>Histoire

24 / 09 / 2019

6ème congrès national des syndicats de France : septembre 1894.

« Ne laissons pas à d’autres le soin d’écrire … et d’interpréter à leur manière ou selon leurs besoins du moment, la Vérité historique ». (Marc Blondel).

En 1994, l’Union départementale CGT-FO de Loire-Atlantique présentait aux militants aux démocrates, un document relatif au 6ème congrès national des SYNDICATS de FRANCE réunis à Nantes du 17 au 22 septembre. Il s’agissait de Rappeler nos origines : le combat permanent, et plus que jamais d’actualité, pour préserver l’indépendance de notre confédération, indépendance vis-à-vis des partis, de l’Etat, des sectes philosophiques et religieuses.

Nos prédécesseurs à qui nous devons beaucoup, notamment Fernand Pelloutier, ont bataillé ferme pour imposer leurs conceptions. Sans eux, il n’y aurait pas eu de CGT.

Ce combat pour l’indépendance syndicale n’a jamais cessé. C’est ce que démontre Patrick Hébert dans l’avant- propos de la brochure republié ici.

Le corporatisme se dissimule sous différentes appellations : « association-Capital-Travail » autogestion, démocratie participative, politique des « pactes sociaux » …

Le « corporatisme vert » du XXIème siècle n’est qu’un nouvel avatar des théories les plus éculées décrites ci-dessous. Il doit être lui aussi combattu.

JM.

( … ) résolument partisans de la suppression de la propriété individuelle, nous sommes en outre ce qu’ils ne sont pas : des révoltés de toutes les heures, des hommes vraiment sans dieu, sans maître et sans patrie, les ennemis irréconciliables de tout despotisme, moral ou matériel, c’est-à-dire des lois et des dictatures (y compris celle du prolétariat) et des amants passionnés de la culture de soi-même … »

«  Nous savons l’enthousiasme un peu puéril, avec lequel a été accueillie cette unité du nombre, à laquelle nous préférons, nous, l’unité d’aspiration, mille fois plus puissante. Je crains qu’un enthousiasme pareil ne s’empare des syndicats … et ne détermine une partie d’entre eux, à se remettre inconsidérément sous le joug politicien ».

Fernand Pelloutier.

« 1894, dix années après leur reconnaissance légale, Nantes accueille le CONGRES NATIONAL des SYNDICATS de France.

L’année suivante, à Limoges, la Confédération Générale du Travail était créée.

1895, c’est la date que l’histoire retiendra.

Et pourtant, les documents que nous publions démontrent que le congrès de Nantes, par le combat qui permit sa tenue, mais aussi par ses conclusions, a certainement réuni les conditions indispensables, à la fondation de la CGT.

Il est certes toujours délicat de revoir l’Histoire mais nous pouvons risquer d’affirmer que sans Nantes, Limoges n’aurait pas existé. Et surtout, que l’on ne voit pas dans cette affirmation, une quelconque manifestation de chauvinisme, l’horizon des militants syndicalistes dépasse largement les murs de la cité.

Le hasard ayant fait que cet évènement s’est déroulé à Nantes, il revenait naturellement, pour de simples raisons géographiques, à l’Union départementales des syndicats CGT-FORCE-OUVRIERE de Loire-Atlantique de commémorer ce centenaire.

Cette responsabilité, mais aussi, cet honneur lui incombe également parce que seuls les militants de la CGT-FORCE OUVRIERE peuvent se flatter d’être aujourd’hui encore les héritiers de ceux qui en 1894, firent triompher en France le principe fondamental de l’INDEPENDANCE des syndicats et de la grève générale comme moyen d’action.

D’un point de vue théorique, on peut dire que l’indépendance syndicale comme principe de fonctionnement et la grève générale comme moyen d’action, sont indissociables. Exister et combattre comme classe sociale pour défendre ses intérêts particuliers face à l’Etat, et au patronat, tel est l’enjeu.

On comprend bien pourquoi cette possibilité fut contestée à la classe ouvrière ; bien sûr par les forces sociales qui, en maintenant les travailleurs dans un état de totale désorganisation, pouvaient mieux les exploiter, mais aussi par les partis politiques se réclamant de la classe ouvrière qui ne voyant de solution que par les moyens parlementaires, prétendaient réduire le mouvement syndical à une simple force d’appoint électoral permettant la satisfaction des revendications par l’unique voie parlementaire.

Ceux de 1894 ont un grand mérite à avoir tranché ces questions dans le bon sens, d’autant plus que dans les autres pays industrialisés, les syndicats acceptaient le plus souvent la subordination au parti.

En 1994, après un siècle d’expériences parfois douloureuses, ceux qui hésitent encore n’ont pas beaucoup d’excuses. Et pourtant, sans arrêt, la question revient sur le tapis. Si l’histoire a tranché, on a parfois l’impression qu’elle se répète.

La fin du siècle dernier et le début de celui-ci marquent la victoire du syndicalisme indépendant contre le Parti Ouvrier Français de Jules Guesde. Matérialisée par la fondation de la CGT et l’adoption en 1906 de la Charte d’Amiens, cette victoire a été en permanence contestée.

S’agissant de tentatives émanant de partis se réclamant de la classe ouvrière, nous pouvons dire qu’il s’agit d’une sorte « d’ennemi de l’intérieur ». Ses manœuvres ne sont pas toujours des plus faciles à déjouer car si l’on se méfie instinctivement de son ennemi, il n’en va pas spontanément de même avec ses « amis ». C’est pourquoi, en la matière, un excès de vigilance ne saurait nuire. Sans exiger en principe une formule qui est forcément simplificatrice, il reste juste d’affirmer que « notre isolement nous protège ».

Mais, bien sûr, d’autres dangers guettaient le mouvement syndical.

Les différentes tentatives pour empêcher sa naissance ayant échoué, le patronat et l’Etat multiplieront les provocations alliant la répression, les intimidations et même l’infiltration par la police pour affaiblir ces jeunes organisations inexpérimentées. Toutes les forces sociales attachées à la préservation de l’ordre social existant entrèrent dans la partie.

C’est dans ce contexte que de son côté la hiérarchie catholique œuvre à la création de syndicats chrétiens. Il faudra attendre 1919 pour que cela débouche sur la création de la CFTC. D’entrée de jeu, cette nouvelle confédération annonce la couleur : « la Confédération entend s’inspirer de la doctrine sociale définie dans l’Encyclique rerum Novarum, (« sur la condition des ouvriers »). Elle se prononce pour la « paix sociale » et pour « l’organisation professionnelle » contre la lutte des classes. Elle souhaite la « collaboration des éléments producteurs réunis dans des groupes distincts, réalisée par des organisations mixtes ».

En créant un syndicat ouvertement confessionnel, l’Eglise jouait « à visage découvert, à la loyale ». Opposée à une CGT indépendante du patronat, du gouvernement, des partis politiques et des sectes philosophiques et religieuses, la CFTC avait d’avance perdu la partie, marginalisée dès le départ, elle ne pouvait pas peser sur les évènements. C’est un échec qui explique la « déconfessionnalisation » aboutissant à la CFDT en 1964.

E. Maire, le champion de l’austérité de gauche rend hommage à Michel Rocard. C’est lui qui préside la cérémonie officielle en présence de Hollande-Macron, Sarkozy, Giscard …

Dans son discours, il rappelle ses trois références : Rocard bien sûr, Delors, évidemment et … Fernand Pelloutier.

Les cléricaux, surtout ceux de « gauche » osent tout.

Ces difficultés expliquent aussi que certains imaginèrent que plutôt que d’affronter la CGT, il serait plus efficace de la noyauter et même d’annihiler son caractère revendicatif en l’intégrant aux diverses formes à la gestion de l’Etat.

On imagine mal aujourd’hui les débats de l’entre-deux guerres avant la deuxième guerre mondiale et la période vichyssoise, les théoriciens du corporatisme n’avaient pas besoin alors de camoufler leurs objectifs. Dès 1922, Mussolini avait pris le pouvoir à la tête de son Parti fasciste avant de créer sa « Chambre des corporations ».

En France, ses zélateurs ne manquaient pas et c’est ouvertement qu’ils s’exprimaient. Franco en Espagne, Salazar au Portugal et bien sûr Hitler en Allemagne, tous et quelques autres accommodaient à leur sauce « la Chambre des corporations ».

Avec Pétain, c’est aussi l’arrivée aux affaires des Déat et Doriot (issus respectivement de la SFIO et du PCF), mais aussi de Belin, ministre du travail et ancien secrétaire général de la CGT. L’ironie de l’histoire veut que Belin se soit réclamé de l’anarcho-syndicalisme.

Si pour les « nouveaux maîtres du pays », l’instauration du corporatisme dans le cadre de la « révolution nationale » ne souffrait pas de discussion, par contre les débats furent vifs sur les moyens d’y parvenir.

On n’a pas assez souvent rappelé qu’il existait deux courants et qu’entre eux, rien n’était joué d’avance. Il y avait ceux qui étaient partisans de l’intégration de la CGT dans les rouages de « l’Etat Français », et ceux qui, partisans de la dissolution, l’ont finalement emporté. On peut bien sûr s’interroger sur la faisabilité de l’intégration de la CGT à Vichy, mais dans le contexte actuel, ce rappel n’est pas inutile.

Si l’objectif était le même, la forme différait. La Charte du travail n’était donc pas inéluctable.

Ce petit rappel historique nous a semblé nécessaire parce que les horreurs de la guerre ont provoqué, à juste titre, un tel rejet de cette période que l’on a parfois une vision caricaturale et que l’on oublie souvent que le corporatisme a vécu au Portugal jusqu’en 1974 et en Espagne, jusqu’à la mort de Franco, en 1975. Mais aussi parce que, s’il est vrai que le corporatisme n’est pas présentable et qu’en conséquence, personne ne se risque à prononcer le mot, qu’en est-il de la chose ?

Nous voyons bien à la lumière de ces quelques exemples combien l’existence d’organisations syndicales indépendantes a toujours constitué un enjeu essentiel.

Ainsi, alors qu’ils sortaient tout juste des années noires de la guerre, les militants qui avaient « fait » la CGT ont été contraints de créer en 1947 la CGT-FORCE OUVRIERE. Quitter « la vieille maison «  fut un drame pour nombre d’entre eux ; ils le firent car c’était une nécessité pour poursuivre l’action syndicale, tout en préservant les principes fondateurs de la CGT.

A défaut d’imagination, les tenants d’un corporatisme rénové ne manquent ni de vocabulaire, ni de moyens.

De « l’association Capital-Travail » à l’autogestion combien de tentatives pour nous associer, nous « partenariser », nous intégrer ?

Quand une tentative a échoué aussitôt, sous une forme modernisée, une autre apparaît.

Si « le morceau est un peu gros à avaler », sur le plan national, alors on essaie par les régions, par les branches professionnelles et aussi par l’Europe.

La dernière offensive en date des néos-corporatistes prend la forme de la proposition d’un « parlement social ». Une fois encore, la bataille pour préserver l’indépendance de la CGT-FORCE OUVRIERE sera livrée.

Bien sûr, nous la gagnerons, mais si par malheur un jour nous devions la perdre, nul doute que les travailleurs reconstitueraient leurs organisations indépendantes.

En proposant à tous les syndicalistes et plus largement à tous les démocrates ces documents, l’union départementale CGT-FO de Loire-Atlantique manifeste sa volonté sans cesse réaffirmée de prendre toute sa place dans cette bataille.

Nous le devons à ceux de 1894 mais aussi et surtout à ceux d’aujourd’hui et de demain ».

Patrick Hébert.

chaud ! chaud ! chaud !

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