grève dès le 5 décembre

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